Obligation alimentaire et Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) : droits, exonérations et procédures en cas d’entrée en EHPAD

L obligation alimentaire est une dette réciproque entre descendants et ascendants dans le besoin. Le parent qui réclame l’obligation alimentaire doit être dans le besoin, c’est-à-dire dans l’impossibilité de pourvoir à sa subsistance (nourriture, vêtements, logement, santé...). L'enfant ou le petit enfant (pour les grand-parents) doit avoir des ressources suffisantes. Ainsi si le descendant n’a que le RSA ou l’AAH le juge pourra prendre en compte cette situation pour exonérer ce parent de l’obligation alimentaire.

En cas de difficulté de l’enfant ou de petit enfant à pouvoir subvenir aux besoins de son parent, il doit faire appel au juge aux affaires familiales (Jaf) du tribunal dont relève le parent ou l’enfant (en cas de saisine par le parent). La dynamique familiale et les ressources de chacun entrent alors en ligne de compte pour déterminer la contribution éventuelle.

Quand la question se pose-t-elle pour une entrée en EHPAD ?

Votre parent vient d’entrer en maison de retraite, mais il n’a pas les moyens d’en assumer entièrement le coût. Vous vous inquiétez alors de savoir si vous allez devoir contribuer financièrement alors que vous percevez l’AAH (allocation aux adultes handicapés) ? En effet, l’entrée en EHPAD d’un parent dépendant entraîne souvent un reste à charge important et le département peut réclamer une participation aux enfants au titre de l’obligation alimentaire. Mais que se passe-t-il quand ces enfants ont eux-mêmes des ressources très faibles ou vivent une situation de handicap ?

Qu’est-ce que l’AAH et à qui s’applique-t-elle ?

L’AAH est une aide financière destinée à assurer un minimum de ressources aux personnes en situation de handicap. Versée par la CAF ou la MSA, elle est soumise à plusieurs critères : taux d’incapacité d’au moins 80 %, ou entre 50 % et 79 % avec une restriction durable d’accès à l’emploi; être âgé d’au moins 20 ans (ou 16 ans si on n’est plus à la charge des parents); ne pas dépasser un certain plafond de ressources : en 2024, 12 193 € par an pour une personne seule et 22 069 € pour un couple. Le montant maximal de l’AAH s’élève à environ 1 033,32 € par mois pour une personne seule sans autres revenus.

AAH et exonération partielle ou totale de l’obligation alimentaire

La règle générale veut que les enfants soient tenus de participer aux frais de leurs parents lorsque ceux-ci ne peuvent plus subvenir à leurs besoins. Cette obligation est fondée sur les articles 205 et suivants du Code civil, et s’applique notamment lorsque le parent est hébergé en EHPAD et bénéficie de l’aide sociale à l’hébergement (ASH). Mais cette obligation n’est pas absolue. Le juge tient compte de la capacité contributive de chaque enfant. Ainsi, un descendant qui ne perçoit que l’AAH peut être exonéré de cette obligation alimentaire.

Pourquoi les bénéficiaires de l’AAH sont généralement exonérés de l’obligation alimentaire ? L’AAH est considérée comme un minimum social, au même titre que le RSA. Par conséquent, une personne qui en est bénéficiaire n’a pas les ressources suffisantes pour aider un parent à financer une maison de retraite. Le juge peut alors décider de l’exonérer totalement de cette contribution.

Autres motifs de dispense d’obligation alimentaire

En-dehors de la perception de minima sociaux comme l’AAH ou le RSA, d’autres situations peuvent être invoquées pour demander à être exonéré de l’obligation alimentaire:

  • Une rupture familiale grave : violences, abandon, retrait de l’autorité parentale, placement prolongé hors du foyer, condamnations pour crime ou agression sexuelle sur l’autre parent, adoption les titulant du statut de pupille de l’État, etc. Dans ces cas, exonération possible pour motifs légitimes avec preuves.
  • Une situation financière très difficile : endettement important, nombreuses charges, revenus modestes. Le juge peut décider d’une exonération partielle ou totale selon les éléments.

