La relation entre cancer et consommation de sucre est un sujet largement débattu et souvent mal compris. Le sucre est un élément vital pour notre organisme, mais certaines formes de consommation et leurs substituts, comme l'aspartame, suscitent une vive inquiétude. En parallèle, les boissons fermentées, notamment celles qui fermentent le sucre, gagnent en popularité pour leurs prétendus bienfaits digestifs. Cette article détaille les dernières recherches et débats sur le sujet.
L'aspartame : un édulcorant controversé au cœur des débats sur le cancer
L'aspartame, édulcorant de synthèse utilisé en tant que substitut au sucre, est aujourd'hui présent dans plus de 2500 produits alimentaires en Europe, notamment dans les sodas "sans sucre", les boissons énergisantes, les bonbons et certains yaourts. Pourtant, sa consommation pose question, notamment à cause d'une classification récente de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) en 2023, qui désigne l'aspartame comme cancérogène possible pour l'Homme (groupe 2B).
Malgré la classification, l'OMS n'a pas recommandé de modifier la Dose journalière admissible (DJA) de 40 mg/kg de poids corporel, mais a souligné la nécessité d'études complémentaires pour clarifier davantage la situation. "Le problème se pose pour les gros consommateurs", expliquait Francesco Branca, directeur du département Nutrition, santé et développement de l'OMS, évoquant un risque accru notamment chez les consommateurs importants d'aspartame.
En effet, les études, dont une menée par l'Inserm et présentée par Mathilde Touvier, directrice de recherche, établissent un lien entre une forte consommation d'aspartame et un risque accru de cancer, notamment du sein et de cancers liés à l'obésité. Ces résultats alimentent la campagne menée par la Ligue contre le cancer, Foodwatch et l'application Yuka, qui réclament l'interdiction de cet édulcorant, arguant qu'"aucun risque de cancer lié à notre alimentation n’est acceptable, surtout pour des additifs dont l’utilité n’est pas prouvée et pour lesquels il existe des alternatives."
Outre le cancer, d'autres effets néfastes sont associés à l'aspartame, tels que l'augmentation des risques de maladies cérébro-vasculaires et de diabète de type 2, même pour des consommations modestes correspondant à une demi-canette ou une canette équivalente en édulcorant par jour.

Les aliments ultra-transformés : un facteur accru de cancer colorectal et autres pathologies
Parallèlement aux préoccupations sur l'aspartame, les recherches récentes se penchent sur la consommation d'aliments ultra-transformés, souvent riches en additifs, colorants, conservateurs et autres substances chimiques. Une importante cohorte suivie par l'Inserm, comprenant plus de 100.000 personnes depuis 2009, a mis en avant des liens significatifs entre ces aliments et le développement de diverses maladies chroniques.
Les études ont démontré qu'une forte consommation de colorants alimentaires (E100 à E199) est associée à un risque accru de diabète de type 2 (+38%), de cancer (+14%) et plus spécifiquement de cancer du sein (+21%, voire +32% après la ménopause). Les conservateurs, notamment le sorbate de potassium (E202) et l'acide citrique (E330), sont liés à une hausse du risque d'hypertension (+24%) et de maladies cardiovasculaires (+16%).
Ces résultats s'ajoutent à un corpus de 104 études mondiales examinant le lien entre aliments ultra-transformés et santé, dont 93 confirment des effets délétères sur l'organisme. En France, cela se traduit par une proposition de loi visant à rendre obligatoire l'affichage du Nutri-Score, un outil qui facilite le choix de produits plus sains et moins transformés.
Plus spécifiquement, le cancer colorectal, qui touche plus de 43.000 personnes par an en France, connaît une hausse préoccupante chez les moins de 50 ans, en particulier chez les femmes. Une étude de JAMA Oncology a identifié que les femmes consommant quotidiennement une forte proportion d'aliments ultra-transformés présentent un risque accru de 45% de développer des polypes cancéreux, qui peuvent précéder un cancer colorectal.

Le sucre et le cancer : démêler le vrai du faux
La croyance populaire attribue souvent au sucre un rôle direct dans le développement du cancer, alimentée en partie par des interprétations erronées d'examens médicaux comme le PET Scan. Cet examen utilise un sucre radioactif pour détecter les tumeurs, car ces dernières consomment beaucoup d'énergie. Cependant, il ne prouve pas que le sucre crée le cancer.
Le Dr Mahasti Saghatchian, oncologue spécialisée, souligne que la privation totale de sucre pendant les traitements n'est pas justifiée scientifiquement : "Ce n’est pas parce que le PET Scan détecte les tumeurs avec le sucre, que c’est le sucre qui crée la tumeur." De plus, le sucre est indispensable au bon fonctionnement de cellules normales très actives, telles que les neurones et les cellules musculaires du cœur.
L'affirmation répandue qu'"le sucre nourrit directement les cellules cancéreuses", issue notamment d'un ouvrage populaire, a été réfutée par de nombreuses études. En effet, comme toutes les cellules du corps, les cellules tumorales utilisent le glucose, mais savent s'adapter lorsque le glucose vient à manquer.
Les experts en nutrition ne recommandent donc ni jeûne, ni régimes cétogènes stricts pendant les traitements, car ces pratiques peuvent entraîner une perte de poids et musculaire, facteurs de mauvais pronostic. Au contraire, il est essentiel de permettre aux patients de manger ce qu'ils désirent pour maintenir leur poids et énergie, même s'il s'agit d'aliments riches en sucre.

Les boissons fermentées : une alternative sucrée à la mode
Face à ces débats, certains se tournent vers les boissons fermentées, réputées faibles en sucre et favorables à la digestion, telles que le kéfir ou le kombucha. Leur popularité croît notamment sur les réseaux sociaux, où leurs bienfaits sont souvent vantés par les internautes.
La fermentation est un processus où des micro-organismes, notamment des bactéries et levures, dévorent le sucre contenu dans la boisson, produisant des bulles de gaz et modifiant la composition de la boisson. Par exemple, Clara prépare son kéfir de fruits en mélangeant un abricot sec, du citron, un peu de sucre et des grains de kéfir, laissant fermenter entre 24 et 48 heures.
Ces boissons sont appréciées pour leur impact positif supposé sur le microbiote intestinal et leurs faibles teneurs en sucre. Néanmoins, les boissons industrielles fermentées peuvent contenir des édulcorants à base d'aspartame, dont la consommation excessive est discutée pour ses effets potentiellement déséquilibrants sur le microbiote intestinale, selon la nutritionniste Alexandra Murcier.
De plus, le prix reste élevé, allant de 3 à 9 euros le litre, reflétant souvent le caractère artisanal et la logistique complexe de leur conservation à basse température pour préserver les micro-organismes vivants.

Recommandations pour une alimentation saine et prévention du cancer
Face à la complexité des liens entre sucre, édulcorants, aliments ultra-transformés et cancer, la recommandation majeure reste la modération. Il est conseillé de privilégier une alimentation variée, peu transformée, riche en fibres et naturelle pour limiter les risques de maladies chroniques.
La lutte contre la prise de poids excessive, un facteur clé de survenue de plusieurs cancers, est centrale. En cas de symptômes inquiétants - sang dans les selles, crampes abdominales, perte de poids inexpliquée - la consultation médicale est nécessaire pour un diagnostic précoce, notamment pour le cancer colorectal.
Enfin, il est important de souligner que la diabolisation du sucre ne repose pas sur des preuves scientifiques solides et qu'une privation excessive, surtout pendant les traitements du cancer, peut être contre-productive et dangereuse.
