Depuis des siècles, l’histoire de la famille Bonnat s’entremêle avec celle du cacao. L’or brun devient son activité principale après que Félix Bonnat a découvert le procédé de conchage mis au point par Rodolphe Lindt en 1879. Le succès de Chocolat Bonnat, créé à Voiron (Isère) en 1884, est immédiat et dépasse les frontières. Un siècle plus tard, Raymond Bonnat initie le concept de grands crus d’origine, faisant entrer le cacao dans la gastronomie. Depuis 1991, son fils Stéphane poursuit ce travail exigeant de sélection des meilleures fèves et terroirs, en lien direct avec les cacaoculteurs.
Quand il n’est pas à l’atelier (récemment déménagé à quelques kilomètres de Voiron), il se trouve dans les plantations, dont certaines sont détenues en propriété. Ses aïeux, qui ont très tôt acquis des parcelles de cacaoyers en Amérique du Sud, entretenaient des liens solides mais distants avec leurs fournisseurs, qu’ils ne rencontraient généralement qu’une fois. Lui s’absente plusieurs semaines par an pour arpenter les plantations. « Être maître chocolatier, c’est avoir la maîtrise de la qualité de bout en bout », argue celui qui veille sur place autant à la qualité et à la durabilité des pratiques qu’au bien-être des travailleurs. Les tablettes représentent 80 % de l'activité de la maison, majoritairement des noirs pure origine à 75 % de cacao.
En plus d’acheter le cacao à un prix situé bien au-dessus du cours mondial, Chocolat Bonnat finance des programmes sociaux et en assure le suivi dans la durée. « L’aspect social est la clé de voûte d’une entreprise qui fonctionne, reprend Stéphane Bonnat. Nous sommes une entreprise familiale à tous les niveaux : nous nous intéressons aux familles qui vivent dans les plantations. »
Aux « grands crus historiques » de la maison, chocolats noirs titrant à 75 % de cacao, l’actuel dirigeant a ajouté ses propres trouvailles : des « grands crus d’exception » noirs issus de terroirs rares, et des grands crus au lait à 65 % de cacao. Ils font le bonheur des gourmets bien au-delà des frontières de l’Hexagone. À côté de la clientèle de particuliers, une offre BtoB s’adresse aux chocolatiers haut de gamme et aux restaurants gastronomiques à la recherche d’un produit pointu, élaboré sur mesure depuis la parcelle de cacaoyer.
Si la gamme évolue dans son époque - avec, par exemple, la percée du chocolat au lait -, la fabrication reste ancrée dans la tradition. À l’heure de l’intelligence artificielle omniprésente, le maître chocolatier fait confiance à l’humain. « Je refuse de travailler avec des équipements modernes bardés d’écrans dans lesquels l’intervention humaine est à peine tolérée, lâche-t-il. Je préfère le mécanique au numérique. Même nos machines neuves sont construites selon des plans anciens ! Elles intègrent toutes les technologies modernes en termes de sécurité, mais le contrôle est toujours humain. »
Et tant pis si elles sont « extraordinairement chères », car fabriquées à l’unité et avec des matériaux spécifiques. C’est le cas de ses torréfacteurs, construits spécifiquement selon des plans de 1840 mais dans lesquels l’inox a remplacé l’acier. Intégrant la technologie numérique moderne pour la sécurité, ils sont contrôlés manuellement à l’aide d’un thermomètre. Les paramètres de torréfaction sont ajustés pour chaque lot. Les fèves torréfiées sont ensuite dépelliculées puis broyées. Le transport se fait par chariot, préféré aux tuyauteries, jugées difficiles à nettoyer.
Aux soixante-douze heures de broyage succèdent jusqu’à soixante-douze heures de conchage. « Ce sont deux actions distinctes effectuées par deux machines différentes, insiste Stéphane Bonnat. Le long processus de broyage va éliminer une partie de l’acidité et de l’astringence, mais le plus complexe sera de continuer ce travail sans attaquer le corps du produit. Seule la conche, avec sa force de pression extrême, le permet. »
Mais plus personne ne fabrique le genre de conche qu’il utilise - il s’en est rendu compte au moment d’en commander. À partir de plans cédés par un ancien fabricant, il en a donc fait construire sur mesure par une entreprise qui, depuis, a fermé. « Le conchage rallonge le process et la machine coûte un bras, résume-t-il. Mais cela permet de fabriquer un chocolat sans lécithine, avec un goût et une texture incroyables. »
Le pilotage des températures, des cycles et des durées est précisément adapté à chaque lot pour mettre en valeur son potentiel aromatique, fortement lié au terroir dont le cacao provient. Pour un même lot, ces paramètres sont aussi réajustés dans l’année en vue de tenir compte des échanges gazeux au cours du stockage. Chez Chocolat Bonnat, les machines neuves restent construites sur des plans du siècle passé, et l'informatique ne remplace pas l'intervention humaine.
