Claude Levain psychanalyste biographie œuvres

BIOGRAPHIE de Jean-Claude ROLLAND Jean-Claude Rolland est né à Lyon le 16 décembre 1941, et c’est dans cette ville que s’est déroulé l’essentiel de sa carrière, de son activité clinique et de son enseignement. Ce psychanalyste a su se laisser inspirer par une grande diversité de rencontres importantes et fécondes qui ont nourri sa pensée et marqué l’évolution de sa personnalité, de son approche clinique, et sa compréhension de la réalité psychique. Par cette capacité à s’ouvrir à des points de vue très différents dans un esprit de tolérance critique et une grande liberté de pensée, il a pu acquérir une indépendance et un surplombement qui lui ont permis d’élaborer au fil des années une recherche originale sur la clinique psychanalytique, sur le travail du langage et le fonctionnement de l’esprit.

Il avait éprouvé une expérience novatrice en classe de terminale avec François Dagognet, alors jeune professeur de philosophie, qui avait dû remplacer durant un trimestre son professeur du Lycée Ampère. Alors qu'il s'orientait vers la médecine interne, sa rencontre avec le professeur Marcel Colin a infléchi définitivement son orientation vers la souffrance psychique. Responsable du Département de psychiatrie dans le Service des Urgences dirigé par le professeur Louis Roche au Pavillon N de l’Hôpital Édouard-Herriot, Marcel Colin était marqué au plan personnel par l’expérience de la guerre dans la Résistance et animé d’une grande culture humaniste. Ses visites pittoresques au lit des malades, moments passionnants de grande intensité discursive, témoignaient de son grand intérêt pour l’anthropologie sociale, pour l’humain et le dialogue individu-groupe.

C’était alors l’explosion des sciences humaines, des recherches pluridisciplinaires sur les conduites déviantes - délinquance, suicide, psychose -, avec la création d’une discipline criminologique fondée sur les sciences sociales. À la demande du Ministère de la Justice, sous l’égide de l’Institut Alexandre Lacassagne de l’Université Lyon I, Jean-Claude Rolland a participé à une recherche sur la déviance avec deux sociologues, Roger Daille et Daniel Mandon, et un collègue psychiatre, Olivier Quénard, qui a donné lieu à une importante publication en 1976. Il est à noter que Marcel Colin a partagé la grande aventure collective de la renaissance du Château de Goutelas dans les années 1960, l’un des lieux symboliques de l’humanisme en Forez. Les ruines à l’abandon envahies par la végétation, grâce à un grand élan de bénévolat et de fraternité, sont devenues ce lieu de rencontres et ce centre culturel actif.

Après son internat, Jean-Claude Rolland a été assistant-chef de clinique auprès de Marcel Colin durant deux ans. C’est dans ce Service de Psychiatrie d’urgence qu’il eut à soigner Tito de Alencar, frère dominicain brésilien longuement torturé, définitivement brisé par la dictature, puis banni de son pays. Il a trouvé refuge en Europe, Rome, Paris, avant d’être accueilli par la communauté dominicaine du Couvent de La Tourette à L’Arbresle, près de Lyon, où s’est révélée la désorganisation psychique majeure secondaire à la torture des militaires. Depuis, le cas de cet « homme torturé », devenu le paradigme de la folie meurtrière de la torture, a fait l’objet de rencontres, articles, livres, films.

La rencontre de Jean-Claude Rolland avec le kleinisme est un fait de circonstances, mais s’est révélée essentielle dans son parcours : elle a marqué durablement les relations qu’il a pu entretenir à cette époque avec des analystes non freudiens. Elle s’est organisée autour d’Antoine Appeau, psychiatre, psychanalyste, fondateur à Lyon d’une clinique privée, La Chavannerie, dont l’ambition reposait sur la nécessité d’apporter des soins à des patients très difficiles, psychotiques, suicidaires, dits parfois « borderline ».

C’est ainsi que Salomon Resnik participa à ces recherches puis qu’il devint l’analyste de Jean-Claude Rolland à Paris, à raison de cinq séances par semaine, dès 1970. Psychiatre et psychanalyste d’origine argentine, Salomon Resnik avait poursuivi sa formation à Londres pendant quatorze ans avec Mélanie Klein, Wilfred Bion, D.W. Winnicott, Esther Bick, avant de s’installer à Paris à la fin des années 1960. Attiré par la personnalité de ces cliniciens attentifs, réfléchis, curieux, soucieux de supporter des patients difficiles, Jean-Claude Rolland a engagé des supervisions de son travail clinique, notamment avec Herbert Rosenfeld. Ce dernier anima des conférences-débats mensuels à Lyon en grand groupe durant deux ans, ainsi que des séminaires de supervision entre Londres et Lyon avec un petit groupe de jeunes analystes animés par une volonté de compréhension et une passion clinique.

