L’anneau du pêcheur, ou Anulus Piscatoris en latin, est un symbole traditionnel et chargé de sens dans l’Église catholique romaine. Il est porté par chaque pape depuis le XIIIe siècle. Le pape François est décédé hier à l’âge de 88 ans. Comme l’exige le protocole du Vatican, le cardinal camerlingue Kevin Farrell a confirmé la mort du souverain pontife, en présence d’un médecin. Un certificat de décès a été établi, sans autopsie, indiquant que l’évêque de Rome a succombé à un accident vasculaire cérébral suivi d'une insuffisance cardiaque. Le cardinal a ensuite veillé à ce que l’anneau du pêcheur porté à sa main droite soit retiré et détruit.
Pourquoi le pape porte-t-il l’anneau du pêcheur ?
L’anneau du pêcheur, ou Anulus Piscatoris en latin, tire son nom de sa représentation de Saint Pierre, premier des papes. Avant d’être un des disciples de Jésus Christ, Pierre était en effet un pêcheur de métier, et Jésus lui dit, ainsi qu’à son frère André, selon l'Évangile : « Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. » (Matthieu 4:19). L’anneau symbolise donc la mission évangélisatrice du pape, son successeur direct de Saint Pierre et son rôle en tant que chef spirituel de l'Église.
À quoi sert la bague du pape ?
Généralement en or massif, ou parfois en métal doré ou en argent, il est gravé d’une image de Saint Pierre dans une barque en train de jeter un filet de pêche, ainsi que du nom du pape en latin autour, comme l'indique le site des catholiques européens. Bien que les papes portent des anneaux depuis au moins le IIIe siècle, le port de cette bague si spéciale est documenté pour la première fois au XIIIe siècle. Pendant des siècles, il a servi de sceau officiel pour signer les documents pontificaux. Chaque anneau est donc unique.
L’anneau est remis au nouveau pape lors de la messe d’inauguration de son pontificat. Comme il représente l’autorité du pape sur les fidèles de l’Église, l’ornement est détruit à la mort de celui-ci ou s’il renonce à sa charge. Cette tradition vient de l’époque où la bague servait de sceau, sa destruction permettant d’éviter toute falsification.
Pourquoi le pape François refusait-il qu'on embrasse sa bague ?
De nombreux fidèles ont pour habitude d’embrasser l’anneau du pêcheur en signe de dévotion. Le pape François est l’un des rares à avoir refusé ce geste. Non pas par irrespect, mais il ne voulait pas « qu'il y ait un culte autour de sa personne, de dévotion particulière autour de lui. C'est une forme de signe d'humilité », a expliqué en 2019 Alban Mikoczy, le correspondant de France Télévisions en Italie, ajoutant qu’il estimait que sa personne n'était pas sacrée et que c'est la religion qui l’était.
Le rituel de destruction et son évolution
Traditionnellement, l’anneau papal servait de sceau pour authentifier les documents pontificaux. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, les papes l’utilisaient donc comme un sceau privé pour authentifier les documents. Et lorsqu’un pape décédait, son anneau était détruit publiquement « à l’aide d’un marteau ou d’un ciseau spécial » pour éviter toute falsification. Mais ce rituel a quelque peu évolué depuis. À partir du XIXe siècle, les papes se sont mis à utiliser un tampon pour sceller les documents officiels, reléguant la bague à un simple symbole de l’autorité papale.
En 2013, lors de l abdication de Benoît XVI, l’anneau du pêcheur a été marqué d’un X pour indiquer qu’il ne serait plus jamais utilisé. Cependant, ce rituel entre parfois en tension avec la volonté de préserver la mémoire du pontife défunt. Dans une époque où tout est archivé, numérisé, muséifié, la disparition volontaire d’objets liés à un pape peut surprendre. Certains regrettent que des objets d’une grande valeur historique soient détruits alors qu’ils pourraient témoigner de la richesse matérielle et spirituelle d’un pontificat. L’Église elle-même s’adapte: si l’anneau officiel est détruit, il n’est pas rare que le pape possède d’autres bagues ou bijoux personnels qui sont conservés.
Le cas du pape François et les particularités de son anneau
Le pape François avait décidé que son anneau soit en argent doré et non en or « par souci d’humilité », rappelle La Croix. Son anneau, réalisé autrement que ceux de ses prédécesseurs, est en argent et a été porté surtout lors de cérémonies officielles. Lors de la messe d’investiture, Angelo Sodano a remis à François l’anneau du pêcheur, mais celui-ci utilisait une bague différente le reste du temps, héritée de son ordination épiscopale en 1992 à Buenos Aires. Après son décès, la tradition veut que l’anneau soit détruit ou rendu inutilisable dans le cadre du sede vacante, supervisé par le camerlingue.
