L’absence de thésaurus exhaustif sur ces interactions alimentaires contraste avec la richesse des données disponibles pour les médicamenteuses. Si certaines sont délétères, d’autres s’avèrent bénéfiques et peuvent même être exploitées. Une interaction se définit par la modification d’un ou de plusieurs effets d’un médicament par un autre produit. Lorsque ce dernier est lui-même un médicament, on parle d’interaction médicamenteuse.
Cadre conceptuel des interactions entre aliments et médicaments
La fréquence des interactions médicaments-aliments ayant des conséquences graves reste marginale. Cependant, elle est sous-estimée en raison du manque d’études cliniques et d’homogénéité des modes de recueil. Toutefois, leur gravité augmente avec l’âge. À la différence des interactions médicamenteuses, il n’existe pas de thésaurus exhaustif spécifiquement réservé aux interactions alimentaires. La phase biopharmaceutique précède la phase pharmacocinétique, et constitue la mise à disposition des principes actifs. Loin d’être uniquement délétères, certaines interactions s’avèrent, au contraire, bénéfiques et peuvent être exploitées pour optimiser l’absorption des principes actifs.
Facteurs de solubilité et de transport
Certains médicaments, notamment les bases faibles, présentent une solubilité pH-dépendante optimale en milieu acide. À l’inverse, certains principes actifs sont plus solubles en milieu alcalin. Ainsi, l’administration au cours d’un repas riche en graisse peut être recommandée dans certains cas. Certains aliments tendent à la ralentir, notamment ceux qui sont chauds, acides, épais, riches en lipides, en sucres ou en sel. Certains nutriments peuvent entrer en compétition avec les médicaments pour les mêmes systèmes de transport actif. C'est le cas de la lévodopa qui partage les mêmes transporteurs d'acides aminés que les protéines alimentaires, justifiant sa prise à distance des repas riches en protéines.
Interactions bien documentées entre tyramine et inhibiteurs de la MAO
Une autre interaction bien connue est celle entre la tyramine, un constituant du fromage ou des saucisses crues, mais aussi du vin et de la bière, et les inhibiteurs de la monoamine oxydase. Bien qu’il reste possible de le consommer, en quantité modérée et non quotidiennement, le soja est à proscrire en cas de cancers hormono-dépendants du sein, de l’utérus et des ovaires ou lors d’un traitement concomitant au tamoxifène et létrozole. Ces antidépresseurs ont donc une action multiple, ce qui peut expliquer leur efficacité particulière. L’Iproniazide (Marsilid) est malheureusement régulièrement en rupture de stock. Le Moclobémide (Moclamine) est disponible mais il est un peu moins dopaminergique (il n’inhibe que la MOA de type A qui dégrade peu la dopamine (surtout dégradée par la MOA de type B)). Sa prescription ne nécessite par de régime alimentaire excluant les produits alimentaires riches en tyramine (voir ci-dessous), sauf chez les patients présentant une hypertension artérielle. Ces antidépresseurs ont des particularités à bien connaître. => Ne pas s’automédiquer ; signaler le traitement en cours par IMAO à tout médecin consulté ; avoir sur soi l’ordonnance ou la boîte du médicament. => Attendre l’élimination complète d’un antidépresseur en cours avant de commencer l’IMAO (2sem. Dans des cas rarissimes, l’IMAO peut donner des fourmillements dans les mains et les pieds, associés à des douleurs. inhibiteurs de monoamine oxydase.
Contexte pratique et limites
En effet, les aliments fermentés comme le fromage mais aussi certaines boissons comme le vin ou la bière sont riches en tyramine. La tyramine est un précurseur de catécholamines qui sont des vasoconstricteurs endogènes. Elle est principalement dégradée par une enzyme, la monoamine oxydase A. iproniazide, sont des antidépresseurs qui vont dégrader les amines endogènes et alimentaires dont la monoamine oxydase A, responsable de la dégradation de la tyramine. Cette inhibition entraîne donc une augmentation de la synthèse des catécholamines pouvant provoquer une crise hypertensive. Une consommation de 6 mg de tyramine en même temps que la prise d'inhibiteurs de monoamine oxydase peut produire une crise légère mais non risquée et une consommation plus importante de 10 à 25 mg de tyramine peut conduire jusqu’à des maux de têtes sévères. La plupart de la nourriture riche en tyramine, comme les.fromages fermentés, ne contiennent pas plus de 250 mg/kg de tyramine.