Il s’agissait de supervisions méthodiques d’une heure et demie, exigeant le récit détaillé de cinq séances par semaine, recevant une écoute et des commentaires généreux assortis d’un apport théorique. Sémiologue plus que théoricien, Herbert Rosenfeld cherchait à déchiffrer le langage des psychotiques, la violence de leurs conflits intrapsychiques et leur difficulté à penser, selon une technique hautement interprétative. Dans le cadre de La Chavannerie, Jean-Claude Rolland a eu l’occasion de participer à des rencontres avec Wilfred Bion qui supervisait ce travail institutionnel et dont la réflexion sur les « petits groupes » témoigne d'une profonde méthode d’écoute.

Tout en restant durablement fidèle au kleinisme, Jean-Claude Rolland choisit en 1975 d’entrer à l’APF, dix ans après sa fondation et son admission au sein de l’API. Cette association était alors incarnée par des figures remarquables d’analystes qui avaient été amenés à se désolidariser de Jacques Lacan en refusant toute allégeance à un maître ou à un système de pensée. Porteurs de fortes convictions, d’exigences et d’idéaux, ils voulaient partager la diversité de leurs points de vue dans un esprit de liberté et de passion pour les faits psychiques. Auteurs de travaux brillants, ils avaient choisi d’assumer leur indépendance et leur originalité en remettant au travail l’héritage freudien, tout en explorant les sciences humaines : linguistique, philosophie, anthropologie, littérature, ainsi que Freud l’avait initié.

Sous l’influence de Guy Rosolato, son premier superviseur, Jean-Claude Rolland se détourne progressivement de la technique kleinienne, largement interprétative, pour s’intéresser à une autre approche de la cure et à une nouvelle écoute du discours du patient. Guy Rosolato était un analyste d’une grande rigueur, fidèle à l’esprit du texte freudien tout en étant l’auteur de travaux novateurs, désireux de lier les avancées de la pensée et l’expérience de la clinique tout en allant au-devant du mystère de « l’inconnu ». Créateur de concepts, d’un esprit inventif, ses intérêts pour la communication non verbale, la musique, la culture, les mythes religieux lui ont donné accès à un langage articulé aux affects, aux traces mnésiques et aux fantasmes.

Avec cette rencontre, Jean-Claude Rolland s’est interrogé sur la différence de conception et de mise en pratique de la théorie analytique et sur le caractère dogmatique du corpus kleinien principalement orienté vers la construction et l’interprétation. Dans cette position plus modeste de l’analyste, il s’agit de revenir aux faits de l’analyse, au déroulement de la cure, avec une attention particulière portée à la fonction du langage et au maniement du signifiant. Jean Laplanche a été son second superviseur. Ce chercheur exigeant, alliant réflexion philosophique et curiosité clinique au service d’un approfondissement de sa connaissance de l’humain, n’a cessé de mettre en travail l’héritage freudien.

Co-auteur avec J.-B. Pontalis du Vocabulaire de la Psychanalyse en 1967, il est devenu le traducteur des Œuvres complètes de Freud. Familiarisé avec les aspects les plus profonds de la psyché humaine, son attention à l’énigme de la situation analytique et à l’asymétrie de ce dispositif l’a conduit à théoriser la « situation anthropologique fondamentale » en lien avec l’expérience du transfert. Il a su transmettre à Jean-Claude Rolland son intérêt pour la Versagung, le « refusement », qui a été si important dans l’acquisition de sa propre conception de la cure.

