Alimentation et cancer : idées reçues, preuves scientifiques et conseils pratiques

De nombreuses idées reçues et contre-vérités circulent autour du lien entre alimentation et cancer. Le Pr Saghatchian démêle le vrai du faux dans le livre Mes recettes santé anti-cancer, co-écrit avec le chef cuisinier Guillaume Marinette. Depuis 20 ans, le Pr Mahasti Saghatchian accompagne des femmes touchées par un cancer du sein et cherche à transmettre des connaissances basées sur la science de façon accessible, ludique et positive. Le destin met sur sa route le chef Guillaume Marinette, qui travaille avec les éditions Leduc sur une série de livres ayant pour thème l’alimentation et la santé.

Dans la première partie du livre, on revient sur ce que l’on sait du lien entre alimentation et cancer. Je commencerai par l’alcool : il n’y a pas photo, il augmente le risque de nombreux cancers, comme les cancers de l’œsophage et du foie, mais aussi du sein, ce qui peut paraître moins évident. L’autre sujet majeur, ce sont les aliments ultra-transformés. La relation entre le sucre et le cancer est complexe. Contrairement à ce qu’on peut croire, on ne va pas nourrir les cellules cancéreuses juste en mangeant un morceau de sucre. C’est plus indirect que ça; le corps transforme le sucre en graisse lorsqu’on en consomme en excès, c’est sa principale façon de le stocker.

Il faut éviter les sodas qui contiennent beaucoup de sucres raffinés, dits “rapides”, qui provoquent des pics d’insuline et favorisent le stockage sous forme de graisse. Pour autant, il ne faut pas se rabattre sur les boissons “zéro” où le sucre est remplacé par des édulcorants, tout aussi problématiques. Il ne s’agit pas de s’interdire de boire du Coca ou de culpabiliser de manger du saucisson ! Si c’est de temps en temps, ce n’est pas grave. Mais il faut privilégier autant que faire se peut le fait-maison. Je comprends que cela puisse représenter une contrainte dans nos vies surchargées. C’est pourquoi, dans le livre, Guillaume montre comment, avec seulement quelques ingrédients, il est possible de réaliser des recettes simples et bonnes pour la santé.

Vous mettez en avant 20 fruits, légumes et légumineuses phares comme l’ail, la tomate, les choux de Bruxelles. Certains aliments évitent que notre organisme ne stocke le sucre sous forme de graisse. D’autres sont digérés par notre flore digestive et enrichissent notre microbiote. Tous ces mécanismes créent un environnement peu propice au développement des cellules cancéreuses. Des études ont montré que certains aliments, comme le curcuma ou le gingembre, peuvent détruire les cellules cancéreuses. Soyons clairs : l’alimentation seule ne peut pas ralentir l’avancée d’un cancer et encore moins le guérir. En revanche, elle participe à éloigner le cancer de notre corps, mais elle a ses limites : si vous mangez équilibré mais que vous avez une vie sédentaire, vous annulez ses bienfaits.

Elle intègre la rédaction de Rose magazine en 2018. Des travaux sur le lien entre alimentation et cancer indiquent qu’un régime riche en fruits, légumes, poisson et, dans une moindre mesure, céréales, est associée à une moindre incidence de certains cancers. Il est recommandé de manger chaque jour entre 400 et 800 g de fruits et légumes variés, ce qui correspond à cinq portions par jour au minimum. Frais, crus ou cuits, ils apportent leurs qualités nutritionnelles, et peuvent aussi être achetés en conserve ou surgelés.

On sait que les régimes trop riches en viande, notamment en charcuterie et viandes cuites à haute température, augmentent le risque de cancer de l’intestin. La consommation de viande ne devrait pas dépasser 10 % de l’apport énergétique quotidien. La consommation de viande rouge est à limiter à 500 g (poids avant cuisson) par semaine (soit 3 portions). De la même manière, les huiles et les graisses ne devraient pas fournir plus de 30 % de cet apport, alors que la moyenne française se situe autour de 40 %. En liaison directe avec cette consommation, le surpoids est incriminé dans le risque de cancer du sein après la ménopause.

Depuis la production du rapport de l’ANSES sur la consommation de nitrites ajoutés dans les viandes transformées, cette substance est reconnue comme cancérogène avéré. Consommé avec excès, le sel joue un rôle dans le développement des cancers de l’estomac, en causant des dommages à la muqueuse gastrique et en favorisant la transformation des cellules. La conservation des aliments par salage peut former des nitrosamines, substances cancérigènes. La consommation d’alcool est le principal facteur de risque alimentaire de cancer en France et, associée au tabac, elle contribue aux cancers de la bouche, de la langue, de la gorge, de l’œsophage, de l’estomac, du sein, du colon, du rectum et du foie.

Associer différents groupes d'aliments dans un même plat permet de répondre facilement aux besoins de l’organisme : légumes crus (vitamine C, polyphénols), légumes cuits (minéraux, fibres), féculents (glucides complexes), viande ou poisson (protéines, fer), huile (vitamine E). Préserver sa santé passe par de bons gestes en cuisine et à table: cuire à température modérée, limiter charcuteries et jus de cuisson, éviter les boissons très chaudes pour réduire les risques d’irradiation de l’œsophage, et limiter grillades et barbecues s’ils ne sont pas réalisés dans de bonnes conditions. Un brunissement trop marqué à la cuisson entraîne la formation de composés qui peuvent affaiblir les défenses antioxydantes; privilégier une cuisson douce avec peu de gras et ne pas cuire trop longtemps les légumes pour préserver leurs nutriments.

Il faut être vigilant sur les compléments alimentaires: selon l’ANSES, leur consommation est associée à des carences pouvant entraîner de graves conséquences sur la santé. L’alimentation, ou ce que nous consommons au quotidien, est au cœur de notre bien-être holistique. Le cancer n’est pas encore curable, mais il existe des moyens de prévenir et de réduire les risques. Le brocoli, le fameux légume crucifère, contient le sulforaphane, un composé végétal doté de puissants attributs anticancéreux et potentiellement efficace pour le cancer du sein, de la prostate, et colorectal. Les tomates, riches en lycopène, font partie des aliments les plus puissants prévenant le cancer, notamment le risque de cancer de la prostate. Les agrumes, riches en antioxydants, peuvent être associés à une réduction du risque de cancers des voies respiratoires et du tube digestif. Les baies, riches en anthocyanes, possèdent des propriétés antioxydantes et anticancéreuses. Les haricots, les carottes et les noix complètent une alimentation anticancéreuse, tout comme l’huile d’olive, protectrice notamment contre certaines maladies. La cannelle et d’autres épices apportent aussi des effets bénéfiques potentiels dans une approche globale de prévention.

En synthèse, l’alimentation peut contribuer à réduire certains risques et à soutenir la santé générale, mais elle ne remplace pas les traitements médicaux et ne guérit pas le cancer. Pour une alimentation anti-cancer, privilégier les aliments riches en nutriments, limiter les produits ultra-transformés et les charcuteries, varier fruits et légumes, et adopter des modes de cuisson doux. Une approche holistique et adaptée à chaque patient est nécessaire, notamment lors des traitements, avec une attention particulière à la gestion du poids, à l’activité physique et à l’équilibre nutritionnel global.

carte des aliments anticancers et leurs effets

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