Autres interactions médicamenteuses liées à l’alimentation
Interaktions fréquentes dues aux aliments Jus de pamplemousse. Les furanocoumarines contenues dans le jus de pamplemousse peuvent bloquer les glycoprotéines P et les enzymes du cytochrome P450 (CYP450), en particulier dans l’intestin et, dans une moindre mesure, dans le foie. Elles sont impliquées dans la régulation de l’absorption ou le métabolisme des médicaments, de sorte que ceux-ci s’accumulent. Cela concerne surtout les médicaments dont la biodisponibilité orale est faible, comme la félodipine, mais concerne peu les médicaments administrés par voie intraveineuse. En cas d’accumulation de ciclosporine utilisée par exemple dans les greffes d’organe, la polyarthrite rhumatoïde ou le psoriasis, des effets indésirables tels que nausées et vomissements peuvent en résulter, voire une insuffisance rénale et hépatique. Dans le cas des statines, mais pas exclusivement, le risque de rhabdomyolyse augmente. Malgré les résultats contradictoires de la recherche, la consommation d’un fruit entier devrait également être évitée, car l’exposition des patients à la nifédifine et à la nisoldipine présente une augmentation de 30 % et celle à la félodipine a été multipliée par trois après l’ingestion de pulpe et d’extrait de pamplemousse. À noter que le jus de pamplemousse augmenterait la concentration de sildénafil, alors que le jus de pomelo semblent avoir l'effet inverse sur le métabolisme du sildénafil, en diminuant sa concentration plasmatique. Le jus de pomelo augmente également la biodisponibilité de la ciclosporine, ce qui suggère différents mécanismes d’interaction. Ces interactions concernent entre autres l’amiodarone, les inhibiteurs de la calcémie (fénadine), les statines (simvastatine, atorvastatine), la ciclosporine, le sildénafil, la fexofénadine et l’aliskirène, certains d’entre eux étant clairement contre-indiqués lors de la prise de jus de pamplemousse.
Jus de grenade et de canneberge. Le jus de grenade bloque les enzymes hépatiques qui dégradent la warfarine et a augmenté l’INR dans des cas isolés ; il semble en outre interagir avec le tacrolimus. Des interactions favorisant les saignements avec la warfarine ont également été rapportées avec le jus de canneberge ; des contrôles plus fréquents de l’INR sont recommandés en cas de consommation régulière, voire l’évitement total de ce jus. Dans ce cas, le mécanisme d’action est inconnu. Une hypothèse est l’inhibition du CYP2C9 ou une influence sur la pharmacodynamie par d’autres composants du jus de canneberge. Jus de pomme et jus d’orange. Le jus de pomme et d’orange peuvent par exemple réduire l’absorption de l’antihypertenseur aliskirène à peu près dans les mêmes proportions que le fameux jus de pamplemousse. C’est probablement l’inhibition de l’absorption des polypeptides de transport des anions organiques (OATP) par l’aliskirène dans le tractus gastro-intestinal qui en est responsable.
Légumes, lait et autres aliments courants
Légumes verts à feuilles. Les épinards, brocolis, choux verts, etc. sont riches en vitamine K qui active les facteurs de coagulation dépendants de la vitamine K et contrecarre les antagonistes de la coumarine comme la warfarine. Les conséquences peuvent être une baisse de l’INR et une tendance à la coagulation. Lait. Le calcium contenu dans les produits laitiers se lie à certains antibiotiques, comme certaines tétracyclines et la ciprofloxacine, et réduit ainsi leur absorption et donc leur efficacité. Les taux sériques de lévothyroxine ont été jusqu’à 8 % inférieurs en cas d’administration concomitante de lait de vache, mais cela ne peut pas être extrapolé aux variantes de lait végétal en raison de la teneur différente en protéines et en calcium. Le délai nécessaire pour éviter les interactions, en cas de prise de produits laitiers, est à ce jour inconnu. Un délai d’au moins deux heures, et jusqu’à six heures dans certains cas, est recommandé.
