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Depuis la diffusion de la nouvelle samedi dernier par la BBC, l'histoire a été partagée à des dizaines de milliers de reprises : un restaurant nigérian a dû fermer ses portes parce qu'il servait de la viande humaine. Sauf que l'histoire est fausse. Tout est parti d'un article publié samedi dernier par le service swahili de la BBC : un restaurant de la ville d'Onitsha, au sud-est du Nigéria, a été fermé et détruit après avoir servi de la viande humaine à ses clients. Sur place, les policiers auraient découvert trois têtes sanglantes dans des sacs plastiques et de la chair dans la cuisine. Des Kalachnikovs et des munitions auraient également été découvertes. L'article précise que onze personnes ont été arrêtées. Une histoire reprise par des dizaines de médias à travers le monde, dont The Telegraph, l'édition suisse de 20 minutes ou encore TF1. Résultat : l'histoire a été massivement partagée sur les réseaux sociaux ces dernières heures. Sauf que…

Dès le lendemain de la publication de l'article, le journal nigérian Punch ouvre dans un nouvel onglet publie une déclaration d'un responsable de la police de l'Etat d'Anambra, où se trouve l'établissement cité : « Il n'y a rien eu du genre. Je vous conseille d'ignorer cette histoire. Ce n'est pas vrai. Nous n'avons aucun dossier... c'est embarrassant ». Deux jours après la publication de l'article, la BBC publie un démenti en anglais et en langue swahili ouvert dans un nouvel onglet : « L'histoire sur le restaurant nigérian que nous avons publiée est une erreur et nous présentons nos excuses. Elle est incorrecte et a été publiée sans les vérifications nécessaires. Nous avons lancé une enquête interne pour comprendre comment cela est arrivé ».

Mais d'où vient cette histoire ? Une rapide recherche sur Google permet d'abord de voir que l'histoire du restaurant cannibale n'est franchement pas récente. Plusieurs médias internationaux, dont The Independent, le Daily Mirror ouvert dans un nouvel onglet et l'India Times, en avait déjà fait part en février 2014. Et à chaque fois, ce sont les mêmes éléments : des têtes sanguinolentes dans des sacs en plastiques, des armes retrouvées sur place et l'arrestation de onze personnes. Par ailleurs, le même témoignage d'un riverain, vendeur de légumes sur le marché voisin, revient dans tous les articles de 2014 et 2015.

En remontant un peu, on retrouve la trace d'un hôtel cannibale dans un article publié le 2 août 2013 dans les colonnes du journal nigérian The Nation. L'article est un peu plus précis. Il raconte que trois têtes et armes ont effectivement été retrouvées par des policiers dans l'hôtel Upper Class de Onitsha. Tous les articles internationaux reprennent les éléments de cette seule et unique source vieille de trois ans.

Les têtes humaines retrouvées dans une chambre. Quelques jours après la découverte des restes et des armes, plusieurs autres médias locaux racontent la destruction de l'hôtel ouvert dans un nouvel onglet par les forces de l'ordre après un ordre du gouverneur de l'Etat d'Anambra. On apprend alors que les têtes humaines (qui seraient finalement deux) n'ont pas été retrouvées dans la cuisine mais dans l'une des chambres, la 102, de l'établissement. Par ailleurs, le nom du propriétaire de l'établissement revient régulièrement dans les articles : Bonaventure Mokwe, présenté comme un avocat et homme d'affaires influent de la ville d'Onitsha. Le 29 décembre 2013, le journal Vanguard publie sa version des faits ouvert dans un nouvel onglet : il serait la victime d'une machination venant de ses concurrents avec le soutien du gouverneur de l'Etat.

En septembre dernier, l'homme d'affaires annonce qu'il s'engage en politique ouvert dans un nouvel onglet et lance des poursuites contre l'ancien gouverneur ouvert dans un nouvel onglet, responsable, selon lui, de la destruction de son établissement. « Ce sont des morceaux de chair humaine qui ont été retrouvés dans l'assiette » près du corps d'un vieil homme. Cette confirmation a été apportée lundi par le procureur, qui dirige l'enquête sur le crime commis le 15 novembre à Nouilhan, un petit village des Hautes-Pyrénées dont Jérémy R., un ancien soldat, est suspecté.

