La vente en vrac se développe un peu partout, au sein des supermarchés, des commerces bios et des commerces spécialisés. Son point fort : réduire les emballages. Elle se présente donc comme une action écologique avant tout. Mais peut-on réellement parler d'action économique ? Avec moins de déchets d'emballage, le consommateur s'y retrouve-t-il vraiment sur l'addition ?
La vente en vrac répond à la tendance du "zéro déchet", par l'achat de produits vendus sans emballage, ou dans un emballage réutilisable. Tous les produits ne peuvent pas être vendus en vrac. Impossible ici de donner une réponse tranchée, sans nuance. En effet, c'est un cas par cas qui s'opère. Les commerces de bio sont les premiers à avoir instauré la vente en vrac, si l'on exclut évidemment la vente traditionnelle sur les marchés. Généralement, ces enseignes vendent les mêmes produits ou des produits largement similaires en conditionnement préemballé ou en vrac, avec un gain réel sur l'achat en vrac. En revanche, la plupart du temps, les supermarchés appliquent des tarifs du vrac au kilo plus élevés que ceux de produits similaires préemballés. Un sachet réutilisable ou recyclable est d'ailleurs souvent imposé.

Le vrac n’est donc pas nécessairement économique dans les grandes surfaces, mais répond à l’envie de limiter le gaspillage alimentaire et d’emballage. On estime qu'un Français produit chaque année l'équivalent de 320 à 520 kg de déchets ménagers et assimilés. Les déchets papiers et cartonnés représenteraient ¼ de ce poids, contre 11 % pour les déchets plastiques. La gestion des déchets ménagers est de plus en plus problématique à l'échelle communale ou intercommunale. La fréquence des ramassages s'estompe et la tarification du service augmente.
Les magasins bios et les commerces spécialisés proposent de venir avec ses propres contenant·s, pour totalement supprimer les emballages. Les enseignes de supermarché imposent plus souvent leurs propres contenants, qui doivent toutefois impérativement être réutilisables et recyclables. Le contenant rapporté du consommateur devra impérativement être propre et sec, et marqué d'un verre et d'une fourchette, symbole qu'il s'agisse bien d'un contenant pouvant accueillir des denrées alimentaires. Le vrac participe donc à la réduction des déchets d'emballage. Et oui, c'est le second avantage indéniable du vrac. Le choix de la quantité est totalement laissée libre au consommateur. Il faut donner un chiffre pour que cet argument soit plus convaincant : chaque année, 10 millions de tonnes de nourriture sont jetées en France. Alors évidemment, cette quantité n'est pas à mettre sur l'unique compte des particuliers, mais ils y participent largement.
Bien souvent, le conditionnement proposé sur les produits préemballés n'est pas proportionné au besoin réel, et les produits arrivent en date de péremption, s'éventent avant que le contenant ne soit terminé, sont oubliés au fond d'un placard, etc. Le vrac présente donc l'avantage de pouvoir estimer au plus juste son besoin. Malgré tout, l'économie peut être au rendez-vous, à condition pour le consommateur d'étudier les prix au kilo, en comparant le vrac et le produit préemballé à qualité et quantité égales. On présente parfois le vrac comme le moyen de réaliser jusqu'à 30 % d'économie. Probablement que ce pourcentage soit quelque peu survendu. Pour autant, les magasins bios seront généralement les seuls à permettre de réaliser une économie.
Globalement, même si ce n'est pas là une obligation, le conditionnement en vrac est plutôt proposé sur des produits d'origine bio, détenant le label bio. Il semble donc que la qualité nutritive des produits proposés soient assurée. Le vrac permet donc de profiter de produits sans conservateurs et plus naturels. Notons d'ailleurs que le simple fait de retirer les emballages plastiques agit pour la préservation des qualités du produit. Le plastique lâche de fines particules micro-plastiques particulièrement nocives pour la santé. L'idéal est de pouvoir verser son vrac dans un contenant en verre. Là encore, ce n'est pas une obligation du vrac. Pour autant, avec le label bio, les produits du vrac proposés en magasins bios ou en magasins spécialisés peuvent proposer davantage de produits de producteurs locaux, pour répondre à l'envie de mieux manger.