Qui décide de l’obligation alimentaire et comment se met en place la procédure ?

C’est généralement le conseil départemental qui initie la procédure lorsque qu’un parent est admis en EHPAD. Avant de verser l’aide, le département recherche les obligés alimentaires et leur envoie un questionnaire de ressources permettant de déterminer le montant de l’obligation alimentaire. Chaque obligé doit remplir ce formulaire et joindre les justificatifs de revenus et de charges. Le conseil départemental propose ensuite une contribution mensuelle. En cas de désaccord, le dossier est transmis au juge aux affaires familiales (JAF).

Comment contester une obligation alimentaire lorsque l’on perçoit l’AAH ?

Si vous recevez une demande d’obligation alimentaire alors que vous êtes bénéficiaire de l’AAH, voici les étapes à suivre :

  1. Répondez au questionnaire du département et ne laissez pas la demande sans réponse, même si vous n’avez aucune capacité contributive. Renvoyez les documents demandés et ajoutez une lettre expliquant que vos ressources ne permettent pas de contribuer.
  2. Joignez les pièces justificatives : attestation de versement de l’AAH, dernier avis d’imposition, justificatifs de charges (loyer, dépenses de santé, dettes…), et un certificat médical ou justificatif de handicap.
  3. En cas de désaccord, saisissez le juge : déposez une demande écrite au greffe du tribunal.
  4. Vous pouvez être assisté par un assistant social, une association de défense des personnes handicapées, ou un avocat (avec éventuelle aide juridictionnelle si ressources très faibles).

Contenu utile sur l’AAH et les saisies

En principe, l’AAH est considérée comme insaisissable et n’est pas saisissable pour des dettes ordinaires. Cependant, une partie peut être retenue pour payer une pension alimentaire fixée par un juge afin de protéger les enfants ou les proches. La CAF peut prélever sur l’AAH en cas de trop-perçu ou de décision administrative, avec possibilité d’échéancier ou recours gracieux.

Une note juridique rappelle que l’AAH peut être affectée lorsque des pensions alimentaires sont versées : leur déduction peut diminuer le montant de l’AAH perçu par le bénéficiaire, selon les règles fiscales et sociales en vigueur. L’AAH reste un minimum social garanti par l’État, non imposable et non soumis à des cotisations sociales, CSG ou CRDS.

Règles particulières relatives au PACS et à l’hébergement

Le PACS repose sur un devoir de solidarité matérielle, mais cette solidarité n’a pas la même portée que l’obligation alimentaire. Le partenaire de PACS peut être invité à contribuer dans des proportions mesurées, toujours en fonction de ses ressources, et toute demande doit être motivée et compatible avec sa stabilité financière.

Concernant l’aide sociale à l’hébergement (ASH) handicap, le cadre est protecteur: les enfants, les parents et les autres membres de la famille ne sont pas tenus de participer financièrement; le Département peut toutefois apprécier ce que chacun peut raisonnablement supporter et la participation doit être proportionnée et réaliste. L’aide sociale peut être accordée lorsque les ressources du demandeur et des obligés ne suffisent pas.

Points de jurisprudence et mises à jour

Différentes dispositions et mises à jour influent sur l’interprétation de l’obligation alimentaire et des aides sociales. Des éléments tels que l’âge, l’antériorité du handicap, ou des décisions du JAF et de la jurisprudence (Cass. civ.) guident les décisions relatives à l’exonération ou à la contribution des obligés alimentaires. Les mises à jour récentes concernent les dérogations à l’obligation alimentaire en cas de demande d’aide sociale du parent et des précisions sur l’ASH et les ressources des obligés.

Infographie: Schéma des flux de ressources lors d’une entrée en EHPAD et calculation de l’obligation alimentaire

Le Calcul de l'Obligation Alimentaire en Bref

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