Valeur alimentaire du colza fourrager : enjeux, production et utilisation dans les rations bovines et ovines

Le colza fourrager est une plante annuelle de la famille des Brassicacées, anciennement nommée Crucifères, qui regroupe des plantes dicotylédones telles que les choux, navets, radis, etc. Souvent utilisée en interculture (entre 2 cultures principales annuelle successives), cette culture dérobée fourragère est réputée pour être peu onéreuse, s’implanter facilement et bénéficier d'une croissance rapide. Ceci permet notamment aux éleveurs d’obtenir un fourrage frais de qualité à des périodes où d’autres plantes auront plus de difficultés à produire (notamment à l'automne). Le colza fourrager limite donc le recours aux fourrages conservés qui seront valorisés durant l'hiver.

En agriculture, cette espèce est particulièrement adaptée à la pâture et à l’affouragement en vert, à destination des élevages de type bovins et ovins à forts besoins, puisqu’elle est particulièrement appétente, productive et riche en énergie. Le semis est relativement facile et il est possible dès la fin du printemps, jusqu’au mois d’août. Le semis direct de ce couvert est possible, à condition que les terres possèdent une bonne structure. Autrement, passez en amont un outil à dents rigides à 25 cm de profondeur pour préparer la terre. Côté matériel-équipement, semez avec un semoir à céréales à 1 cm de profondeur et réalisez par la suite un bon roulage. Le colza fourrager doit être semé à raison de 8 à 10 kg/ha, avec un ray-grass d'Italie non alternatif est possible avec 5 kg de colza pour 20 kg de RGI/ha. Semé après la récolte de la culture précédente, il s’implantera rapidement tout en bénéficiant des réserves en eau du sol.

  1. Le colza fourrager est le complément idéal des rations grâce à ses très bonnes valeurs en énergie et en protéines. Sa très bonne valeur alimentaire est d’ailleurs proche de celle d’un ray-grass d’Italie. Il est donc nécessaire de rationner le colza fourrager à votre troupeau : compter 2 à 3 kg MS/vache laitière/jour maximum.
  2. La destruction du colza fourrager est aussi facile que son implantation et se réalise par le labour du sol. Généralement, après l'exploitation, la végétation ne redémarre pas. Il est également possible de l'enfouir en fin d'hiver s'il n'a pas été totalement exploité. Le colza fourrager donne un fourrage d'une qualité insoupçonnée à vos vaches !

Le colza fourrager représente une solution économique pour l’autonomie protéique des exploitations laitières et s’adapte parfaitement aux besoins des éleveurs recherchant un fourrage riche en protéines. Son implantation simple et sa croissance rapide en font un complément idéal aux rations à base de maïs ensilage.

Caractéristiques techniques du colza fourrager

  • Le colza fourrager (Brassica napus) appartient à la famille des crucifères et développe un système racinaire pivotant performant. Le poids de mille grains atteint 3,3 grammes en moyenne.
  • Le coût des semences varie entre 11 et 25 euros par hectare. La densité de semis recommandée s’établit à 6 kg/ha en culture pure.
  • Rendements typiques : 2 à 5 tonnes de matière sèche par hectare, avec fréquent retour de 60 à 80 jours pour les variétés précoces.

Valeurs nutritionnelles du colza fourrager

En culture dérobée, au stade floraison, le colza fourrager affiche 0,81 UFL 2018 par kg de matière sèche. Il contient 77 g de PDl (protéines digestibles) et 25 g de PDIA par kg de MS. Sa teneur en matières azotées totales atteint 150 g/kg MS, avec une dMO à 71%. Ces valeurs nutritionnelles équivalent à celles d’une herbe de printemps et permettent d’économiser une partie des concentrés achetés à l’extérieur.

En pratique, la proportion de colza fourrager ne doit pas dépasser 20% de la matière sèche totale des rations, et il constitue un excellent complément en azote dégradable pour les rations. Une transition alimentaire de 8 à 15 jours s’avère nécessaire pour habituer le rumen. L’arrêt de la consommation une heure avant la traite évite le goût de colza dans le lait et garantit la qualité organoleptique du produit.

Itinéraire technique de semis

Préparation du sol et semis

Le semis s’effectue immédiatement après la récolte de la culture précédente, afin de valoriser les réserves hydriques et nutritives du sol. La profondeur optimale varie entre 2 et 4 cm selon l’humidité. Le semis sous la coupe ou avec semoir à dents offre les meilleurs résultats. Le semis direct sur chaume reste possible avec un semoir à disques. L’objectif vise 200 plants au mètre carré pour assurer une couverture homogène.

