Toutefois le Gabon, comme la France, tiennent à maintenir cette relation privilégiée et, en ce sens, on ne peut que se réjouir de l’appui affirmé de la France, grâce aux financements mis en place sur Santé (PASS), et Éducation (PISE) menés par l’AFD, mais aussi du soutien de la France à l’accord signé avec le FMI, matérialisé par l’aide budgétaire significative.
On parlait même de 2021 comme l’année du « rattrapage » pour de meilleures perspectives d’avenir qui tendent à diversifier l’économie locale.
Reste le plan « politique », là le dialogue se poursuit et l’on peut constater, à la différence sans doute d’autres pays, que le Gabon s’efforce, par convictions et librement, de faire valoir les axes de démocratie, de respect de Droits de l’Homme, et donc de respect mutuel et de confiance entre les 2 pays.
Mais ne rêvons pas, on ne peut idéaliser cette relation, d’autres contribuent au développement du Pays, dans des domaines pas toujours comparables à la performance de la France.
On le disait au sujet des pays asiatiques, on peut y rajouter cet accord récent avec le « Commonwealth ».
On peut comprendre une certaine nostalgie, exprimée, il n’y a pas si longtemps par l’Ambassadeur de France, Philippe Autié, qui, au fond, convient que cette nouvelle trajectoire du Gabon existe, tout en restant confiant en l’avenir.
La tendance doit aller vers ce renforcement de l’investissement Français en termes d’équipements électriques et aussi du secteur minier.
La convention de cession de gestion d’une partie des activités portuaires à des groupes privés signée par le gouvernement gabonais via l’OPRAG semble être à l’origine du coût de vie élevé observé dans notre pays, le Gabon.
N’est-il donc pas temps aujourd’hui de revoir ces différents contrats qui plombent l’économie gabonaise plutôt que de la relever?
L’économie d’un pays côtier comme le Gabon est basée en grande partie sur les activités portuaires.
Le port est en effet le centre névralgique de l’économie de notre pays car c’est par là que les grands échanges avec l’extérieur se font.
Le Gabon qui vit à plus de 80% de produits importés reste tributaire de la manière dont les ports sont gérés.
En clair, les conséquences d’une telle situation sont néfastes.
A ce propos, certaines études confirment que « les coûts trop élevés du transport maritime, du camionnage, de l’acconage, de la manutention et du transit font en sorte que le prix du kilogramme de riz aliment de base au Gabon, soit 3 à 5 fois plus élevé que dans le reste de la sous-région ».
Et il en va de même pour l’ensemble des produits de consommation.
32 du coût lors que le camionnage entre en ligne de compte à hauteur de 25% du coût.
Le transit, transport inclus, représente quant à lui en moyenne 20% du coût et les redevances portuaires 10%.
En effet, sans trop savoir pourquoi, le gouvernement gabonais avait concédé la gestion d’une partie des activités des ports à deux sociétés;
Ainsi, courant 2007, l’OPRAG signera une convention avec Gabon Port Management, filiale du groupe Porteck d’une durée 25 ans sur l’exploitation partielle des deux sites portuaires d’Owendo et de Port-Gentil.
Au courant de la même année, plus précisément le 15 mai 2007 une autre convention est signée avec le groupe Bolloré à travers la Société de Terminal à Containeurs du Gabon.
Une convention de concession qui lui transfère pour une durée 20 ans l’exclusivité du service public dans l’étude de l’aménagement, de la gestion et de l’exploitation du terminal à containeurs d’Owendo, comprenant les opérations de manutention bord de terre, chargement, déchargement des navires, transfert, déplacement, levage à toute manipulation et prestation liées aux opérations import et export de containeurs dans l’enceinte du port d’Owendo et de son environnement immédiat.
Pour une source qui a requis l’anonymat, « les concession accordées à GPM et à STCG ont été une vraie mascarade.
L’on se demande comment des hommes réfléchis ont pu donner autant de pouvoir à des groupes privés pour gérer les ports du Gabon.
L’autorité portuaire est quasi impuissante devant ces lobbys qui dictent leur loi dans le port.
La seule volonté de l’actuel Directeur général qui est arrivé dans la maison OPRAG ne peut donc suffire pour revoir le contenu de ces conventions qui courent encore pour 10 ans pour l’un et 12 ans pour l’autre.
Le chef de l’Etat devrait se saisir de ce dossier.
A cet effet, un juriste bien outillé n’a pas hésité à dénoncer cette convention quelques mois seulement après sa signature en la qualifiant de marché de dupe qui ne profite pas à l’Etat.
