Aux chênes de Mambré, le Seigneur apparut à Abraham, qui était assis à l’entrée de la tente. Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. Il dit : « Mon seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur. Permettez que l’on vous apporte un peu d’eau, vous vous laverez les pieds, et vous vous étendrez sous cet arbre. Puis Abraham courut au troupeau, il prit un veau gras et tendre, et le donna à un serviteur, qui se hâta de le préparer. Il prit du fromage blanc, du lait, le veau que l’on avait apprêté, et les déposa devant eux ; il se tenait debout près d’eux, sous l’arbre, pendant qu’ils mangeaient.
Le voyageur dit : « Je reviendrai chez toi au temps fixé pour la naissance, et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils. Elle devint enceinte, et elle enfanta un fils pour Abraham dans sa vieillesse, à la date que Dieu avait fixée. » Et Abraham donna un nom au fils que Sara lui avait enfanté : il l’appela Isaac (c’est-à-dire : Il rit).
Dans le désert écrasé par la chaleur, l’hospitalité n’est pas une mondanité, mais une question de vie ou de mort. Impossible de laisser des étrangers seuls dans ce désert, tout près d’Hébron, sans nourriture ni boisson. Abraham obéit à cette règle de l’hospitalité perpétuée jusqu’à aujourd’hui par les Bédouins : il accueille ces visiteurs comme Dieu lui-même, les honore avec piété et leur donne avec générosité. En retour, ces visiteurs lui promettent un fils qui sera toute sa joie et dont la simple idée fait rire Sara qui n’y croit pas vraiment. Accueillir Dieu, c’est se laisser surprendre, c’est découvrir Dieu là où je ne m’y attends pas. Dieu peut surgir, à l’improviste, avec un visage qui m’était inconnu.
À Jérusalem, l’auteur rappelle que l’expérience spirituelle ne se limite pas à un lieu précis: Jésus et d’autres témoins témoignent aussi que Dieu peut se révéler sous des traits inattendus. Je ne décide pas où, quand et comment Dieu viendra se présenter à moi. Partir à sa recherche ? Oui, mais je dois me tenir prêt, sur le seuil, prêt à accueillir l’étranger, ce prochain de l’inattendu. Dieu m’enverra ce prochain que je n’attendais pas et je recevrai la vie en plénitude, le désir le plus profond de mon cœur qui m’était peut-être inconnu. Sur nos routes, préparons-nous donc à nous laisser surprendre. Donnons gratuitement, car Dieu est derrière chaque visage.
Abraham, figure centrale et pionnier d’une alliance
Figure centrale du livre de la Genèse, Abraham est considéré comme le fondateur du monothéisme. Il est aussi le patriarche des trois religions monothéistes (le judaïsme, le christianisme et l’islam), que l’on nomme les « religions abrahamiques ». Né Abram (« le Père est exalté »), il reçoit de Dieu le nom Abraham qui signifie « père d’une multitude de nations ». Lorsque qu’il a 75 ans, Dieu lui enjoint: « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. » Voici l’acte fondateur de la foi d’Israël: Abram obéit en toute confiance au projet de Dieu. Il prend sa femme, son père et son neveu et se met en route pour le pays de Canaan.
L’alliance évoque immédiatement pour nous la bague de mariage mais quand l’Église parle d’Alliance, de quoi parle-t-elle ? Abraham est ainsi le premier homme à croire à la promesse de Dieu et le premier à sceller une Alliance avec lui. Il est le premier prophète, le premier à construire des autels et à préparer l’Alliance par le sacrifice d’animaux, le premier à pratiquer la circoncision. Il est le modèle d’obéissance par excellence: ce que Dieu lui demande, il le réalise.
Le livre de la Genèse est le premier texte de la Torah, ouvrage central du judaïsme. L’écriture de la Torah date probablement du VIe siècle av. J.-C., à l’époque de l’exil ou durant l’époque perse. La datation est importante car elle permet de comprendre l’intention des auteurs: rassembler plusieurs peuples divisés par la formation d’une identité unique et unie prenant la forme d’un ancêtre commun, Abraham, et d’un droit inaliénable du sol commun, découlant des promesses divines.
