L’odeur corporelle particulière décrite comme « chou-fleur » ou d’autres odeurs inhabituelles peut résulter de multiples mécanismes biologiques, médicaux et environnementaux. Les odeurs corporelles sont causées par l'interaction entre la sueur et les bactéries présentes sur la peau. Cependant, les causes sous-jacentes peuvent varier et les comprendre peut aider à gérer le problème.
Mécanismes biologiques de l’odeur corporelle
La sueur est sécrétée par deux types de glandes : les glandes eccrines et les glandes apocrines. Les glandes eccrines sont réparties sur presque tout le corps mais se concentrent surtout sur la paume des mains, la plante des pieds et le front. Elles produisent une transpiration composée à 99% d’eau et d’électrolytes et ne sont pas odorantes. Les glandes apocrines sont localisées au niveau des aisselles, des paupières, du pubis, des parties génitales et mammaires. Elles produisent une sueur épaisse et riche en composés lipidiques, en urée, en ammoniaque et en phéromones. Celle-ci peut parfois être malodorante.
La mauvaise odeur provient de la décomposition de la sueur par les bactéries présentes à la surface de la peau. Quand les bactéries « grignotent » les substances présentes (dont elles raffolent) dans la sueur des glandes apocrines, elles libèrent des composants chimiques malodorants. La transpiration excessive peut être accentuée au niveau des aisselles car les poils retiennent les sécrétions, offrant un milieu favorable à la prolifération des bactéries.
Rôle du microbiote cutané et facteurs individuels
- Les bactéries naturellement présentes sur notre peau sont l’un des principaux responsables des odeurs corporelles. Ces bactéries décomposent la sueur en acides, produisant ainsi l’odeur caractéristique.
- La génétique influe sur les odeurs corporelles : c’est un facteur interne et immuable.
- Chaque personne possède une odeur corporelle qui lui est propre, liée à l’âge, au sexe, aux hormones, au microbiote de la peau et à la génétique.
Causes physiologiques et médicales d’odeurs spécifiques (dont odeur de chou-fleur)
L’odeur corporelle peut être le signe d’un trouble sous-jacent. Certaines maladies métaboliques et organiques provoquent des odeurs caractéristiques.
- Les maladies hépatiques, telles que la cirrhose, provoquent souvent une odeur caractéristique; des composés tels que le sulfure d’hydrogène, le limonène, les acides aliphatiques, le méthylmercaptan, le diméthylsulfure et l’éthanotiol sont identifiés.
- Les patients atteints de maladies rénales chroniques, à qui on administre une hémodialyse ou une greffe rénale, ont généralement une haleine urémique; des composés toxiques s’accumulent et peuvent être excrétés par la peau et la respiration.
- La triméthylaminurie (TMAU) est une maladie métabolique caractérisée par l’incapacité d’oxyder la triméthylamine (TMA) en N-oxyde de triméthylamine (OTMA) dans le foie. Les composés de mauvaise odeur (TMA) qui circulent dans le sang peuvent être excrétés dans la salive, l’urine, la sueur et l’air expiré, produisant souvent une odeur de poisson mais parfois d’autres odeurs atypiques selon les concentrations.
- Les maladies hormonales, comme les problèmes de thyroïde, peuvent également engendrer un changement d’odeur corporelle.
États métaboliques et habitudes influençant l’odeur
L’état métabolique joue un rôle indirect car des variations de glycémie et d’appétit modifient la salivation, le reflux et la flore, ce qui peut altérer l’odeur corporelle ou l’haleine. L’hypoglycémie (due à des jeûnes prolongés et à des régimes pauvres en glucides), les états fébriles et la déshydratation peuvent entraîner une halitose et influencer l’odeur corporelle. Dans le cas du jeûne, la formation de composés responsables de mauvaises odeurs résulte de la formation de produits métaboliques du catabolisme protéique et lipidique, comme voies alternatives de la néoglucogenèse.
Il est fréquent d’avoir une mauvaise haleine après une longue période de jeûne, ou au réveil le matin, car le flux salivaire diminue pendant la nuit. Lorsque l’intervalle de temps entre les repas augmente, les dépôts augmentent sur le dos de la langue et le flux salivaire diminue, entraînant des altérations dans sa composition. L’exercice physique très intense peut provoquer une hypoglycémie et modifier l’odeur corporelle ou la respiration.
Facteurs externes : alimentation, médicaments et hygiène
Certaines habitudes et substances influencent fortement l’odeur corporelle :
- Alimentation : certains aliments comme l’ail, les oignons, les aliments épicés, le curry, les piments et l’alcool contiennent des composés odorants libérés par la transpiration. Les aliments riches en protéines animales (viande rouge, œufs) peuvent aussi modifier l’odeur.