À l’encontre de la démarche kleinienne, Jean-Claude Rolland a dû s’interdire d’interpréter ou d’intervenir pour mieux écouter, repérer les mouvements de la langue et construire une nouvelle approche de l’interprétation. C’est ainsi qu’il a découvert ce qui est devenu pour lui une méthode essentielle de sa conduite des cures analytiques : l’écoute de son « discours intérieur » pour mieux cerner, dans le travail du langage du patient, les variations des affects et les occurrences de l’« analogie ». En repérant la proximité des mouvements de la langue et de l’inconscient, il a retrouvé cette double fonction du langage à l’œuvre dans les cures : contre-investissement ou dévoilement de l’inconscient. La parole travaille à l’une ou l’autre de ces fonctions ; ainsi on ne devine pas l’inconscient, on le laisse se dire. C’est grâce à cette recherche personnelle, à laquelle il a dû se contraindre pour résoudre les contradictions rencontrées au cours de sa formation, qu’il a été amené à élaborer peu à peu, pas à pas, un véritable projet de pionnier, en saisissant en profondeur le pouvoir de rêve dont sont chargés les mots et en remettant à l’épreuve la théorie freudienne.

Tout en engageant une activité privée de psychanalyste, Jean-Claude Rolland a continué à s’occuper de patients dits difficiles dans la recherche de méthodes thérapeutiques collectives, de type groupal, pour tenter de traiter ces pathologies si singulières. Il a ainsi créé un groupe de soins dans le Service des jeunes adultes de la prison Saint-Joseph de Lyon. Il a constitué des groupes de supervisions d’équipes éducatives s’occupant d’enfants en difficultés cognitives dans le cadre de l’Institut médico-éducatif de Saint-Galmier dont Roger Roustand était le psychologue. Plus brièvement, il est intervenu dans d’autres institutions : au Prado, assurant la rééducation d’enfants présentant des troubles sociopathiques, dans un foyer Sonacotra…

Ce choix d’un large éventail de pathologies diverses dans des milieux jusque-là relativement fermés à la psychanalyse était animé par son souci de mieux comprendre l’humain et sa souffrance, et d’éprouver la pertinence de la pensée psychanalytique face à ces pathologies extrêmes. À la même époque, il a créé un groupe de réflexion sur la psychothérapie d’enfants avec de jeunes praticiens, dont Nicole Oury et Jean-Yves Tamet, dans le cadre du CMPP Rockefeller, réflexion qui s’est poursuivie durant une quinzaine d’années et qui a donné lieu à plusieurs publications. Il a dirigé parallèlement un Centre de Psychologie familiale de la SNCF. Puis il a poursuivi sa recherche autour de groupes de soignants dans le Service du docteur Jacques Dubuis à l’Hôpital psychiatrique du Vinatier. Très vite cette recherche collective s’est élargie à la constitution d’un séminaire intitulé « L’atelier du lundi », centré sur la psychopathologie de la pratique quotidienne, ouvert à tous les intervenants du soin psychique. Jacques Dubuis, Michel Gillet et Jean-Claude Rolland en ont été les animateurs durant plus de dix ans et ces rencontres, qui ont connu une grande assiduité des soignants, ont donné lieu à une revue annuelle portant sur le thème de l’année écoulée.

Jean-Claude Rolland a constamment eu le souci d’organiser autour de lui une véritable communauté de travail à travers différents séminaires, dont celui autour de Jean-François Lyotard, à Lyon, avec la lecture de Discours, Figure. Dans le cadre du Centre Thomas More au sein du Couvent de La Tourette construit par Le Corbusier, il a invité de nombreux analystes prestigieux à des week-ends de travail : René Diatkine, J.-B. Pontalis, Wladimir Granoff, Jean Laplanche, Pierre Fedida, André Green, Serge Lebovici, Didier Anzieu, Jean-Luc Donnet, Jean Guillaumin, Edmundo Gómez mango, etc. Ces rencontres, qui attiraient un large auditoire, rassemblaient des personnalités d’horizons très divers dans un véritable élan intellectuel et culturel.

Avec la constitution d’un petit groupe d’analystes de l’APF à Lyon, groupe qui s’est peu à peu considérablement agrandi, les rencontres psychanalytiques locales se sont élargies à des manifestations plus largement ouvertes à toute l’institution APF. Son séminaire avec Catherine Chabert à Paris, orienté vers la communication analytique et destiné à mettre à l’épreuve la modernité des textes freudiens, a préfiguré la création de la revue Libres Cahiers pour la Psychanalyse en 2000 : revue bisannuelle dont Catherine Chabert et Jean-Claude Rolland sont co-directeurs et à laquelle collaborent plusieurs analystes au sein du comité de rédaction, dont Blandine Foliot et Jean-Yves Tamet. Certains numéros de la revue ont donné lieu à des rencontres organisées avec des acteurs d’autres disciplines, notamment à la Bibliothèque municipale de Lyon à propos des numéros consacrés au féminin, à la mort, à la culpabilité, avec des présentations de Catherine Goffaux.