Haricots/fèves. Certains peuvent être particulièrement riches en tyramine (soja, fèves, pois mange-tout), une amine biogène dérivée de l’acide aminé tyrosine. La tyramine est également présente dans les aliments fermentés, les fromages affinés ou les viandes en salaison. Les inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO, types phénelzine, isocarboxazide, tranylcypromine, peu utilisés aujourd'hui) bloquent les enzymes qui dégradent la tyramine. Or, l’accumulation de tyramine qui s’ensuit peut entraîner une crise hypertensive. Contexte pratique et limites. Ces aliments doivent être évités chez les personnes traitées par des IMAO.
En résumé, l’absorption des médicaments par voie orale peut être modifiée par l'alimentation. Selon la situation, cela peut conduire à une diminution ou à une augmentation de la concentration plasmatique du médicament et engendrer une perte d'efficacité thérapeutique ou des effets délétères pour le patient. Bisphosphonates (par exemple l’alendronate, l’ibandronate et le risédronate). Tout aliment peut réduire de manière importante l’absorption et l’efficacité de ces médicaments. L’alendronate et le risédronate sont à prendre avec de l’eau plate au moins 30 minutes avant le petit-déjeuner, la prise de boisson ou de médicaments, et l’ibandronate est à prendre au moins 1 heure avant. Certaines benzodiazépines (par exemple le triazolam), les inhibiteurs calciques (par exemple la félodipine, la nifédipine et la nisoldipine), Ciclosporine, Œstrogènes et contraceptifs oraux, Certaines statines (par exemple l’atorvastatine, la lovastatine et la simvastatine), Jus de pamplemousse. Le jus de pamplemousse inhibe les enzymes impliquées dans le métabolisme du médicament et intensifie donc l’effet de certains médicaments, dont beaucoup ne sont pas présents dans cette liste. Digoxine, Flocons d’avoine. Les fibres contenues dans les flocons d’avoine et autres céréales, si consommées en grandes quantités, perturbent l’absorption de la digoxine. Inhibiteurs de la MAO, Aliments riches en tyramine, notamment de nombreux fromages, yaourts, charcuterie, foie, poisson séché, caviar, avocat, banane, levure, raisin sec, choucroute, sauce soja, fève, vin rouge et certaines bières. Lorsque les personnes traitées par des inhibiteurs de la MAO ingèrent ces aliments, des céphalées intenses peuvent se manifester ainsi qu’une augmentation de la tension artérielle potentiellement mortelle. Ces aliments doivent être évités. Calcium, aliments riches en calcium, comme le lait et les laitages, peuvent réduire l’absorption des tétracyclines et des quinolones. Warfarine et aliments riches en vitamine K. Ces aliments peuvent réduire l’efficacité de la warfarine, augmentant le risque de coagulation. L’intolérance à l’histamine est considérée comme le résultat d’un déséquilibre entre l’histamine accumulée et la capacité de dégradation de l’histamine. Cependant, l’histamine et d’autres amines biogènes, telles que la tyramine, la putrescine, la spermine, la spermidine et la cadavérine, sont également formées au cours de la fermentation microbienne de la nourriture désirée ou non désirée ou à la suite d’une détérioration d’aliments. L’évitement d’aliments principaux contenant ou libérant de l’histamine ou de tyramine est préférable d’effectuer sous la direction d’un diététicien expérimenté en raison de la complexité de l’adaptation. Prévenir des carences nutritionnelles en raison d’un régime trop restrictif est important. Une large gamme d’aliments sont pertinents pour l’intolérance à l’histamine et tyramine et le niveau de tolérance varient entre les individus.

La guía definitiva de la dieta baja en tiramina: alimentos que comer y alimentos que evitar
Tableau récapitulatif sélectionné
| Catégorie | Exemple d’aliment/médicament | Impact | Précaution |
|---|---|---|---|
| Tyramine et IMAO | Fromages fermentés, saucisses, vin | Crise hypertensive potentielle | Éviter ou limiter fortement |
| Jus de pamplemousse | Pamplemousse, jus mêlé | Inhibition CYP3A4, augmentation concentrations | Éviter ou surveiller soigneusement |
| Vitamine K et warfarine | Légumes verts à feuilles | Réduction de l’effet anticoagulant | Surveiller INR |
| Calcium et antibiotiques | Lait et tétracyclines | Absorption réduite | Éviter associations proches, espacer 2-6 h |
Prévenir des carences nutritionnelles en raison d’un régime trop restrictif est important. Une large gamme d’aliments sont pertinents pour l’intolérance à l’histamine et tyramine et le niveau de tolérance varient entre les individus.