En 2013, Benoît XVI avait fait graver une croix profonde sur son anneau du pêcheur; sous le pontificat de François, il a été question d’une version plus discrète et d’un usage restreint, puis, en 2025, de l’entaille de l’anneau et de sa destruction publique lors de la fin du pontificat. Le rituel est donc à la fois un signe de fin de mandat et une protection contre les falsifications posthumes. Le camerlingue est chargé de superviser ce processus et de s’isoler lors de l’operation, afin de préserver la solennité et la confidentialité du moment.
Autres objets liturgiques et symboliques du pontificat
Au-delà de l’anneau du pêcheur, les papes disposent de divers objets de valeur liturgique ou personnelle: croix pectorale, bague personnelle, insignes particuliers, parfois bâton pastoral, mitre ornée, ou ferula. Ces objets font l’objet d’un inventaire précis et sont placés sous scellés. Certaines croix pectorales peuvent être remises à des musées ou offertes à titre posthume à des proches; d’autres peuvent être fondues si elles portent un caractère trop personnel. Les choix reflètent l’évolution des goûts et l’individualisation du pontificat.

Ce rituel s’inscrit dans une tradition médiévale de neutralisation du pouvoir sacré, lorsque le pape était aussi souverain temporel. La destruction de l’anneau ou de certains bijoux s’inspire de pratiques royales antiques, où l’on brisait le sceptre ou le sceau du roi défunt. Dans le cas du pape, l’enjeu est encore plus fort, car il ne s’agit pas seulement d’un roi, mais d’un vicaire du Christ sur terre. Ce geste rappelle que le pouvoir pontifical est une fonction passagère, non une propriété personnelle, et que la foi repose sur l’humilité du service plutôt que sur le prestige.
Rituel contemporain et lieux
Le camerlingue s’isole dans une salle à l’abri des caméras et « entaille la chevalière d’une croix profonde », selon les sources du Vatican. Ce moment, purement symbolique et public comme acte de fin de pontificat, illustre que l’autorité est éphémère et que l’Église demeure à travers une lignée ininterrompue de successeurs de Saint-Pierre. Le geste protège aussi l’Église contre les fraudes et manipulations posthumes. Upon the death of the pope, the ring is typically destroyed to prevent replication or impersonation, preserving the integrity of the Holy See’s documents.
Contextes historiques et théologiques
Le symbole du pêcheur est profondément ancré dans le Nouveau Testament: « pêcheurs d’hommes » est une expression qui unit la vocation de Saint Pierre et celle du pape en tant que missionnaire universel. Les passages évangéliques et les discours papaux des siècles passés ont été exploités pour rappeler que le pape est le successeur de Pierre et que l’autorité papale s’inscrit dans une mission spirituelle plutôt que dans une puissance temporelle pure. Benoît XVI a, lors de son inauguration, développé ces images autour de Pierre qui jette les filets, et François a été associé à une version plus modeste et personnelle du pontificat.
Reste à savoir: quel avenir pour l’anneau du pêcheur?
À la mort du pape François et dans le cadre de sede vacante, l’anneau du pêcheur sera détruit ou rendu inutilisable, conformément à la tradition. Le Camerlingue poursuivra les étapes habituelles, supervisant l’entaille et la destruction devant le Collège des cardinaux. Le récit de ces actes témoigne d’un équilibre entre mémoire historique et sécurité liturgique, et rappelle que le pouvoir papal est une vocation qui passe, dans une continuité de succession apostolique.

Tableau récapitulatif des points clés
| Aspect | Description |
|---|---|
| Nom | Anulus Piscatoris (anneau du pêcheur) |
| Première utilisation documentée | XIIIe siècle |
| Symbolique | Autorité papale, succession de Saint Pierre, mission d’évangélisation |
| Matériaux | Or massif; versions en argent doré pour François |
| Destin | Destruction ou annulation après décès ou renonciation |
| Acteur clé | Camerlingue et Collège des cardinaux |
Pourquoi détruit-on l’anneau du pape ? Le secret du pouvoir au Vatican
En somme, l’anneau du pêcheur est bien plus qu’un simple bijou: il est le signe tangible du pouvoir spirituel du Pape, lien avec Saint Pierre et rappel de la fragilité du pouvoir, dans une Église qui se perpétue par la continuité des successeurs et l’humilité du service.