Fertilisation et protection : le colza fourrager valorise efficacement les reliquats azotés après légumineuses. Un apport total de 80 unités d’azote par hectare suffit généralement. Les limaces représentent le principal risque sanitaire au semis précoce. Un roulage après semis limite les dégâts potentiels. La croissance rapide étouffe naturellement les adventices sans intervention chimique.

Rotation culturale et destruction

Le colza fourrager s’intègre difficilement après d’autres crucifères et peut être soumis à des risques phytosanitaires spécifiques (hernie des crucifères, nematodes). Le labour reste le mode de destruction le plus efficace après exploitation, mais d’autres techniques (déchaumage, glyphosate) existent avec une efficacité variable. Plus le couvert se développe, plus sa destruction devient délicate. Une destruction précoce (avant montaison) optimise la valorisation par la culture suivante et un enfouissement tardif enrichit le sol en matière organique.

Récolte et utilisation

Pâturage et récolte en vert

Le pâturage au fil constitue la méthode de valorisation préférée. Comptez 20 m² de surface par vache selon la hauteur du couvert et adaptez le fil quotidiennement pour limiter les pertes. L’affouragement en vert pour distribution à l’auge est possible lorsque la parcelle est éloignée ou peu portante. Le colza fourrager offre du vert en automne, lorsque d’autres cultures produisent moins, et permet de maintenir les animaux en régime vert, bénéfique pour leur santé.

La valeur nutritionnelle évolue rapidement avec le stade de la plante. Le colza fourrager est riche en feuilles et bien consommé par les animaux. Une fois consommé en vert, il est souvent présenté au pâturage rationné ou en boîtes à l’auge, selon l’organisation de l’élevage.

Récolte et conservations

En pratique, l’ensilage reste possible malgré la forte teneur en eau et un préfanage au champ améliore la conservation du produit. Le colza-fourrage peut être utilisé en apport protéique tout au long de la saison et permet une réduction des volumes de concentrés.

Gestion économique et rendements

  • Coût des semences attractif entre 3 et 4 euros par kg; avec 6 kg/ha, l’investissement semences est modeste.
  • Les charges d’implantation se limitent au travail du sol et au semis, l’absence de traitements phytosanitaires systématiques réduisant les coûts.
  • Rendements typiques : 2 à 5 tonnes de MS par hectare, avec 60 à 80 jours pour les variétés précoces. Les conditions climatiques influencent fortement la performance.
  • L’intégration dans un système fourrager sécurise l’alimentation et limite les risques liés aux aléas climatiques.

Variétés et choix agronomiques

La qualité et le stade végétatif optimal dépendent de la variété choisie. Si vous avez besoin d’un colza rapidement, privilégiez une variété précoce; pour exploiter au maximum le stade feuillu, une variété demi précoce peut être intéressante; et si vous pouvez attendre, les variétés tardives sont les plus productives. Après le semis, 12 semaines et plus sont nécessaires pour que les feuilles atteignent leur développement maximum, moment où l’on peut les exploiter de façon optimale.

Le choix du moment de semis influence fortement la production et le moment de pâturage. Semé en fin de printemps dans des conditions non trop sèches, le colza peut être pâturé après 60 jours de pousse.

Des considérations pratiques et conseils

  • Pour garder de la portance, éviter le labour et préférer un travail de préparation léger du sol. Le semis est souvent réalisé à la volée avec un dosage de 8 à 10 kg/ha, sur des lignes espacées de 15 à 25 cm.
  • En culture dérobée d’été, il peut être utile d’épandre 80 unités/ha d’azote si besoin d’une masse de fourrage rapide. Apportez également de la potasse et de l’acide phosphorique.
  • En cas d’attaque d’altises, un traitement peut être nécessaire, effectué 15 à 20 jours avant la consommation par les animaux.
  • La dégradabilité du colza fourrager est excellente : environ 95% après 48 h d’incubation avec le ray-grass et les autres graminées prairiales.
Schéma: cycle de valorisation du colza fourrager dans une rotation fourragère

Gestion des altises sur colza : variétés pièges, pâturage et broyage - Aurore Baillet

En somme, le colza fourrager est un levier technique performant pour l’autonomie protéique des élevages laitiers. Sa facilité d’implantation et sa richesse nutritionnelle en font un complément idéal aux rations traditionnelles, tout en servant de couverture des sols et de régulateur des adventices dans les rotations.

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