Par exemple, il pourra s’agir d’un miel local, d’une viande d’un producteur local, ou encore de fruits secs préparés à proximité. Cet avantage reste à jauger selon l’enseigne qui propose le vrac. Parmi les points plus réservés au sujet de la vente en vrac, nous pouvons d’abord noter le risque de gaspillage. Le fait de vendre un produit alimentaire sans emballage induit le respect de règles d'hygiène et de traçabilité plus particulières. Aussi, le vrac mal versé, celui tombé à côté du sachet, comme le sachet en libre-service que le client décide de ne pas acheter une fois arrivé en caisse, seront autant de produits perdus qui devront obligatoirement être jetés.
Ajoutons également que la réglementation sur la vente en vrac est moins exigeante que celle sur les produits préemballés. Les commerçants ne sont pas contraints légalement de renseigner la durée de conservation, le mode d'emploi, ou encore l'identification des lots, ce qui ne rend pas possible les procédures de rappel. Si le consommateur apporte son propre contenant, la loi AGEC oblige les professionnels à l'accepter tant que le contenant n’est pas sale ou inadapté. Le Code de la consommation prévoit qu’un affichage en magasin doit informer le consommateur sur les règles de nettoyage et d’aptitude des contenants réutilisables.
Le consommateur est de plus en plus attiré par un vrac de qualité, de produits bios et/ou locaux, pour soutenir le commerce de proximité. Rien n’impose légalement au vrac d’être bio ou local. Cependant, faire l’achat de ses aliments en vrac est souvent motivé par une prise de conscience environnementale. Malgré cela, visiter un commerce de vrac peut sembler intimidant: faut-il apporter ses contenants ? comment se servir de la machine de beurre d’arachide ?
- Il est fortement suggéré de rédiger une liste à l’avance et d’apporter suffisamment de contenants et sacs ; mieux vaut en prévoir trop que pas assez.
- Les employés sont habitués aux questions et peuvent aider; demander des conseils est encouragé.
- Il existe des sacs en tissus et des contenants consignés; le système consignation et le choix des contenants facilitent l’achat.
- Des alternatives écologiques comme des pailles en bambou ou des sacs réutilisables permettent de réduire les emballages à usage unique.
- Faire ses achats en vrac peut nécessiter une organisation et une préparation, mais reste très satisfaisant pour une cuisine zéro déchet.
Dans les magasins bios ou spécialisés, on peut trouver de nombreux produits en vrac et, parfois, des formats variés (pots 1 kg, bocaux, etc.). Des exemples d’écoles et d’initiatives locales montrent que la vente en vrac peut être associée à une offre en ligne et à des partenariats locaux (conciergeries, batch cooking, etc.).
La DGCCRF a mené une enquête en 2020 sur la conformité et l’hygiène des établissements pratiquant le vrac: près de 23% des établissements montraient des anomalies d’hygiène; des lacunes sur le nettoyage et le traçage des lots ont été constatées, et certaines règles relatives aux allergènes et à l’origine des denrées n’étaient pas systématiquement respectées. Ces constats soulignent la nécessité pour les professionnels de maîtriser la réglementation et d’améliorer les procédures de contrôle et de traçabilité.
Le vrac est désormais défini par le Code de la consommation comme la vente au consommateur de produits présentés sans emballage, en quantité choisie, dans des contenants réemployables ou réutilisables. La vente peut être en libre-service ou en service assisté, et peut aussi se conclure dans le cadre d’un contrat de vente à distance. Des dérogations existent pour les produits soumis à des réglementations spécifiques.
Qui propose le vrac et où l’acheter
Le vrac n’est pas l’apanage des magasins bios: les grandes surfaces et les commerces spécialisés proposent de plus en plus de vrac, principalement pour les produits secs et les produits d’entretien. Environ 7 000 grandes et moyennes surfaces proposent du vrac, avec une concentration majeure dans le bio (environ 60%). Des initiatives comme En avant vrac ! visent à étendre l’offre et à harmoniser les moyens de distribution dans les grandes surfaces afin d’atteindre les objectifs de la loi de 2030 pour 20% de produits vendus sans emballages.

On peut acheter en vrac dans des magasins spécialisés, des épiceries sans emballage, des marchés, des boutiques en ligne bio, et même via des épiceries en ligne qui proposent des produits en vrac. Des exemples régionaux et des témoignages montrent que le vrac peut être local et responsable, avec des producteurs locaux et des circuits courts. Par exemple des épiceries vrac racontent des histoires autour de produits locaux, du miel local à la viande de producteur local, en passant par des fruits secs préparés près de chez soi.
Le coût du vrac peut varier: les économies apparaissent surtout lorsque l’on compare des produits équivalents en vrac et préemballés; les produits bio en vrac y sont souvent moins chers que leurs équivalents préemballés. À long terme, l’impact économique peut être positif, mais nécessite une certaine discipline et une connaissance des prix au kilo. Le vrac a connu une forte croissance depuis 2015, avec de nouveaux magasins et créations d’emplois, et une estimation de près de 500 à 600 points de vente spécialisés, plus de 40 épiceries sans emballage, et une part modeste mais croissante de consommateurs qui achètent en vrac (autour de 0,5% aujourd’hui, avec une marge de progression significative).

Bonnes pratiques pour réussir ses courses en vrac
Pour ceux qui veulent se lancer, voici des conseils pratiques: préparez une liste, apportez des contenants propres et adaptés, demandez l’aide du personnel en magasin, utilisez des sacs consignés ou des bocaux réutilisables, et envisagez des achats en ligne avec livraison sans emballage. Le vrac s’inscrit dans une transition vers une consommation plus responsable et peut s’intégrer à une cuisine zéro déchet, avec des substitutions et des alternatives écologiques variées.
Le vrac peut aussi s’inscrire dans une logique de proximité et de soutien aux producteurs locaux, et peut être une porte d’entrée pour découvrir de nouveaux aliments et tester des quantités raisonnables avant achat.