Selon les dernières estimations du Rapport SOFI, 811 millions de personnes ont souffert de la faim en 2020, soit une augmentation de 161 millions par rapport à 2019. L’insécurité alimentaire s’est fortement aggravée en 2020 à cause de la pandémie de Covid-19, avec 124 millions de personnes supplémentaires en situation d’extrême pauvreté. L’Afrique et l’Asie restent les régions les plus touchées, l’Afrique enregistrant en 2020 plus d’un habitant sur cinq confronté à la faim. Environ deux milliards de personnes souffrent de « faim cachée » liée à des carences en micronutriments, notamment vitamine A, fer, iode et zinc, et 2,4 milliards n’ont pas eu accès à une alimentation adéquate, sûre et nutritive.
La sécurité alimentaire ne peut pas se réduire à une simple hausse de la production; elle résulte d’un ensemble de facteurs interdépendants. Les crises passées (2005, 2008, 2011) et la pandémie actuelle montrent que l’insécurité alimentaire a des causes multiples, notamment les conflits, les chocs climatiques, les pertes et gaspillages, la spéculation financière, la compétition pour les ressources naturelles, le manque d’infrastructures de transport et de conservation, ainsi qu’un pouvoir d’achat insuffisant. La sécurité alimentaire est atteinte lorsque toutes les personnes, en tout temps, ont un accès économique, social et physique à une alimentation suffisante, sûre et nutritive.
Dimensions de la sécurité alimentaire
La sécurité alimentaire repose sur quatre dimensions interconnectées: la disponibilité (production agricole suffisante et stocks), l’accès (pouvoir d’achat et moyens de subsistance), l’utilisation (qualité sanitaire et nutritionnelle de l’alimentation) et la stabilité (prévisibilité dans le temps des disponibilités et de l’accès). Les quatre dimensions doivent être présentes simultanément pour garantir une sécurité alimentaire durable.
La FAO estime qu’il faudra augmenter la production agricole de 60 % d’ici 2050 pour répondre à la croissance démographique mondiale. L’utilité des aliments dépend également de pratiques de soins, de préparation, de diversité du régime et d’une répartition équitable au sein des ménages.
Malnutrition et enjeux nutritionnels
La sous-nutrition, avec un apport calorique insuffisant, est à l’origine d’un lourd fardeau: elle est liée à 45 % des décès d’enfants dans le monde et conduit au retard de croissance et à des retards développementaux irréversibles. Le surpoids et l’obésité concernent 1,9 milliard d’adultes et favorisent les maladies non transmissibles telles que le diabète et les maladies cardiovasculaires. Les carences en micronutriments (ferrique, iode, vitamine A, etc.) provoquent des pathologies spécifiques comme l’anémie et la cécité. La nutrition pendant les « 1000 jours » (conception à 2 ans) est cruciale pour le développement, et un suivi est recommandé jusqu’à 5 ans.
La malnutrition touche particulièrement les femmes et les enfants. Elle freine le développement économique et peut réduire significativement la productivité et les performances scolaires. Des coûts directs et indirects élevés pèsent sur les économies, notamment en Afrique où la malnutrition infantile représente une part importante du PIB perdu.
Objectifs de développement durable et cadre international
Les nouveaux Objectifs de développement durable (ODD) pour 2030 visent l’éradication de la faim et de la malnutrition. L’ODD 2, « éradiquer la faim, atteindre la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable », encourage des pratiques agricoles durables et des systèmes alimentaires transformés pour assurer une alimentation saine et abordable, tout en garantissant la viabilité des systèmes de production et des pratiques résilientes.
Tandis que les ODD restent menacés par la pandémie et les crises continues, des initiatives comme le World Food Security Outlook (WFSO) et le travail de la Banque mondiale visent à documenter les évolutions et à estimer les besoins de financement pour les filets de protection sociale et les réformes structurelles. Le WFSO met en évidence des disparités croissantes entre groupes de revenus et insiste sur la nécessité de soutenir fortement les pays à faible revenu afin de financer des réseaux de sécurité et des transitions agroalimentaires durables.

Rôles et responsabilités des acteurs internationaux et nationaux
La France a fait de la sécurité alimentaire une priorité de son action extérieure, articulant quatre piliers: accessibilité physique, économique et sociale à l’alimentation; disponibilité alimentaire; qualité sanitaire et nutritionnelle; régularité de l’accès et de la qualité. Elle agit via la coopération bilatérale et les enceintes multilatérales (Nations Unies, G20), combat la malnutrition et soutient des filières agroalimentaires durables. La France soutient le CSA (Comité de la sécurité alimentaire mondiale), le SUN (Mouvement de renforcement de la nutrition), et collabore étroitement avec la FAO, le PAM et le FIDA. Le cadre institutionnel français s’appuie sur le GISA et la FARM pour coordonner l’action autour de la sécurité alimentaire et de la résilience agricole, notamment face à la guerre en Ukraine.
Au niveau mondial, le Groupe de la Banque mondiale collabore pour bâtir des systèmes capables de nourrir tous les habitants, améliorer la sécurité alimentaire et soutenir des systèmes agricoles nutritionnels et sanitaires. Des instruments comme le GAFSP (Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire) et des partenariats avec le CGIAR visent à augmenter la résilience et l’innovation agricole et à réduire les pertes post-récolte. Les coûts de transformation des systèmes alimentaires pour assurer la sécurité nutritionnelle globale sont estimés à plusieurs centaines de milliards de dollars par an, mais restent une part faible du PIB mondial si l’on considère l’ampleur du problème.

Perspectives et scénarios futurs
Les projections du WFSO indiquent une stabilisation lente de la sécurité alimentaire mondiale en 2024, mais avec des disparités régionales et entre groupes de revenu qui se creusent. Le pic d’insécurité pourrait être atteint entre 2020 et 2022, puis une amélioration marginale, avant un risque d’aggravation à nouveau selon les conditions économiques et climatiques. Les coûts des filets sociaux et des réformes structurelles devront s’élever à des niveaux importants, en particulier pour les pays à faible revenu.
Les transitions agricoles, qui allient productivité et durabilité, exigent des approches multisectorielles et inclusives. Des voies nouvelles existent au-delà des approches purement technologiques: diversification des cultures, agroécologie, circuits courts, et inclusion des savoirs paysans dans les innovations, afin d’améliorer les revenus des agriculteurs les plus vulnérables et la résilience des systèmes alimentaires face au changement climatique.
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Vers une approche plus équitable et résiliente
La sécurité alimentaire est une ambition collective nécessitant des responsabilités partagées. L’accent est mis sur la protection sociale et la transformation des systèmes alimentaires pour un monde plus inclusif et durable. Il s’agit d’améliorer les chaînes d’approvisionnement, de soutenir l’investissement dans la recherche et le développement, et de favoriser des politiques publiques cohérentes et multi-acteurs pour réduire les inégalités et assurer l’accès à une nourriture sûre et nutritive pour tous.
- Renforcer les filets sociaux et l’accès économique des ménages vulnérables.
- Promouvoir des systèmes agricoles durables et des pratiques climato-intelligentes.
- Adapter les politiques publiques à une coordination intersectorielle, à l’aide des institutions internationales et des partenaires privés.
- Investir dans la prévention et la réduction des pertes et gaspillages alimentaires.
- Encourager la diversification des régimes et l’amélioration de la nutrition, notamment chez les femmes et les enfants.
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