Ou un colloque au Musée des Beaux-Arts, où est intervenue Sylvie Ramond, sa conservatrice, à propos du numéro consacré au rêve, toujours dans ce souci d’ouvrir les frontières de la psychanalyse. Membre titulaire de l’APF, Jean-Claude Rolland a participé au Conseil en tant que vice-président sous la présidence de Pierre Fedida ; puis il en est devenu le président en 1994-1995 et a été l’organisateur de la célébration du trentenaire de l’association. Il a alors œuvré à une nouvelle collaboration avec la SPP pour la participation de l’APF au Congrès des Psychanalystes de Langue française ; Marilia Aisenstein en était alors la présidente. Très actif dans les institutions internationales, il a animé un séminaire sur la psychanalyse d’enfants avec Laure Schacht dans le cadre de la Fédération européenne ; celui-ci regroupait des analystes européens à Lyon, Londres ou Heidelberg. Il a participé à la création de la Chambre des Délégués au sein de l’IPA et y a siégé durant deux ans. Dans ce cadre, il a été nommé dans la commission d’enquête sur une Société viennoise qui demandait son admission à l’IPA.

Graphique des parcours psychanalytiques et lieux clefs

À la demande d’Haydée Faimberg et d’Anne-Marie Sandler, Jean-Claude Rolland a intégré durant plusieurs années un groupe de recherche franco-britannique annuel qui se réunissait dans les environs de Londres, à Brighton, Oxford ou Cambridge. Se déroulant sur trois jours, les réunions de ce groupe rassemblaient des analystes anglais et français qui, à partir des cas cliniques présentés, s’efforçaient de théoriser leurs différentes pratiques et...

DISPOSITIFS D'ANALYSE DES PRATIQUES ET D'INTERVENTION - Jean Chami, Chantal Humbert

La dernière publication de Claude Nachin: Mon abrégé de psychanalyse, est un ouvrage qui apporte une nouvelle lecture sur les concepts freudiens. L’auteur reprend l’histoire du développement de la théorie psychanalytique avec les bases qu’il avait déjà examinées dans son livre La méthode psychanalytiquе. Au plus près de la clinique, cet ancien psychiatre des hôpitaux, chargé de cours de psychopathologie à l’université de Picardie Jules-Verne (Amiens), revisite la méthode analytique au regard des résultats dans la cure des patients. Claude Nachin n’a cessé, dans de nombreux échanges et travaux scientifiques en lien avec ses différents groupes (...), de remettre sur le métier l’étude des concepts freudiens en les confrontant à la clinique. Ami de Maria Torok et dans la filiation hongroise de Ferenczi, Claude Nachin propose son regard sur la théorie de la psychanalyse, notamment dans la médecine et la culture.

Dans la première partie de son livre, Nachin revient sur les découvertes de Freud, en particulier sur le rêve et sa symbolique culturelle, sur le passage de la première topique à la deuxième, sur cette oscillation entre deux méthodes d’interprétation des rêves: entre la réalité vécue des traumas sexuels et les fantasmes pulsionnels, entre le fondement réel ou fantasmatique des symptômes névrotiques. Pour Nachin, c’est toujours le cheminement du patient et ses expériences singulières qui sont à entendre. La psychanalyse, qui étudie la vie psychique avec ses fondements inconscients, est la matrice de toute psychologie et la forme la plus approfondie de la psychothérapie: «La compétence de l’analyste, c’est de se mettre à l’école du patient… Le processus analytique se déroule entre analyste et analysant. Sa bonne marche nécessite la mise en résonance de l’inconscient de l’analyste avec celui de l’analysant, cette résonance opérant quand les contenus de conscience rencontrés induisent une structure inconsciente complémentaire chez l’analyste» (Nachin, p. 28).