« Préserver les arômes » Pour tracer ces chemins aromatiques, le maître chocolatier se fie à son goût. « Fabriquer du chocolat est à la fois très précis et empirique, reprend-il. Dans les plantations, je goûte le mucilage : il offre une palette aromatique incroyable, qui ne se retrouvera pas intégralement dans le chocolat. Je note les arômes à préserver. Plus tard, tout au long du processus de transformation, je contrôle la présence de ces arômes. Si on commence à en perdre, on réajuste. »
Un des rares chocolatiers en France à torréfier et transformer directement les fèves, Bonnat propose aussi une boutique au centre de Voiron: chocolat, confiserie, pâtisserie et cadeaux de qualité. Nous parlons Anglais, Français. Lieu de production non ouvert au public. Précision(s) handicap moteur : Pour l'accès aux personnes en fauteuil, contacter le site au préalable pour stationnement, entrée adaptée. Ce producteur ne propose pas de BIO et ne propose pas de vente à la propriété.
Le monde du chocolat est un univers de saveurs, d'arômes et d'histoires. Parmi les artisans qui ont su transcender la simple fabrication de confiseries pour en faire un art, la Maison Bonnat occupe une place de choix. Depuis 1884, cette famille française perpétue une tradition d'excellence, façonnant des créations qui marient savoir-faire ancestral et innovation constante. Au cœur de leur répertoire, la Praline Noisette incarne cette philosophie, offrant un voyage gustatif où chaque ingrédient est choisi avec soin et chaque étape de fabrication est maîtrisée avec passion.
Origines nobles du cacao et naissance d’une dynastie à Voiron
Les origines du cacao remontent aux forêts tropicales d'Amérique centrale et du Sud, où il prospère sous un climat chaud et humide. Il y a plus de 2000 ans, les civilisations précolombiennes, telles que les Mayas et les Aztèques, cultivaient déjà le cacao et le transformaient en boisson amère et épicée. En Espagne, le chocolat fut introduit en 1528 et se répandit rapidement en Europe grâce aux Marranes. La faveur de deux reines et infantes d'Espagne permit au cacao de devenir un ingrédient prisé des cours européennes. L'aventure chocolatée prit un essor véritable en France sous la Régence avec François Massaliot et les penseurs des Lumières, alors que le chocolat gagnait en popularité et en sophistication.
La Naissance d'une Dynastie Chocolatière à Voiron : Félix Bonnat, né en 1861, apprend son métier et développe l'activité dans la région. En 1883, Rodolphe Lindt invente le conchage et Félix Bonnat s'équipe de la dernière innovation. Il crée un atelier pour transformer les fèves en chocolat et lance des Pavés de Voiron au début des années 1880, fondant rapidement le succès. L'entreprise s'étend dans les grands magasins et exporte vers les colonies dès 1901, porteur d'une dynamique moderne et internationale. L'amitié franco-russe et les innovations culinaires marquent les années suivantes, avec des créations comme le Plum-cake Moscovite et d'autres confiseries destinées à séduire une clientèle variée.
À partir de 1956, Raymond Bonnat, et ensuite Stéphane Bonnat, renforcent l'idée des Grands Crus issus de fèves de cacao d'origines uniques. Cette approche met l'accent sur la qualité intrinsèque des ingrédients et sur une collaboration étroite avec les agriculteurs. Bonnat affirme son engagement social et durable: rémunération supérieure, soutien aux plantations et programmes d'aide pour les travailleurs. En 1983, la collection Sept grands crus du cacao s'orthographie comme signe d'ouverture et de reconnaissance, puis l'entreprise poursuit son développement international tout en restant fidèle à ses techniques artisanales.
La Praline Noisette Bonnat incarne l'alliance entre cacao d'exception et noisettes soigneusement sélectionnées. Le travail sur les arômes, la torréfaction et le conchage, ainsi que le respect des terroirs, permettent une expérience sensorielle unique, où chaque étape révèle l'empreinte du cacao et du terroir.

Reportage - Bonnat, de la cabosse à la tablette
Tableau récapitulatif des étapes clés et des valeurs:
| Élément | Indication | Impact |
|---|---|---|
| Conchage | Procédé inventé par Lindt; réalisé sur mesure | Affinage, réduction de l’acidité et des arômes mal équilibrés |
| Torréfaction | Plans du 19e siècle, contrôle manuel | Extraction des arômes, spécificité par lot |
| Origines | Grands Crus d’origine, cacao uniquement de une origine pour chaque tablette | Expressivité aromatique et terroir |
| Ingrédients | Noisettes et cacao de qualité, épargne en lécithine | Goût pur et texture premium |
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