« Cette convention est un scandale. Comment comprendre que Bolloré s’octroie un monopole pour la gestion de nos ports.
Pour que la volonté affichée par le chef de l’Etat porte des fruits, il devrait déjà commencer par revoir les accords de cette convention qui en réalité est une force centrifuge qui s’oppose à la politique contre la vie chère.
Si non, comment comprendre que les dépenses d’un containeur de la Chine à Owendo soient inférieures à celles d’un containeur qui part du port d’Owendo pour Libreville.
En 59 ans d’indépendance, Omar Bongo Ondimba et son fils Ali Bongo Ondimba totalisent à eux seuls 52 ans de règne sans partage à la tête du Gabon.
Le 17 août 1960, l’indépendance du Gabon, ancienne colonie française, est proclamée.
En février 1961, Léon Mba devient président.
En décembre 1967, à la mort de Léon Mba, Albert-Bernard Bongo accède au pouvoir.
De janvier à avril 1990, de graves troubles sociaux tournent à l‘émeute.
En mai, le multipartisme est adopté, mais Omar Bongo remporte toutes les élections présidentielles (1993, 1998 et 2005) face à une opposition qu’il parvient à diviser ou rallier à sa cause.
Le 16 octobre 2009, Ali Bongo Ondimba, fils d’Omar Bongo décédé en juin, est investi président.
Il avait été élu en août lors d’un scrutin contesté.
Rapidement, l’opposition dénonce une “dérive autoritaire” et une “personnalisation du pouvoir”.
Cette thèse, vigoureusement démentie par le pouvoir, affirme que le président est un enfant nigérian adopté par Omar Bongo pendant la guerre du Biafra, à la fin des années 1960.
La polémique a fait l’objet de plusieurs procédures judiciaires en France et au Gabon.
Le 31 août, la commission électorale annonce la réélection d’Ali Bongo, devant son adversaire Jean Ping.
Ces troubles font trois morts selon les autorités, une trentaine, selon l’opposition.
Le 2 septembre 2016, Jean Ping se proclame “président élu”.
Le 24 octobre 2018, Ali Bongo est victime d’un accident vasculaire cérébral en Arabie saoudite.
Il est hospitalisé pendant plus d’un mois à Ryad, puis transféré à Rabat.
En novembre, une partie de ses pouvoirs est transférée au Premier ministre et au vice-président.
Le 7 janvier, un groupe de militaires appelle à un soulèvement, dans une apparente tentative de coup d’Etat.

Libreville, 16 août 2020 (AFP) Arrivée des voyageurs à l'aéroport de Libreville, l'humidité équatoriale embaume l'air, mais une seconde plus tard, c'est un effluve plus inattendu qui effleure les narines: celui des croissants tout juste sortis du four de la boulangerie française qui fait face au terminal.
Alors que le pays célèbre lundi ses 60 ans d'indépendance, "les Français sont chez eux au Gabon, ils ont leurs boutiques, leurs restaurants", se moque Annie, gérante gabonaise d'un bar-maquis.
Et les Gabonais qui fréquentent les même lieux? "Eux, ils se croient en France".
Dès la décolonisation, le Gabon se distingue des autres pays d'Afrique francophone: le président Léon Mba réclamait la départementalisation, et l'indépendance de 1960 est imposée par Paris.
"L'imaginaire né de cette acte fondateur continue de hanter les rapports entre la France et le Gabon" comme le paysage de la capitale, estime le sociologue-anthropologue gabonais Joseph Tonda.
Depuis l'aéroport, embranchement de droite: le boulevard de l'Indépendance s'étend le long du bord de mer jusqu'au centre politique.
Sur la gauche, la résidence de l'ambassadeur de France est nichée sur les hauteurs d'un immense parc arboré.
Dans ce jardin tropical français, un bal grandiose est donné chaque 14 juillet.
Verre de champagne à la main, ministres influents comme opposant battu à la présidentielle s'y pressent pour trinquer à l'amitié franco-gabonaise.
Le domaine ferait presque de l'ombre, cinq kilomètres plus loin, au palais présidentiel doré construit par Omar Bongo Ondimba, placé au pouvoir par la France en 1967 et qui dirigea le pays durant 42 ans.
"Le Gabonais a une patrie, le Gabon, et une amie, la France", disait-il.