Nachin montre que la psychanalyse a toujours été prise entre le savoir acquis et la méthode de découverte incessante induite par les associations libres. Il se réfère à Balint (1952-1965), à Viderman et surtout aux travaux de Maria Torok et Nicholas Rand (1995), en passant aussi par l’étude de textes littéraires, à propos de l’interprétation des rêves. Des aspects de la cure analytique sont réexaminés par Nachin: le choix des patients, la mise en place du contrat analytique et l’étude des transferts patients/analystes et du contre-transfert. Soulignons que Nachin sépare de manière didactique le transfert du contre-transfert: il cite des auteurs qui parlent du transfert-contre-transfert comme d’un ensemble, dont D. Meltzer ou J. Lacan qui contestent leur division. Et il montre comment N. Rand et M. Torok (2000) s’opposent à la notion de contre-transfert.

Il commente également les nombreuses descriptions d’auteurs comme Ferenczi, Balint, Klein et les post-kleiniens, Abraham et Torok, autour de ce concept de transfert, pilier de l’œuvre de Freud. S’intéressant à la phénoménologie du transfert: «le transfert opère et se transforme sans cesse chez les deux protagonistes de la cure» (Nachin, p. 54), il analyse les phénomènes perçus et il définit le transfert comme «l’ensemble de la vie intérieure du patient qui peut se rejouer dans la cure à condition que les circonstances et l’analyste s’y prêtent» (Nachin, p. 39). Il rappelle les pluralités conceptuelles sur le transfert, ses effets positifs et négatifs décrits par Lagache (1952), le transfert implicite et explicite développé par Neyraut (1974) et les quatre modalités du transfert introduites par Delaunay (2011), direct, provoqué, inversé et interne: «La psychanalyse ne crée pas les transferts, mais l’écoute de l’analyste et sa neutralité lui donnent la possibilité de les observer avec rigueur, puis d’intervenir après ses constatations» (Nachin, p. Nachin revient sur la question de l’homosexualité psychique et précise qu’il ne faut pas réduire le transfert à la question des imagos internes du sujet, mais garder à l’esprit que se trouvent transférées, à travers la relation intersubjective analyste et analysant, non seulement des situations relationnelles du passé, mais aussi une intériorisation psychique complexe de l’image de soi en lien avec le masculin et le féminin.

Les observations de la mise en place du psychisme du bébé au cours de la première année (cf. travaux de Melanie Klein avec les positions schizoparanoïde et dépressive, de Bowlby avec la théorie de l’attachement, de José Bleger avec l’ambiguïté) ainsi que les descriptions de Winnicott, ont apporté leur compréhension de la régression au sein de la situation analytique et sont ainsi à prendre en compte. Nachin poursuit ses réflexions sur les modes d’intervention de l’analyste et sur la question de l’interprétation. Il insiste sur les hypothèses proposées par l’analyste, qui doivent revêtir un caractère souple, et sur la présence de l’analyste dans le champ perceptif où il constitue un objet externe et relationnel nécessaire à l’analysant pour accroître sa liberté de penser.

Si, au fil du temps, la pratique de la méthode psychanalytique a eu pour conséquence d’enrichir la compréhension de l’hystérie, de la névrose phobique et de la névrose obsessionnelle par l’articulation des conceptions freudiennes et postfreudiennes, elle s’est poursuivie par le traitement des psychonévroses traumatiques à la lecture des influences transgénérationnelles. Nachin expose sa propre évolution comme analyste, avec le développement, après la Seconde Guerre mondiale, des travaux autour des psychoses (Racamier, Rosenfeld, Meltzer et autres auteurs). Il accorde une mention spéciale à l’œuvre de F. Davoine et J.-M. Gaudillière, auteurs qui ont envisagé le problème de la folie et du lien social tout en s’inscrivant eux aussi dans la théorie traumatique de la psychanalyse.

Nachin revient sur la méthode psychanalytique appliquée aux nourrissons et aux enfants, qui a contribué également à enrichir la psychanalyse de l’enfant et à préciser ses névroses, grâce, entre autres, aux recherches de Soulé ou de Kreisler. Les travaux de René Diatkine ont aussi apporté une lecture nouvelle des troubles prépsychotiques autour des dysharmonies évolutives et de nombreux travaux sur l’autisme infantile se sont développés depuis Kanner. Par contre, Nachin déplore les approches réductionnistes nosographiques ou cognitivo-comportementales: «l’humain (enfant comme adulte) ne peut être malade qu’humainement» (Nachin, p. 76).