Abram est originaire de Chaldée. Il est le fils de Térah et a deux frères, Nahor et Haran. Haran meurt en laissant un fils, Lot. Abram épouse sa demi-sœur, Saraï, qui est stérile. Un jour, Térah emmène Abram, Saraï et Lot et quitte Ur pour le pays de Canaan. Arrivés à Harran, Térah meurt. C’est là que YHWH se présente à Abram et lui demande de quitter Harran pour se mettre en route vers la Terre promise. Dans ce passage, Dieu expose à Abram son projet de bénédiction pour tous. Abram accéde et poursuit son voyage avec Saraï et Lot, traversant des arrêts, bâtissant des autels et faisant alliance avec diverses tribus et royaumes.
Au fil des péripéties (Égypte pour fuir la famine, retour à Hébron, affrontements avec des rois cananéens et mésopotamiens), Dieu renouvelle à plusieurs reprises ses promesses et assure à Abram qu’il aura un héritier. Ismaël naît de Agar, mère servante, et Isâac naîtra plus tard de Sara. Le récit met en lumière les tensions familiales et les défis humains, tout en présentant Abram comme un homme de foi qui persévère face à l’adversité.
Melchisédek et la signification théologique
Dans ce récit, Abram rencontre Melchisédec, roi de Salem et prêtre du Dieu Très-Haut. Melchisédek apporte du pain et du vin et bénit Abram, proclamant que « Béni soit Abram par le Dieu très-haut ». Abram lui remet alors la dîme de tout le butin, signe d’une gratitude et d’une soumission à Dieu. Melchisédek bénit Dieu et Abram répond par la dîme, marquant une première reconnaissance théologique dans les textes. Cette scène est souvent interprétée comme annonçant des dimensions messianiques et sacerdotales qui résonnent plus tard dans la théologie biblique.
La figure de Melchisédek est complexe: roi et prêtre, associant justice et paix (Salem). Dans la Bible, ce récit est vu comme un prélude à des thèmes plus tardifs (Psaume 110, Hébreux). L’épisode illustre la coexistence des peuples et des cultures, et invite à une lecture des rapports interreligieux marquée par le respect et la reconnaissance mutuelle, même lorsque des différences théologiques existent.
Genèse et ancêtres: une vue d’ensemble historique et théologique
Le livre de la Genèse est une compilation d’écrits de dates et d’orientations variées, qui cherche à rassembler des peuples autour d’un ancêtre commun: Abram/Abraham, et autour d’un droit collectif à la terre promise. Abram, fils de Térah, se déplace vers Canaan, puis vers l’Égypte et revient, pour s’établir finalement dans les terres d’Hébron. La naissance d’Ismaël et d’Isaac, ainsi que les alliances établies, marquent des jalons dans l’histoire des nations et des lignées qui forment les peuples abrahamiques: judaïsme, christianisme et islam.
Les récits de guerre et de désert qui parsèment le texte servent à montrer que la foi d’Abraham est éprouvée par l’adversité, mais qu’elle demeure ferme. Abram est présenté comme un homme qui, même dans le désert et face à des ennemis puissants, demeure fidèle et obéissant à Dieu. Le récit des promesses répétées et du renouvellement de l’alliance illustre un chemin spirituel centré sur la confiance, la justice et la miséricorde divine.
Tableau récapitulatif des moments clés
| Épisode | Personnages | Éléments importants |
|---|---|---|
| Apparition près des chênes de Mambré | Abram, les trois visiteurs | hospitalité, promesse d’un fils |
| Nom et naissance d’Isaac | Sara, Abraham | Isaac, rire d’Sara |
| Alliances et promesses initiales | Abram, Melchisédek | dîme, bénédiction |
| Exil et retour | Abram, Lot | séparation, bénédictions |
| Alliance renouvelée | Abram/Abraham, Dieu | descendance innombrable, terre promise |

L'histoire d'Abraham et des trois étrangers
En définitive, l’histoire d’Abraham autour de l’hospitalité, de la promesse et de la foi se lit comme un chemin théologique et éthique: accueillir l’étranger, reconnaître la présence divine dans l’inattendu, et répondre avec générosité et justice. Cette dynamique traverse les siècles et nourrit les réflexions sur les rencontres interreligieuses et la construction d’une identité commune prisée par les traditions abrahamiques.
- Hospitalité et témoin divine - Abraham accueille les visiteurs comme Dieu lui-même et reçoit en retour la promesse d’un fils et la bénédiction divine.
- Foi et justice - Abram croit, et cela lui est attribué comme justice; sa fidélité se manifeste dans les gestes concrets et la générosité.
- Alliance et promesses - Dieu renouvelle sans cesse l’alliance et promet une descendance aussi nombreuse que les étoiles.