La Farine de Paille : Une Solution Innovante pour l'Élevage et la Gestion des Matières Sèches

La gestion de la paille dans les exploitations agricoles représente un défi constant, particulièrement lorsque les conditions climatiques ou les rendements des cultures céréalières limitent la disponibilité. Face à cette problématique, la transformation de la paille en farine émerge comme une solution prometteuse, offrant des avantages considérables tant pour l'alimentation animale que pour l'amélioration de la litière. Cette approche innovante permet une meilleure valorisation de cette ressource, tout en répondant aux impératifs de confort, d'hygiène et de durabilité dans le secteur de l'élevage.

Comprendre la Paille et ses Transformations

La paille, sous-produit de la moisson des céréales comme le blé, est traditionnellement utilisée pour diverses applications agricoles. Historiquement, les élèves apprennent que lors de la moisson, on récolte le blé. On utilise les grains de blé pour faire de la farine et les tiges pour faire de la paille. Obtenir de la farine à partir de grains de blé implique un processus d'écrasement, souvent réalisé à l'aide de meules. Cependant, la paille elle-même, constituée des tiges séchées, peut également subir des transformations pour en extraire une substance aux propriétés intéressantes : la farine de paille.

Grains de blé et tiges de paille

Le processus de fabrication de la farine de paille, bien que différent de celui des grains, partage des principes fondamentaux de réduction de taille et de purification. Il débute par un broyage méticuleux de la paille. L'objectif est d'obtenir des brins d'une longueur spécifique, généralement comprise entre 5 et 8 centimètres pour une incorporation optimale dans la ration alimentaire, ou un calibre plus fin avec un défibrage du brin sur la longueur pour une meilleure absorption en tant que litière.

Méthodes de Broyage et de Transformation de la Paille

Diverses solutions existent pour transformer la paille en une forme plus fine, que ce soit au champ lors du pressage ou directement à la ferme.

  • Presse avec couteaux: La solution la plus simple consiste à utiliser une presse équipée d'une rangée de couteaux. Pour obtenir une majorité de brins mesurant moins de 8 à 10 cm, l'outil doit en posséder au minimum 25 sur toute la largeur. Cependant, les round-baller en possèdent le plus souvent 12 à 15. Ce premier hachage permet de gagner du temps en facilitant le travail de recoupe complémentaire dans le bol mélangeur.

  • Broyeurs montés sous la flèche du big-baller: Pour un broyage plus fin, les Cuma et les ETA s'équipent de broyeurs montés sous la flèche du big-baller. Ces matériels possèdent, selon les modèles, de 40 à 80 couteaux, qui hachent la paille entre 2 et 5 cm. Pour que les balles se tiennent, il est indispensable de les serrer au maximum, et parfois de réduire leur longueur à 2 m. Les bottes pèsent alors près de 500 kg. Très performant, ce type de broyeur nécessite également une puissance plus importante, ce qui divise pratiquement par deux la vitesse de progression de la presse et augmente le prix de l'atelier.

  • Utilisation d'ensileuses: Plutôt que d'investir dans un broyeur, certains entrepreneurs ou Cuma préfèrent ramasser la paille directement avec leur ensileuse. Récolter en vrac nécessite des remorques nombreuses et n'est intéressant que si les champs sont vraiment proches de la ferme. Le stockage impose aussi de disposer d'un grand espace à l'abri. En revanche, la reprise hivernale avec le godet est assez facile. Pour les chantiers plus éloignés, certaines ETA proposent une solution innovante, en ensilant la paille pour la projeter directement dans un big-baller équipé d'un cône placé au-dessus du pick-up. Ce principe affiche un bon débit car les machines se déplacent parfois jusqu'à 12 km/h, mais cela impose de faire rouler l'ensileuse et le tracteur en parallèle et donc de faire appel à deux chauffeurs. La récolte à l'autochargeuse est un bon compromis pour ramasser et broyer la paille au moment de la moisson. Ces machines sont généralement équipées d'une rangée de couteaux suffisamment resserrés pour créer des brins de 4 à 5 cm, et en compressant la paille, l'éleveur ramène un gros volume à chaque tour. Broyer la paille au moment de la récolte permet de concentrer deux opérations au même moment mais complexifie aussi les chantiers, à une période déjà bien chargée.

  • Broyage à la ferme avec des prestataires: Certains éleveurs préfèrent presser normalement la paille et broyer ensuite les bottes à la ferme. Ils font alors appel à leur Cuma ou à une ETA. Quelques prestataires proposent un broyage à l'aide de l'ensileuse : une manière de rentabiliser davantage la machine. Cette pratique est très employée pour le paillage des volailles, mais les éleveurs laitiers situés à proximité peuvent également en profiter. L’opération coûte généralement aux alentours de 30 à 40 €/t. L’ensileuse est placée à poste fixe dans la cour et projette directement la paille dans la zone de stockage. Un système de convoyeur est aménagé à l’avant de la machine de façon à faire avancer les bottes jusqu’au rotor. Ce principe donne de bons résultats avec des calibres réguliers, mais produit beaucoup de poussière.

