Empreinte carbone de l’alimentation en France: calculs, limites et enjeux

En partenariat avec Etiquettable, La Fourche a calculé l’empreinte carbone des produits alimentaires référencés dans son catalogue. C'est une première en France et nous en sommes très fiers ! L’empreinte carbone est indiquée en grammes de CO2 rejeté par 100g de produit (gCO2/100g). 50gCO2/100g signifie que 50g de CO2 ont été rejetés dans l'atmosphère pour produire 100g du produit en question. Cette empreinte est complétée par une note carbone allant de A+ à E et indiquant l’impact carbone relatif du produit étudié en fonction des aliments habituellement consommés par les Français. On vous explique comment nous avons calculé tout ça ! La note carbone a été remplacée par l'Éco-score®, un indicateur d'impact environnemental global, le 7 janvier 2021.

Les fondements du calcul

Le calcul de l’empreinte carbone des produits alimentaires repose sur l’agrégation des émissions liées à l’amont agricole, au transport, au stockage et à l’emballage du produit fini. Nous additionnons les émissions de gaz à effet de serre générées par la production, la transformation, le stockage et le transport de chacun des ingrédients présents dans le produit alimentaire étudié. Nous rajoutons ensuite les émissions générées par l’emballage dans lequel est placé le produit fini. Les quantités de chaque ingrédient sont estimées en fonction des données disponibles sur l’étiquette et de comparables.

Pour comparer différents gaz entre eux, nous utilisons des facteurs de conversion pour tout ramener à l’impact du CO2. Le méthane, largement rejeté par le bétail pour la production de viande, est un gaz dont l’effet de serre est 25 fois plus important que le CO2. Chaque gramme de méthane généré compte donc pour 25 grammes de CO2.

Les composants du calcul et leurs influences

  1. L’amont agricole, l'empreinte carbone liée à la production du produit: c'est souvent le plus gros poste d'émission. Toutes les étapes, de la graine à la sortie du lieu de production, sont prises en compte. Pour les produits transformés, on rajoute les étapes de transformation nécessaires. Par exemple, pour le beurre, il faut écrémer le lait, le pasteuriser, le faire maturer, le baratter, le laver et le malaxer.
  2. Le transport: émissions liées au mode de transport (camion, camion réfrigéré, bateau, avion) et à la distance parcourue pour chacun des ingrédients.
  3. Le stockage: émissions liées aux modes de stockage (sec, réfrigéré, surgelé) et à la durée moyenne de stockage des ingrédients.
  4. L’emballage: émissions liées à la production de l’emballage; le poids et la nature du packaging sont pris en compte.

Un graphique montre l’impact relatif de ces trois facteurs (production, transport et emballage) sur l’empreinte carbone de certains produits La Fourche. Pour comparer les gaz, on ramène tout à l’impact du CO2; le méthane des ruminants est l’un des postes les plus sensibles à cause de son poids en unité CO2 équivalent.

La note carbone et son échelle

La note carbone, créée par Etiquettable pour comparer les produits, va de A+ à E. A+ regroupe les produits avec l’empreinte carbone la plus faible (par exemple des légumes en vrac autour de 26 gCO2/100g), et E regroupe les produits les plus émetteurs (comme la viande rouge dépassant 1200 gCO2/100g). À titre informatif, le repas moyen d’un Français est estimé à 2040 grammes de CO2e (chiffres ADEME).

Les émissions utilisées pour le calcul proviennent des bases publiques de l’ADEME: La Base Carbone®, Foodges et la Base AGRIBALYSE®. Ces sources assurent une meilleure traçabilité des postes amont, transformation et distribution, tout en indiquant des limites inhérentes à toute évaluation climatique.