Jusqu'à sa mort en 2009, il a été l'un des symboles de la "Françafrique", l'ensemble de relations politiques, d'affaires parfois entachées de scandales, nouées par la France avec ses anciennes colonies.
"La France au Gabon ? Ce n'est plus ce que c'était"
Riche en pétrole et en uranium, le Gabon, deux millions d'habitants, a longtemps constitué un pays clé pour la France sur le continent.
L'idée selon laquelle il est impossible de devenir président sans l'aval de la France reste très répandue au Gabon.
"Et lorsque les opposants doivent s'exiler, c'est en France qu'ils trouvent refuge", remarque le professeur Tonda.
Retour à l'aéroport, embranchement à gauche: une muraille grise hérissée de barbelés s'étire sur des kilomètres.
Bienvenue au Camp De Gaulle, l'une des quatre bases militaires françaises en Afrique, avec près de 400 soldats.
"La France au Gabon? Ce n'est plus ce que c'était, nous n'avons plus l'influence que nous avions sous le père Bongo", tempère une source sécuritaire française à Libreville.
A la mort d'Omar en 2009, son fils Ali lui succède et promet de mettre fin à la relation quasi exclusive avec l'ancienne puissance coloniale.
Une dizaine d'années plus tard, l'Hexagone a perdu du terrain sur le plan économique au profit d'investisseurs, principalement asiatiques, qui ont repris des secteurs stratégiques, comme l'exploitation du bois ou la gestion du port, constate l'analyste économique Mays Mouissi.

Dans le quartier industriel, les immeubles et hôtels chinois ont poussé comme des champignons.
Et en 2014, la Chine est devenue le premier partenaire commercial.
"Mais la Chine ne fait pas autant rêver que le pays de l'ancien colonisateur", soutient M. Tonda.
L'ambassadeur de France, Philippe Autié, évoque une "profonde proximité culturelle".
"Cette parenté est durable car elle touche à l'histoire et à l'identité (...), mais aussi parce qu'elle est attendue et voulue par nos deux pays", ajoute-t-il.
Les produits français sont partout
Dans les supermarchés gabonais fréquentés par les plus aisés, les produits français sont partout: beurre, camembert, lait...
"La consommation du Gabon est liée à son histoire avec la France, car nous avons hélas, une faible production gabonaise", affirme Alain Rempanot Mepiat, conseiller du PDG de Ceca-Gadis, le premier distributeur du pays, dont près de 80% des produits arrivent de France.
L’Hexagone reste le premier fournisseur du Gabon. Notamment pour la boisson: Bourgogne ou Bordeaux, les bouteilles, de la piquette aux grands crus, remplissent des rayons entiers.
Dans les "matiti", les quartiers populaires, on préfère la Régab, bière locale mais brassée par le groupe français Castel, présent depuis les années 1960.
Dans ce labyrinthe de baraques délabrées, les paraboles Canal+ du Français Bolloré surmontent les toits de tôle.
Touche rose bonbon dans ce paysage grisâtre: les stands du PMUG, où se pressent les Gabonais épris de paris hippiques.
Propriété de l'homme d'affaire corse Michel Tomi, le PMUG promet "de changer de vie" contre quelques francs CFA, en pariant sur les courses de Longchamp ou Vincennes, en région parisienne.
Pour certains Gabonais, la présence française "agresse", comme le chante le célèbre rappeur Lord Ekomy Ndong, demandant: "A quand une base militaire congolaise en plein Paris?".
Mais pour d'autres, la relation franco-gabonaise importe peu.
Gabon: documentaire vidéo de la colonisation par la France
La crise politique post-électorale affaiblit ce pays pétrolier déjà frappé par la chute des cours de l’or noir et une baisse de rendement de ses gisements.
Ali Bongo Ondimba, le président gabonais récemment réélu dans le bruit et la fureur, rêvait que la zone économique spéciale de Nkok soit le reflet de l’économie nationale : créatrice d’emplois industriels et de services, innovante, technologique, écologique…
Hélas, à ce jour, ce n’est qu’un îlot de dynamisme posé au milieu d’un océan économique déprimé par l’effondrement des cours de l’or noir dans ce pays qui s’est trop longtemps reposé sur ses rentes pétrolières.
Créée en 2012, la Gabon Special Economic Zone de Nkok (GSEZ) ne fut, pendant ses trois premières années d’existence, qu’une vaste friche installée à 27 km à l’est de la capitale Libreville.
Une friche de 1 600 hectares gagnés sur la forêt secondaire qui recouvre l’essentiel du territoire de ce pays d’Afrique centrale riverain de l’océan Atlantique.
