En 1863, le Britannique organise son premier voyage à destination de la Suisse. Le succès est foudroyant. Et notre pays va largement en profiter.
Né en 1808, le fondateur du tourisme de masse a joué un rôle-clé dans la naissance de cette branche en Suisse dans la deuxième moitié du XIXème siècle.
Dans Un train pour la Suisse, l’écrivain britannique Diccon Bewes établi à Berne décrit les aventures de Thomas Cook lors du premier périple organisé en 1863. Son ouvrage se fonde sur le carnet de voyage laissé par Jemina Morrell, une des huit turistas qui ont traversé la Suisse depuis Genève jusqu’à Lucerne en passant par le Valais, l’Oberland bernois et le Rigi.
Cette année-là, Thomas Cook doit trouver l’idée du siècle pour permettre à son entreprise de voyage de survivre. Grâce au développement du chemin de fer, il tente de miser sur la Suisse pour sortir les Britanniques de leur île. Dans The Excursionist, il publie la note suivante: «Nous avons l’intention d’accompagner un groupe à Genève, à Lucerne, et vers d’autres lieux dans les cantons des Alpes et des lacs.»
Le succès est inespéré. Un déluge de demandes de renseignements afflue. Le voyage peut donc commencer. Un voyage d’exploration comme le reconnaît Thomas Cook. «Nous ne pouvons pas indiquer, dit-il, précisément l’itinéraire du voyage jour pour jour après notre arrivée à Genève. Ceci dépendra des circonstance locales, du nombre de personnes qui auront décidé de voyager ensemble, des moyens de transport et d’autres facteurs que nous ne pouvons pas prévoir à l’avance.»
Ce premier voyage connaît un tel succès que d’autres suivent. En 1864, Thomas Cook propose déjà quatre circuits touristiques différents. D’abord, le tour du Mont-Blanc au départ de Genève via Martigny et trois autres routes partent de Lausanne, Bâle et Neuchâtel avec des étapes à Lucerne, Berne, sur les bords des lacs de Thoune ou de Brienz. «Les clients choisissaient la route pour rejoindre la Suisse, puis les excursions à y ajouter, les billets étant valables pour un mois et rassemblés en livrets», raconte Diccon Bewes.
Les voyageurs peuvent par la suite acquérir à l’avance des bons d’hôtels à des prix fixes qui sont échangés au cours de leur périple. En 1874, le guide touristique de la Suisse publié par Thomas Cook répertorie 47 hôtels acceptant les bons de sa compagnie. «Ce système rendait les choses beaucoup plus simples: il n’y avait plus ni à chicaner sur les factures, ni à manipuler de devises étrangères, ni à s’emporter sur la qualité. De plus, pour les hôteliers, c’était l’assurance d’avoir des clients, les touristes se voyant imposer un choix d’hôtels», souligne Diccon Bewes.
Face à l’afflux de touristes, les Helvètes comprennent rapidement l’intérêt qu’ils peuvent en retirer. Leur vitesse de réaction surprend même Thomas Cook : «Il a suffi d’un instant pour obtenir en Suisse ce qui en Ecosse a demandé dix ans.» Dès 1900, Thomas Cook ajoute aux circuits touristiques la vente de «vacances populaires organisées», soit l’équivalent des forfaits «all inclusive» proposés actuellement par les agences de voyage.
Un des séjours comprend le trajet en 2ème classe de Londres à Lucerne, une semaine dans des hôtels confortables, un menu fixe pour le dîner et un petit déjeuner avec viande tous les jours. Le tout pour environ 450 francs actuels. Le voyage organisé dans notre pays «fut le premier succès, l’acte de naissance du tourisme de masse. C’est lui qui a fait de Cook une marque», estime Diccon Bewes. Et la Suisse en a profité.
Le nombre de nuitées hôtelières s’est envolé de 2,9 millions en 1863 à 23,8 millions en 1913, alors que le nombre de personnes travaillant dans l’hôtellerie et les transports a grimpé de 38 000 à 118 000 entre 1870 et 1900. Selon Diccon Bewes, les Alpes sont devenues une ressource et sont à la base du succès du tourisme dans notre pays: «Les Suisses ne tardèrent pas à prendre conscience du potentiel de cette marée montante, capitalisant aussitôt sur ses possibilités: constructions d’hôtels, création de souvenirs, pose de rails de chemin de fer dans les montagnes.»
Aujourd’hui, les touristes peuvent marcher sur les traces de Thomas Cook et de ses huit voyageurs en découvrant la ViaCook, un des itinéraires proposés par ViaStoria - Itinéraires culturels en Suisse.
Le naufrage de la filiale suisse du voyagiste britannique Thomas Cook, dont le siège est à Pfäffikon (SZ), pourrait donner lieu à l’une des plus grandes faillites de l'histoire du pays, selon la NZZ am Sonntag. «Jusqu'à maintenant, nous avons reçu au moins 5150 annonces de créances», indique Adrian Gygax, directeur adjoint de l’office fédéral des faillites du canton de Schwyz. Beaucoup d'autres suivront certainement. A titre de comparaison, suite au naufrage de la compagnie aérienne Swissair, quelque 10'000 créanciers s'étaient annoncés.
Thomas Cook a annoncé son insolvabilité le 23 septembre et une procédure de faillite a été ouverte contre sa filiale suisse le 1er octobre. Des millions de francs de créances. La plupart des créanciers de cette dernière viennent de Suisse, d'Allemagne, d'Autriche, mais aussi de France, des Pays-Bas et d'Espagne. Thomas Cook Suisse offrait entre autres des voyages à forfaits vendus via Internet. L'office des faillites n'est pas en mesure d'articuler le montant des créances jusqu'ici annoncées, mais la somme se chiffre en millions de francs. Thomas Cook était l'un des plus grands voyagistes au monde et comptait des filiales dans une trentaine de pays.
- Genève et Lucerne comme points de départ et d’arrivée traditionnels dans les circuits historiques.
- La modernisation du secteur hôtelier et l’intégration des bons d’hôtels comme mécanisme d’assurance pour les hôteliers.
- La ViaCook et les itinéraires culturels qui permettent de suivre des traces historiques.
Les Alpes, la mer de glace et les gorges telles que la Dala et la Gemmi illustrent comment le territoire est devenu une ressource touristique majeure, soutenue par les infrastructures ferroviaires et le développement hôtelier. Selon Diccon Bewes, les Suisses ont rapidement capitalisé sur ce potentiel, et l’histoire a façonné l’identité touristique du pays.

Pour suivre l’évolution du tourisme en Suisse et l’héritage de Cook, on peut aujourd’hui explorer des itinéraires culturels qui retracent ces premiers voyages organisés, tout en comprenant les transformations économiques et sociales qui en ont découlé.
La vie en Suisse – Documentaire en Français
En résumé, le voyage collectif de 1863 a été l’acte de naissance du tourisme de masse en Suisse, marquant durablement l’économie et le paysage culturel du pays, et préparant le terrain pour l’essor des grandes agences de voyage et des circuits internationaux.