Au XIXe siècle, Laval a vu naître d’abord deux peintres classiques : Jean-Baptiste Messager et Charles Landelle, et par la suite des artistes moins conventionnels tels Henri (dit « Le Douanier ») Rousseau, Alfred Jarry et Robert Tatin. Issu d’un magazine de 20 minutes, cet extrait de près de 8 minutes est consacrée à la personnalité et à l’œuvre fascinantes de l’artiste septuagénaire. En noir et blanc, il alterne vues en intérieur et en extérieur, questions posées à Robert Tatin, à son épouse et collaboratrice Élisabeth dite « Liseron », mais également à des riverains et personnalités locales. Certaines scènes bénéficient d’un habillage musical, d’autres d’un effet kaléidoscopique soulignant le caractère mystérieux de l’œuvre.
Le Douanier Rousseau et Robert Tatin sont tous deux considérés comme des représentants de l’art « naïf », mais ce qualificatif convient bien mieux au premier, autodidacte, qu’au second, dûment formé aux Beaux-Arts et aux Arts-Appliqués à Paris. Entouré dans l’enfance par les femmes de sa famille et parmi les forains fréquentés par son père, il devient entrepreneur en bâtiment et met à profit son service militaire pour s’improviser décorateur. Des années 1930 jusqu’aux années 1950, il se rend dans de nombreux pays d’Europe et d’Amérique et se lie avec les surréalistes, avec le banquier, galeriste et philanthrope Robert Steindecker, et avec plusieurs personnalités de la franc-maçonnerie dont Marius Lepage. En Amérique du Sud, au début des années 1950, il remporte plusieurs prix internationaux, s’essaye à la céramique et anime « l’Atelier Robert Tatin » (ART) avec les artistes Germaine Coucoulas, Claude Pantzer et Colette Pourteau.
Au début des années 1960, il revient en Mayenne avec l’intention de concrétiser une idée héritée de ses années à l’ART : celle d’un village d’artistes, lieu d’un art total mêlant espaces de vie et espaces de création. Ainsi, le paisible lieu-dit La Frénouse, à Cossé-le-Vivien, voit-il surgir de terre une œuvre unique en son genre, entourée de six hectares de jardin. Le visiteur traverse d’abord une « allée des géants », un sentier bordé de part et d’autre de sculptures monumentales en ciment projeté peint, rendant hommage à des personnalités de la vie spirituelle ou artistique. Cette construction aura duré vingt ans, mais demeure inachevée à la mort de Robert Tatin en 1983. Entre-temps, de passage en Mayenne en 1965, le général de Gaulle le rencontre et reçoit une aquarelle de l’artiste dont le musée est inauguré par André Malraux en 1969.
Lors du tournage de cette vidéo, le projet est encore en cours et « Liseron » est vue à l’œuvre dans l’allée et à la « porte des géants ». Interrogé par le journaliste, l’artiste rend hommage à cette compagne de vie et de création qui poursuivra le travail après 1983. Cheveu blanc hirsute, lunettes à épaisse monture vissées sur le nez et verbe inspiré, il affirme que peinture et sculpture sont une seule et même activité : le combat du clair contre l’obscur et des volumes contre les creux, métaphore du combat du jour contre nuit, combat qui est aussi un mariage. Il avoue que son secret consiste à obéir à la matière et au hasard mais que l’art est indéfinissable. Cette dernière déclaration est partagée par certains riverains dont l’avis est mitigé : si les uns reconnaissent à l’œuvre « un certain cachet », d’autres la jugent inexplicable - voire inintéressante !
Un demi-siècle plus tard, le nombre de visiteur dépasse 50 000 chaque année. Entre-temps, l’ensemble a été cédé au Conseil départemental (2020), puis inscrit (2022) et enfin classé comme monument historique (2023). Archives départementales de la Mayenne, 217 J 24 : Fonds Marius Lepage > Correspondance passive, dossiers par correspondants > Robert Tatin.