- Médicaments : la prise de médicaments peut avoir une influence sur l’odeur, qu’ils soient administrés par voie topique ou systémique. On observe après l’ingestion ou la perfusion de certains médicaments la libération de composés de mauvaise odeur éliminés par les poumons; la plupart sont des médicaments contenant des composés de soufre. D’autres médicaments peuvent provoquer indirectement une halitose en altérant l’écosystème oral ou en réduisant le flux salivaire (effet xérostomique) : amphétamines, oméprazol, anticholinergiques, ondansétron, antihistaminiques, inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, antidépresseurs tricycliques, lévodopa, etc.
- Hygiène et vêtements : une mauvaise hygiène cutanée favorise la prolifération bactérienne. Les matières synthétiques (polyester, polyamide, acrylique) emprisonnent les odeurs; porter des vêtements en coton et bien sécher après la douche aide à réduire la macération et les mauvaises odeurs.
- Pilosité : la pilosité des aisselles retient les sécrétions et favorise la prolifération bactérienne; le rasage ou l’épilation peut réduire l’odeur.
Odeur liée aux changements hormonaux
Les fluctuations hormonales, notamment pendant la puberté, la grossesse ou la ménopause, peuvent affecter significativement l’odeur corporelle. Depuis quelques décennies, on a constaté que certaines femmes exhalent des taux de composés volatils supérieurs à la normale pendant leurs menstruations. Le changement d’odeur corporel le plus récurrent est lors de la grossesse, à cause des modifications hormonales.

Diagnostic : repérer la cause
Le diagnostic commence par une anamnèse et un examen physique approfondis. Le professionnel de santé évaluera les habitudes d'hygiène, le régime alimentaire, la prise de médicaments et le mode de vie. Il peut également poser des questions sur les symptômes associés afin d'écarter des affections sous-jacentes. L’odeur soudaine, persistante ou accompagnée d’autres symptômes inhabituels nécessite une consultation médicale.
Prise en charge et mesures pratiques
Il existe plusieurs façons de gérer et traiter les odeurs corporelles selon la cause :
- Maintenir une bonne hygiène : bain ou douche réguliers, bien sécher les plis cutanés et changer fréquemment de vêtements.
- Utiliser des antisudorifiques ou traitements médicaux : les antisudorifiques en vente libre ou sur prescription peuvent réduire la transpiration; les déodorants masquent les odeurs mais n’agissent pas sur la sudation.
- Modifier le régime alimentaire et le mode de vie : éviter les aliments qui contribuent aux odeurs fortes, rester hydraté, porter des vêtements amples et respirants.
- Traiter la cause sous-jacente : si l’odeur est liée à une maladie (diabète, problèmes hépatiques, insuffisance rénale, TMAU, troubles thyroïdiens), le traitement de la maladie améliore souvent l’odeur.
- Remèdes complémentaires : des remèdes naturels comme la sauge (qui limite la transpiration), l’huile essentielle de lavande (antimicrobienne), la chlorophylle (désodorisant interne) ou le thé vert peuvent aider en complément de mesures d’hygiène.
Conseils pratiques quotidiens
- Se raser ou s’épiler les aisselles si nécessaire.
- Porter des vêtements en coton et éviter les matières synthétiques qui favorisent la macération.
- Utiliser des antisudorifiques sans parfum pour limiter la transpiration excessive.
- Prendre soin de l’alimentation si certains aliments accentuent l’odeur.
- Gérer le stress et se détendre, car l’état émotionnel peut augmenter la production de sueur.

Quand s’inquiéter ?
Bien que l’odeur corporelle ne soit généralement pas un problème grave, elle peut être le signe d’un problème médical sous-jacent dans certains cas. Si l’odeur est soudaine, persistante, très prononcée ou associée à d’autres symptômes (perte de poids, fatigue, fièvre, changement cutané), il est important de consulter un médecin pour des examens complémentaires et un traitement ciblé.
Mythes et réalités
- Mythe : « Les odeurs corporelles sont toujours causées par une mauvaise hygiène. » Fait : si une mauvaise hygiène peut contribuer, les odeurs peuvent aussi être causées par des problèmes médicaux, l’alimentation et les hormones.
- Mythe : « Les odeurs corporelles ne sont un problème que par temps chaud. » Fait : elles peuvent apparaître à tout moment, indépendamment de la météo.
Le microbiote humain - SVT - Seconde - Les Bons Profs
Résumé des facteurs influençant l’odeur corporelle
| Facteur | Impact sur l’odeur |
|---|---|
| Microbiote cutané | Décomposition de la sueur en composés malodorants |
| Glandes apocrines | Sueur riche en lipides favorisant odeurs |
| Alimentation | Libération de composés odorants (ail, oignon, épices) |
| Médicaments | Libération de composés odorants ou xérostomie |
| Maladies (foie, rein, TMAU) | Produits métaboliques excrétés dans sueur/respiration |
| Hygiène et vêtements | Macération, rétention d’odeurs dans tissus synthétiques |
Comprendre les origines possibles d’une odeur corporelle inhabituelle, comme une odeur de « chou-fleur », permet d’orienter les mesures d’hygiène, alimentaires et médicales. Un examen médical reste recommandé lorsque l’odeur est persistante ou associée à d’autres signes cliniques.