Les passages ultérieurs réutilisent des extraits similaires et associant des personnages à des lieux différents, créant une chaîne de rumeurs transfrontalières, avec des détails parfois contradictoires mais des motifs identiques (têtes, viande, arrestations). En somme, l'histoire du « restaurant cannibale » s'apparente à un mirage médiatique, nourri par des rapports non vérifiés et des récits qui se recyclent au fil du temps.

Des exemples historiques et juridiques liés au cannibalisme dans la mémoire collective

Video et audio autour du thème montrent que le cannibalisme est, dans l'imaginaire collectif, lié à des figures de l'horreur et à des pratiques extrêmes, souvent romanisées ou sensationalisées. L'exemple de Fritz Haarmann, connu sous le nom de « Vampire d’Hanovre » ou « Boucher d’Hanovre », illustre comment un meurtrier peut devenir symbole d'une mythologie urbaine autour de la chair humaine et de la transformation en marchandise.

Fritz Haarmann est le sixième enfant d’une famille pauvre dans l’Allemagne de la fin du XIXe siècle. Il est décrit comme calme et bon soldat, puis devient progressivement violent et sadique. Il a reconnu avoir tué et mangé des garçons, et a justifié ses actes par des motifs psychologiques et une situation sociale précaire. Il a même revendiqué le droit de vendre des restes de victimes comme viande pour survivre ou pour nourrir l’économie criminelle, ce qui lui valut le surnom de « Boucher d’Hanovre ».

Cette histoire prévue comme une biographie criminelle est devenue un archétype pour comprendre comment des crimes peuvent être instrumentalisés dans des narrations médiatiques, surtout lorsqu’ils s’inscrivent dans des lieux et des périodes marqués par la pauvreté, la violence et la précarité. Elle rappelle aussi l’importance de la vérification des sources et des preuves dans le traitement de sujets sensibles, afin d’éviter la diffusion de fausses rumeurs qui peuvent causer des dommages à des personnes innocentes et des institutions.

Tableau des éléments récurrents dans les faux récits sur le cannibalisme

Élément Rôle dans le récit Effet sur le public
Têtes dans des sacs plastiques Symbole choquant Génère la peur et la curiosité
Armes et arrestations Preuves “dévoilées” Accentue le sensationalisme
Lieu précis et noms d’acteurs Crédibilité apparente Renforce la mémorisation
Testimonies de riverains Vendent une impression de réalité Pièges de fausses chains

Analyse critique et leçons

Il existe un écosystème médiatique qui peut propager rapidement des récits non vérifiés lorsque les éléments sensationnels (viande humaine, armes, arrestations multiples) robustissent la narration. La vérification des faits, l’identification des sources primaires et la contextualisation géographique et temporelle sont essentielles pour éviter que des rumeurs ne se transforment en « vérités » perçues. Les organisations médias et les journalistes doivent adopter des procédures rigoureuses de vérification et publier des démentis quand une information est erronée, afin de limiter les dommages à la réputation et à la sécurité publique.

Infographie: cycle de propagation d'une fausse information

Les leçons tirées de ce cas soulignent aussi l’importance de la prudence dans les usages de témoignages oraux et de sources locales, qui peuvent être reprises hors contexte ou déformées au fil des rééditions. Dans le domaine historique, les récits autour du cannibalisme restent fréquemment un point focal de la peur et du divertissement, c’est pourquoi une approche méthodique et nuancée est nécessaire pour éviter d’alimenter des mythes plutôt que des connaissances vérifiables.

#CommentJeMinforme Les médias et l'école contre les fausses informations

Éléments biographiques et contextuels autour du « Boucher d’Hanovre »

Fritz Haarmann est devenu une icône du genre noir dans l’histoire criminelle européenne. Son cas montre comment un criminel peut être transformé en symbole d’un mode de violence extrême, et comment la société rappelle ces épisodes pour réfléchir à la frontière entre réalité et fiction.

Le récit historique autour de Haarmann met en évidence la complexité des diagnostics psychiatriques et des motifs sociopolitiques qui entourent les crimes majeurs. Il rappelle aussi que les récits médiatiques peuvent amplifier des détails, les recycler et les réorganiser selon les besoins du moment, ce qui peut brouiller les traces et dissimuler les véritables causes et circonstances.

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