À tous les curieux, laissez-vous porter par l’œuvre monumentale de Robert Tatin ! Un lieu immersif qui nous invite à voyager à travers nos sens et nos émotions. L’autoportrait, les sciences, les mythes ou les muses… Autant de sujets pour explorer d’une autre façon l’univers de Robert Tatin. L’autoportrait, les sciences, les mythes ou les muses… Autant de sujets pour explorer d’une autre façon l’univers de Robert Tatin. L’autoportrait, les sciences, les mythes ou les muses… Autant de sujets pour explorer d’une autre façon l’univers de Robert Tatin.
En 1962, Robert Tatin revient dans sa Mayenne natale et entreprend la construction d’une œuvre totale en bordure de sa chaumière qu’il rénove intégralement. Pendant 21 ans, il mène ce vaste projet, à la fois lieu de vie et lieu de création. Le nombre de places pour la visite de la maison de l’artiste est limité. Le site est devenu musée ouvert à la visite après la mort de l’artiste. Des salles d’exposition présentent ses peintures tandis que des espaces sont laissés aux artistes actuels. En 1962, à l’âge de soixante ans, il s’installe définitivement, avec sa femme Lise, sur sa terre natale en Mayenne, au lieu-dit La Frénouse, près de Laval, où il a érigé la plus spectaculaire de ses œuvres. Devenu communal dès 1967, puis « musée contrôlé » par le cabinet d'André Malraux en 1969, année de son inauguration, devenu propriété du Conseil départemental de la Mayenne en 2020, il a le statut de « Musée de France » depuis 2002 et également celui de Maison des Illustres. L'archisculpture du musée a été inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 16 mai 2022.
Robert Tatin s’installe à la fin de sa vie à la Frénouse, lieu de son futur musée et entame ainsi une nouvelle vie. Sur le tableau on peut voir un paysage fleuri (Iris) qui n’est pas sans rappeler la terre promise, loin des tumultes de la vie. Ayant vécu la seconde guerre mondiale, il retranscrit ses souvenirs les plus sombres à travers diverses formes mécaniques, comme celle du char. L'allée des Géants est le premier espace aménagé par Robert Tatin. Il s'agit à l'origine du chemin communal qui permet d'accéder à la maison de La Frénouse. La première statue est érigée en 1967, et au cours des 21 ans qui suivent, l'artiste en ajoute dix-neuf. Ces statues qui bordent l'allée sont faites en ciment coloré et elles représentent des grandes figures historiques comme Vercingétorix, des concepts abstraits ou encore des artistes célèbres. L'allée peut être divisée en deux parties, la première représentant le cheminement intellectuel de Robert Tatin enfant et adolescent, et la deuxième rendant hommage aux artistes modernes et contemporains ainsi qu'à leur quête vers la perfection. La première partie commence avec Vercingétorix et Jeanne d'Arc, qui symbolisent la découverte de l'histoire par les enfants, ensuite les verbes Être et Avoir suggèrent les questionnements qui surviennent à la fin de l'enfance. « La vierge de l’épine » est l’aboutissement d'une réflexion au sortir de l’adolescence. Pour l’artiste, que nous l’appelions vierge, reine déesse ou mère, une femme est le point commun à toute l’humanité. Robert Tatin la nommera la mère universelle. Sont représentés autour de la vierge des signes évoquant différentes cultures. La corne d’abondance est un objet qui fait partie de la mythologie grecque. C'est une corne magique d'une chèvre qui donne fortune à celui qui la détient. Cette chèvre nourrissait Zeus quand il était enfant, la corne a de nombreux symboles comme la richesse et les rêves de fortune, d'où vient l'expression « la richesse infinie ». La Femme Universelle est comme la mère divine qui représente le pouvoir spirituel. La mère divine est pour le seigneur ce qu’est la lumière pour le soleil mais aussi l'intégrité et une libératrice directe tout comme une mère nourricière. Sainte Anne et la Vierge de l’Épine sont des références à la mystique et à la métaphysique. Sainte Anne est la mère de la Vierge qu’elle porte sur son ventre et Marie, mère du Christ en son sein. Sainte Anne représente l’adolescence de Robert Tatin avec les trois interrogations classiques, d’où venons-nous? Que faisons-nous? Où allons-nous?