Dans une deuxième partie, Nachin revoit la métapsychologie en traitant du psychisme humain à travers les relations avec les semblables. Nachin aborde ainsi différents concepts comme celui de l’interprétation: «travail commun du processus transférentiel» ou de la représentation: «qui ne saisit pas l’objet, mais la relation entre l’être humain qui travaille psychiquement et l’objet» (Nachin, p. 85). Il revisite le «symbole psychanalytique» selon N. Abraham, mais aussi les affects intrinsèques au symbole, comme l’angoisse originaire et la peur, la jalousie et l’envie, l’amour et la haine, la culpabilité, la honte ou l’inquiétante étrangeté… Il redéploie la conceptualisation de ces affects en s’appuyant sur des psychanalystes novateurs, notamment Hermann, Bowlby, Wallon, Ferenczi, Balint, Winnicott, mais surtout Abraham et Torok. Ainsi la culpabilité, née dans l’introjection, sera entendue, par exemple, comme le souvenir d’une volupté enkystée dont le retour est espéré. Et la honte sera étudiée comme étant à l’origine d’une crainte de perdre le contact avec la mère ( cf. Ces approches révèlent un praticien expérimenté et bénéficiant de l’apport de ses auteurs de référence, notamment Abraham et Torok…

Dans une troisième partie, Nachin aborde les positions de Freud envers la philosophie. Puis il développe l’évolution postérieure des liens entre psychanalyse et culture, littérature et création. Dans une reprise du cheminement philosophique de Freud, Nachin note qu’il s’est appuyé sur des mythes anciens (mythe d’Œdipe, mythe de l’androgyne de Platon), qu’il disqualifiait la thèse kantienne fondée sur l’universalité de la structuration spatio-temporelle humaine, puisque les processus psychiques inconscients ignorent le temps, qu’il refusait ce côté achevé de toute doctrine. Se démarquant à la fois des médecins et des philosophes, Freud estimait que la psychanalyse, science de l’inconscient, devait user de concepts souples et révisables.

Parmi les philosophes, c’est surtout l’influence de la thèse de Schopenhauer révélée par Otto Rank avec la théorie du refoulement et ses références autour des théories du trauma et de la folie, que Nachin nous propose de retenir. Au sujet de l’œuvre littéraire, Nachin montre les influences réciproques entre la psychanalyse et la littérature avec l’existence de deux positions: celle de la psychanalyse appliquée, qui consiste à chercher dans les œuvres les notions acquises de la psychanalyse et l’étude des textes sans préjugé, qui permet d’enrichir la psychanalyse. Deux études d’œuvres littéraires ont été réalisées par Freud, La Gradiva de Jensen, et celle du conte d’Hoffmann L’homme au sable, qui ont fait l’objet d’une réévaluation par N. Rand et M. Torok.

Claude Nachin cite également les travaux plus récents de Serge Tisseron comme illustration de l’importance des liens entre la création et la psychanalyse, notamment l’analyse de la bande dessinée de Tintin, qui a mis en lumière un drame familial confirmé par Hergé à la fin de sa vie. L’ouvrage de Claude Nachin interroge chaque analyste sur la question épistémologique de son affiliation et de son ouverture. Il amène à poursuivre les recherches psychanalytiques au plus près de la singularité du patient. Il rend compte du désir de l’auteur de continuer à mettre en mouvement la pensée psychanalytique traduisant son désir de transmission.

Schéma synthèse des influences et parcours

Psychologue clinicienne, Psychanalyste, Thérapeute psychanalytique de groupe, famille et couple. Présidente de la SIPFP et de l’AENAMT. Membre STFPIF, SFTFP, SFPPG, AIPCF, APPCF, AFCCC, WAIHM, MARCE. Fondatrice et enseignante responsable pédagogique d’un DU à Paris 7.

Psychologue clinicienne ; psychanalyste de couple et de famille, Membre de la sftfp. Originellement cette note est parue dans Le Divan familial, n° 42, 2019/1, p. 195-199. Elle est publiée ici avec l’accord des autrices, celui du comité de rédaction du divan familial et celui des Éditions In Press. Préfacé par Bernard Golse, ce livre important s’ouvre sur une critique de la théorie panfantasmatique de M. Serge Tisseron aborde la thématique très débattue aujourd’hui de l’empathie par une question pourtant jamais posée : comment se fait-il que l’être humain soit capable de retirer si facilement certains de ses semblables du bénéfice de son empathie ?

DISPOSITIFS D'ANALYSE DES PRATIQUES ET D'INTERVENTION - Jean Chami, Chantal Humbert

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