  • Broyeurs spécifiques: Il existe des broyeurs à paille spécifiques, comme ceux des marques Teagle ou Haybuster. Déclinés en différentes capacités pour convenir aux exploitations individuelles comme aux Cuma et ETA, ces matériels fonctionnent avec des marteaux qui hachent la matière contre des grilles. Le calibre est ajusté en fonction de la taille des trous : de quelques millimètres de longueur à plusieurs centimètres, selon l’usage.

Broyeur de paille

La Fabrication Industrielle de Farine de Paille

Pour obtenir une farine de paille de haute qualité, un processus plus sophistiqué est parfois mis en œuvre, impliquant une succession d'étapes de broyage et de tamisage. Ce procédé est similaire, dans son principe, à la fabrication de la farine de blé.

  1. Broyage initial: La paille est d'abord broyée grossièrement.
  2. Broyage fin et tamisage: La matière passe ensuite à travers plusieurs machines de broyage, utilisant des cylindres aux cannelures de plus en plus fines. Chaque étape est suivie d'un tamisage pour séparer les particules selon leur taille. Ce processus permet d'obtenir différents granulés, allant du gros son au fin son. Des cylindres lisses peuvent également être utilisés pour réduire les particules plus grosses en farine.
  3. Obtention de la farine: Après chaque étape de broyage et de tamisage, la farine est progressivement extraite. Les tamiseurs rotatifs, ou plansichters, sont essentiels pour assurer la pureté et la finesse de la farine en classifiant granulométriquement les produits issus des cylindres. Les particules qui ne sont pas encore de la farine sont renvoyées vers les cylindres appropriés pour continuer le processus d'extraction.
  4. Contrôle qualité: La dernière étape consiste en un contrôle qualité rigoureux pour s'assurer que la farine de paille répond aux standards requis pour son utilisation, notamment en termes d'absorption, de douceur et d'absence de poussières fines ou de fibres coupantes.

Une usine entièrement dédiée à la transformation de la paille en farine, d'une capacité de 50 tonnes par jour, illustre cette approche industrielle. Le cœur de ce dispositif est une presse-granuleuse qui produit de la farine de paille, en petites miettes, pour les logettes, et de la paille en granulés pour la litière des poulaillers. Cette usine est même certifiée GMP+, lui permettant également de presser des granulés de luzerne.

L'Utilisation de la Farine de Paille en Élevage

La farine de paille trouve des applications multiples et bénéfiques dans le domaine de l'élevage, principalement comme litière, mais aussi potentiellement comme complément alimentaire.

  • Litière absorbante et hygiénique: La farine de paille est spécialement conçue pour la litière du bétail. Elle offre un pouvoir absorbant exceptionnel, capable de maintenir les logettes sèches pendant une longue période. Cette propriété est cruciale pour le confort des animaux et la prévention des problèmes de santé. L'humidité excessive, qu'elle provienne du lait, de l'urine ou des déjections, est un facteur de risque majeur pour les troubles respiratoires, le développement de bactéries, et les affections cutanées comme les pododermatites. La farine de paille, en déséquilibrant l'hygrométrie et la température, contribue à assainir l'habitat des animaux.

  • Amélioration du confort animal: Outre ses propriétés absorbantes, la farine de paille est appréciée pour sa souplesse, sa finesse et sa douceur. Elle améliore le couchage des animaux, offrant un environnement plus confortable et réduisant les risques de blessures ou d'irritations cutanées. Elle ne contient pas de fibres tranchantes et dures, et est sans poussière, ce qui est un avantage considérable par rapport à d'autres types de litières.

  • Réduction des nuisances olfactives et des émissions d'ammoniac: En absorbant efficacement l'humidité et en limitant la décomposition des déjections, la farine de paille aide à éviter la propagation des odeurs désagréables et des vapeurs d'ammoniac. Ceci contribue à un environnement de travail plus sain pour les éleveurs et à un habitat plus sain pour les animaux.

  • Alternative écologique et naturelle: La farine de paille est un produit biodégradable et 100% naturel, s'inscrivant dans une démarche de protection environnementale. Elle représente une alternative intéressante à d'autres matériaux comme la sciure, qui peut poser des problèmes de poussière ou de composition.

  • Facilité d'entretien et fumier de meilleure qualité: L'utilisation de la farine de paille simplifie l'entretien de la litière. De plus, elle permet d'obtenir un fumier de meilleure qualité, ce qui est un atout pour les agriculteurs qui utilisent leurs propres lisiers dans les plantations.