Limites et difficultés rencontrées

  • Informations partielles sur les ingrédients présents dans le produit fini: provenance, proportions et moyens de transport ne sont pas toujours connus; on peut être amené à inférer certaines parts.
  • La base de données n’est pas exhaustive; certains ingrédients n’y apparaissent pas et des proxys sont utilisés (par exemple un panais assimilé à une carotte).
  • Différences entre les filières et les variétés ne permettent pas toujours une différenciation fine (bio vs conventionnel).
  • Cette note présente une incertitude de 5 à 20 % selon les produits et les hypothèses; elle reste utile pour comparer des catégories différentes et guider les choix d’achat.

Idées reçues et éléments contextuels

  1. Un produit venant de loin génère-t-il plus de carbone ? Pas nécessairement: une tomate française hors saison peut avoir un impact supérieur à une tomate espagnole de saison. Pour la viande rouge, l’origine influe peu en comparaison du poste production.
  2. Le verre est-il meilleur que le plastique ? Non: l’impact du verre est généralement 3 à 5 fois plus élevé que celui du plastique, du fait du coût énergétique et de la masse du packaging. La consigne pourrait changer ce bilan.
  3. Un critère est-il plus important que les autres ? Tout dépend du produit: la production représente souvent la majeure partie de l’impact; le transport et l’emballage deviennent plus importants pour certains produits comme les pois chiches en conserve ou cuits.

Chaque achat est un acte de vote: La Fourche cherche à encourager la consommation responsable en fournissant des informations pertinentes pour réduire l’empreinte carbone alimentaire. L’alimentation représente presque la moitié du CO2 émis par une personne, et des choix éclairés peuvent générer un vrai changement.

Apports pratiques et outils

Le simulateur ADEME peut aider à estimer son impact et à ajuster les habitudes de consommation. Par exemple, la production de 1 kg de viande bovine émet environ 26,2 kg de CO2; utiliser l’outil permet d’identifier des alternatives moins émettrices et d’agir pour la planète.

La brochure associée au Projet CECAM (Contenu énergétique et carbone de l'alimentation des ménages) étudie la consommation alimentaire des ménages en France métropolitaine, en tenant compte des importations et en excluant la production française exportée. Elle montre que 61 % des émissions proviennent de la production, en particulier des produits d’origine animale, et que 46 % des émissions liées à l’alimentation proviennent de produits importés, notamment soja, huile de palme et fruits exotiques, souvent liés à la déforestation et à de longues distances de transport.

Plus largement, l’élevage contribue aussi à la pollution de l’air et la déforestation; le transport et le stockage jouent un rôle crucial lorsque les aliments parcourent de longues distances ou doivent être réfrigérés, tandis que le gaspillage alimentaire jette des ressources précieuses et augmente inutilement les émissions.

Impact visuel et prévention du gaspillage

À gauche : ce que nous mangeons. À droite : leurs poids dans notre empreinte carbone alimentaire. Cette représentation met en évidence que c’est la phase de production agricole qui pèse le plus lourd dans l’assiette, et que c’est encore plus vrai pour les produits d’origine animale.

Réduire sa consommation de viande, surtout de viande rouge, est l’un des gestes les plus efficaces pour limiter l’empreinte carbone de ses repas. Le gaspillage alimentaire évitable se joue à la maison, au restaurant ou pendant les courses: chaque aliment jeté représente du CO2, de l’eau, de l’énergie et des terres gaspillées.

Tableau récapitulatif des facteurs clés

Poste d’émissionPrincipeImpact typique
Production agricoleCulture, élevage et transformation initialeMajoritaire pour les produits animaux
TransformationÉnergie pour machines, chauffage, refroidissementSouvent important pour les produits ultra-transformés
TransportDistance et mode (camion, bateau, avion)Variable selon le produit et les distances
StockageConditions et durée (sec, réfrigéré, surgelé)Impact non négligeable pour certains ingrédients
EmballagePoids et matériauxPartie croissante pour certains produits
graphique_impacts_amont_transport_emballage

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tags: #ademe #empreinte #carbone #alimentation