Cette importante sculpture en biscuit intitulée La Baigneuse, d’après le modèle emblématique d’Étienne‑Maurice Falconet, séduit par la pureté de sa matière mate et la délicatesse de son modelé, offrant une interprétation d’une grande finesse du célèbre thème de la jeune nymphe sortant du bain.
La figure, légèrement penchée vers l’avant, retient d’une main un drapé souple qui glisse le long de ses jambes tandis que son regard baissé et la douceur de ses traits confèrent à l’ensemble une présence à la fois pudique et sensuelle. Le biscuit, travaillé avec une précision remarquable, met en valeur la qualité des volumes, la rondeur des chairs, la fluidité des plis et la maîtrise anatomique héritée du style rococo dont Falconet fut l’un des maîtres incontestés.
L’œuvre repose sur une base circulaire signée sur la tranche, sobre qui renforce l’élégance de la silhouette et souligne la verticalité harmonieuse de la composition. Par son raffinement, sa taille généreuse et son état de conservation excellent, cette sculpture constitue une pièce décorative de premier ordre, idéale pour un intérieur recherchant l’alliance du classicisme français et d’une esthétique intemporelle.
Biographie et contexte de Falconet
Étienne‑Maurice Falconet (1716‑1791) est l’un des grands sculpteurs français du XVIIIᵉ siècle, reconnu pour la grâce de ses figures et l’élégance raffinée du style rococo. Protégé par Madame de Pompadour, il dirige l’atelier de sculpture de la Manufacture de Sèvres où il crée plusieurs modèles devenus iconiques, dont La Baigneuse et L’Amour menaçant. En 1766, Catherine II l’invite en Russie pour réaliser la statue équestre monumentale de Pierre le Grand, le célèbre Cavalier de Bronze.
Étienne-Maurice Falconet présente au Salon de 1757 une figure en marbre représentant une baigneuse alors intitulée « Nymphe qui descend au bain » et vendue à François Thiroux d'Epersenne, avocat au Parlement et amateur de sculptures contemporaines. Cette figure y rencontre un franc succès, si bien que Mme du Barry, favorite de Louis XV, commande une réplique en marbre à Falconet qu’elle expose au château de Louveciennes aux côtés d’une baigneuse sortant du bain sculptée par Christophe-Gabriel Allegrain. La réplique fait aujourd’hui partie des collections du musée du Louvre.
On connait ainsi plusieurs sculptures de la « Baigneuse » réalisées par Falconet lui-même et présentant parfois une légère variante, comme celle conservée au Victoria & Albert Museum décorée d’une fleur dans les cheveux. Il fait alors éditer en biscuit la « Baigneuse » avec le détail de la rose piquée dans les cheveux. Ce modèle suscite un grand intérêt et est abondamment reproduit, les mouleurs multipliant les copies à Paris et dans divers lieux.
Pour éditer ces biscuits, Falconet devait réaliser un modèle en terre crue. En effet, une figure en biscuit de Sèvres est obtenue par estampage de la porcelaine crue dans des moules en plâtre, eux‑mêmes réalisés à partir du modèle en terre fourni par le sculpteur. Une fois ces opérations menées à bien, le modèle en terre crue est cuit pour être conservé.
Falconet a ainsi créé une soixantaine de modèles en terre différents pour la Manufacture, dont il n'en subsiste aujourd'hui qu'une vingtaine. Ces modèles ont été conservés notamment grâce à de grands collectionneurs français du XVIIIᵉ siècle, désireux de posséder des esquisses en terre cuite considérées comme les reflets de la pensée créatrice et du style de l'artiste.
Certaines de ces figures figurent encore dans les collections de la Manufacture nationale de Sèvres ou du Musée national de la céramique. En 1922, Louis Réau indique que le modèle de la Baigneuse ici présent est conservé dans la collection A. Veil-Picard. Pour cette œuvre, Falconet s'inspire de la Baigneuse peinte en 1724 par François Lemoyne conservée au Musée de l'Ermitage, qui montre le moment avant le bain et se démarque des représentations traditionnelles de la sortie du bain.
Avec cette figure, Falconet définit un nouveau canon féminin que l'on retrouvera dans ses œuvres postérieures et qui influencera ses contemporains. Le corps est gracile et allongé, les hanches se font étroites, les épaules légèrement tombantes et la poitrine menue. Les lignes sont pures et doucement ondulées, la pose gracieuse et animée par un léger contrapposto. La coiffure inspirée de l’antique présente des cheveux lissés séparés par une raie médiane sur un fin visage ovale se terminant en triangle.
Falconet a su infléchir son art, auquel il attribue un but moral, pour s’adapter au goût de commanditaires sensibles à des œuvres plus décoratives. De nombreux artistes se plaisent à reproduire cette sculpture dans divers matériaux dès la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle et cela jusqu’à nos jours, preuve de la pérennité du succès de cette œuvre. On peut ainsi citer la Baigneuse en marbre réalisée par Tassaert et d’autres rééditions qui témoignent de l’intérêt constant pour ce motif.
Édition biscuit et diffusion
Pour éditer ces biscuits, Falconet devait réaliser un modèle en terre crue. La figure en biscuit de Sèvres est obtenue par estampage de la porcelaine crue dans des moules en plâtre, eux-mêmes réalisés à partir du modèle en terre fourni par le sculpteur. Une fois ces opérations menées à bien, le modèle en terre crue est cuit pour être conservé. Falconet a ainsi créé une soixantaine de modèles en terre différents pour la Manufacture, dont il n'en subsiste aujourd'hui qu'une vingtaine.
Ce modèle suscite un grand intérêt et est abondamment reproduit: les descriptions historiques témoignent de l’engouement du public pour ces pièces, qui furent multipliées à l’infini par les moules dans divers lieux.

La pièce décrite ici présente une base circulaire signée, qui renforce la verticalité et souligne l’élégance de la silhouette. Sa conservation excellente et son raffinement en font une pièce décorative de premier ordre, adaptée à des intérieurs recherchant l’alliance du classicisme français et d’une esthétique intemporelle.
Baigneuse Falconnet 1
En conclusion, l’œuvre témoigne de la pérennité du motif et de l’influence durable du rococo sur l’art décoratif européen, tout en incarnant les qualités techniques et esthétiques qui ont fait la renommée de la Manufacture de Sèvres et de ses artisans au XVIIIe siècle.
| Élément | Description |
|---|---|
| Modèle | Baigneuse, d’après Falconet |
| Matériau | biscuit (porcelaine céramique non crue) |
| Base | Circulaire, signée sur la tranche |
| Références | Interprétation rococo, influences Lemoyne et Allegrain |