André Breton, poète et fondateur du mouvement surréaliste dans les années 1920, a influencé de nombreux artistes, dont Robert Tatin. À la suite des horreurs de la Première Guerre mondiale, Breton rencontre Philippe Soupault et Louis Aragon, avec qui il fonde la Revue Littérature en 1919. Il crée donc le mouvement surréaliste avec pour objectif d’abolir les règles et les barrières établies par les mœurs et par la conscience. Ainsi, en 1920, il publie Les Champs Magnétiques, œuvre majeure de ce mouvement, et en 1924, il publie ses théories, fortement inspirées par les nouvelles idées et études freudiennes réalisées sur l'inconscient remettant en cause de nombreux mœurs et abolissant les barrières fixées par la morale, dans son Manifeste du surréalisme.
Le totem du verbe être dans l’allée des géants est situé en face du verbe avoir, créant un face-à-face symbolique entre ces notions. Le totem du verbe être illustre le sens philosophique de l’existence: être sans posséder, être ouvert au monde. Le totem d'Ubu roi, inventé par Alfred Jarry, représente les travers humains et le refus d’entendre, assis sur un dé truqué et portant le chiffre cinq sur les faces visibles, symbole de la raison qui prétend toujours avoir raison. Le métier de maître compagnon est un métier du BTP; un maître compagnon encadre les chefs de chantiers et coordonne l’ouvrage. Robert Tatin réalise ce totem pour rappeler sa période active dans la construction et le monde professionnel qui a nourri sa sensibilité artistique.
La Maison des Champs se trouve au centre du complexe imaginé par Robert Tatin. Il s'agit d'une vieille maison traditionnelle restaurée puis transformée afin d’y vivre. Le site, entouré d'un jardin, abrite la tombe de l’artiste et le cœur du musée est protégé par une enceinte sombre décorée de figures blanches. Cette enceinte est ouverte symboliquement par une grande sculpture représentant un dragon asiatique, gardien de la connaissance. La Porte des Géants et l’allée des Géants ouvrent l’espace extérieur sur des galeries et des salles d’exposition autour d’un jardin croisé, le « Jardin des Méditations ». Le jardin contient un bassin entouré par les sculptures qui représentent les douze mois de l'année, et au nord du bassin se dresse une sculpture haute de 6,5 m nommée « Notre-Dame-Tout-Le-Monde ». Inauguré en automne 2003, ce lieu accueille des sculptures contemporaines offertes par des artistes et a servi de décor à des œuvres scénarisées par des auteurs de BD et de comics.

Le musée et ses éléments emblématiques ont été choisis comme décor pour des œuvres modernes et médiatiques, démontrant l’influence durable de Tatin sur l’art total pensé comme voyage sensoriel et métaphorique.
Le musée Robert-Tatin à Cossé-le-Vivien (Mayenne) est devenu musée de France et Maison des Illustres, avec une archisculpture inscrite comme monument historique en 2022. Il abrite non seulement les œuvres de Tatin mais accueille aussi des expositions temporaires et des espaces réservés aux artistes contemporains, témoignant de la continuité et de l’ouverture du lieu. Le domaine témoigne d’un équilibre entre Orient et Occident et d’un dialogue entre art martial et arts plastiques, où chaque élément du parcours rappelle le lien entre vie et création.
Des recherches et des archives, notamment les Archives départementales de la Mayenne, documentent l’histoire du site et de son réseau de collaborateurs et d’hommes et femmes qui l’ont entouré, des premières idées de village d’artistes à la consécration patrimoniale actuelle. À travers ces documents, le récit de Tatin se déploie comme une fusion entre mémoire locale et aspirations universelles, où la matière et le hasard guident l’artiste vers une forme d’art totale et immortalisée dans ce site unique.