  • Potentiel en alimentation animale: Bien que principalement utilisée comme litière, la farine de paille, lorsqu'elle est broyée à une granulométrie spécifique (5 à 8 cm), peut être incorporée à la ration des animaux. Cela permet de limiter les refus et d'augmenter les quantités ingérées, améliorant ainsi la valorisation de la paille comme aliment.

Vaches laitières dans des logettes propres

Gestion des Stocks et Anticipation des Besoins en Paille

La gestion de la paille est une préoccupation majeure pour les éleveurs, notamment en fin d'hiver lorsque les stocks diminuent et que la disponibilité peut être affectée par les conditions de récolte. Il est donc essentiel de faire un bilan des stocks en sortie d'hiver pour confirmer la consommation effectuée et d'anticiper les besoins futurs.

Un point sur les cultures de céréales permet d'estimer grossièrement le potentiel de récolte de paille pour la saison à venir. Suite à cette évaluation, les questions d'achat de paille se posent : quel volume et pour quelle période ?

Les besoins peuvent être réduits en diminuant le nombre d'animaux sur l'exploitation. Des réformes, ventes de vaches laitières ou génisses peuvent être envisagées, sans oublier les animaux autres que l'atelier lait. Le confort des vaches ne doit pas se faire au détriment des autres ateliers. Cependant, l'atelier génisses, qui, suivant les rations, est demandeur de paille en litière et en alimentation, est à cibler. Une réflexion sur le nombre de génisses de renouvellement est à avoir.

Dans les logettes, comme en aire paillée, il faut rechercher un couchage propre, sec, inoffensif pour la peau et surtout qui absorbe l'humidité. La paille, sous ses différentes formes (broyée, défibrée, farine de paille), répond à ces critères. Des produits d'aide à la maîtrise des litières peuvent également être utilisés, mais il convient de respecter les préconisations du fabricant et de s'assurer que les autres facteurs de risque sont sous contrôle (place par vache, fréquence de curage, qualité de la paille, hygiène de traite, etc.).

Le Cas Pratique de la SAS Grimault Paille et Fourrage

L'entreprise SAS Grimault Paille et Fourrage illustre parfaitement le potentiel de la transformation de la paille en farine. L'aventure commence en 2015, lorsqu'un éleveur interroge Thierry Grimault, négociant en paille et fourrages, pour trouver une alternative à la sciure. Après un essai concluant en étable, l'entreprise se lance dans la production et la livraison de litière pour vaches laitières, partout en France et vers les pays frontaliers.

La paille utilisée provient principalement du nord de la Vienne, sur des sols de groie qui portent bien. L'entreprise achète la paille, la conditionne, la stocke, la transforme dans sa nouvelle usine et la livre. Elle vend en direct ou à des coopératives et négociants. Les commandes, souvent passées deux fois par an, permettent de lisser au maximum les prix pour garantir une stabilité. Le prix de vente peut varier, comme en 2022 où une augmentation de 5 euros la tonne a été observée. Une fois livrée, posée sur palettes et à l'abri, la farine de paille se conserve longtemps.

Big-bag de farine de paille

Le Point de Vue d'un Éleveur

Un éleveur du Nord, interrogé sur la question, souligne les avantages du broyage à la ferme : « Broyer à la ferme me permet de mieux maîtriser à la fois l’organisation du chantier et la qualité. Auparavant, je faisais presser ma paille par une ETA locale qui utilisait une presse cubique avec broyeur sous la flèche. Mais pour en tirer un bon résultat dans notre région, il faut travailler entre 13h et 19h, quand la paille est sèche et cassante. Malheureusement, on ne choisit pas les horaires de passage de l’ETA. C’est pourquoi en 2018, j’ai recommencé à presser moi-même la paille en balles rondes. Je stocke à part les bottes de meilleure qualité et je les broie plus tard. » La finesse du hachage affecte directement le débit ainsi que le prix de revient.

Conclusion sur l'Importance de la Farine de Paille

La farine de paille s'affirme comme une solution de plus en plus pertinente pour les éleveurs cherchant à optimiser la gestion de leurs ressources, à améliorer le confort et l'hygiène de leurs animaux, et à adopter des pratiques plus durables. Que ce soit par le biais de transformations à la ferme, de collaborations avec des entreprises spécialisées, ou via des processus industriels dédiés, cette matière première polyvalente offre des avantages significatifs pour l'ensemble de la filière. L'innovation dans la manière de valoriser la paille, notamment par sa transformation en farine, contribue à relever les défis actuels de l'élevage, tout en ouvrant la voie à de nouvelles opportunités économiques et environnementales.

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