L’opposition raillait cet énième grand chantier sorti de la tête du président Ali Bongo.
Ce fan de courses automobiles avait été élu pour un premier septennat en 2009 sur la promesse de conduire à toute vitesse sur le chemin de l’émergence un pays dont le développement a lambiné durant les quarante-deux années de pouvoir de son père.
« Omar Bongo Ondimba dirigeait le pays en chef de village, Ali rêve de le gérer comme un chef d’entreprise », résume un de ses proches.
Avantages fiscaux et douaniers
Aujourd’hui, contrairement à d’autres grands projets dans les limbes, la GSEZ affiche un bilan dont le chef de l’Etat n’a pas à rougir sur un continent handicapé par sa sous-industrialisation.
Soixante-cinq investisseurs ont acquis des parcelles pour y installer des sites de production tournés vers l’exportation et actifs dans le secteur de la transformation du bois, de la sidérurgie, de la chimie, de l’agro-industrie, des matériaux de construction.
On y trouve aussi de la haute technologie avec l’Agence gabonaise d’études et d’observations spatiales (Ageos), partenaire du Centre national d’études spatiales français (CNES) et de la Nasa américaine, entre autres.
Sans doute que les avantages fiscaux et douaniers ne sont pas étrangers à leur installation sur le site.
Mais pas seulement. La GSEZ offre d’autres atours.
Dans un pays encore soumis au délestage électrique, la zone de Nkok est énergétiquement autonome, y compris pour l’alimentation en eau et en gaz.
Elle est branchée sur la fibre optique garantissant des connexions à haut débit.
Elle est directement reliée aux axes de communication routiers, fluviaux et ferroviaires.
Un rêve inaccessible à la plupart des Gabonais vivant hors des centres de Libreville ou de Port-Gentil, la capitale économique, soumis aux aléas boueux de la saison des pluies.
Sans compter « un guichet unique rassemblant des représentants des principaux ministères qui facilite la vie des entrepreneurs dans un pays qui a hérité de la lourdeur administrative de l’ancienne puissance coloniale [la France] », explique Armel Mensah, administrateur de la zone.
En résumé, la GSEZ, c’est un peu le film négatif d’une photographie du Gabon.
La genèse du projet partait d’ailleurs du constat que l’on ne pouvait envisager le développement du pays en continuant comme avant.
C’est-à-dire en se reposant, pour l’essentiel, sur les revenus tirés de l’exploitation pétrolière, portés par une conjoncture favorable mais redistribués de façon opaque par un système clientéliste entretenu, alimenté, manipulé par Omar Bongo Ondimba.
Son fils Ali, longtemps ministre durant la présidence de « papa », avait donc promis de rompre avec cela.
A l’instar de Paul Malekou, pourtant un cacique de l’ancien système, « beaucoup pensèrent qu’Ali [Bongo Ondimba] était le seul à pouvoir nettoyer les écuries d’Augias, à mettre un terme à la gabegie financière, à la corruption et qu’il allait enfin changer et développer le pays après des années d’inaction.
Mais il n’a rien fait », juge-t-il sévèrement.
Le président, lui, défend « un bilan globalement positif » en mettant en avant un début de diversification économique, « des investissements dans les infrastructures et les technologies comme jamais il n’y en avait eu auparavant ».
« Ce n’est pas en sept ans que l’on peut changer un pays », défend Arnauld Engandji-Alandji, qui dirige la Gabon Oil Company, opérateur public et gérant des participations de l’Etat dans tous les gisements du pays.
« Timides réformes »
Il n’en demeure pas mois que le Gabon est encore « quasi entièrement dépendant du secteur pétrolier qui représente près de 80 % des exportations, 60 % des recettes budgétaires et 40 % du PIB », écrit Benjamin Augé dans une note de l’Institut français de relations internationales (IFRI).
« Les timides réformes engagées pour conduire [la] diversification n’ont pas encore payé », ajoute-t-il.
D’autant que le pays a été frappé de plein fouet par l’effondrement des cours du brut et la chute de la production - passée de 365 000 barils jour en 1996 à 235 000 vingt ans plus tard - consécutive à l’essoufflement des gisements et à l’absence de découvertes significatives ces dix dernières années.
« Les nouveaux gisements potentiels sont dans des eaux profondes ou très profondes qui induisent des coûts très élevés », reconnaît Arnauld Engandji-Alandji.
Conséquence immédiate de cette déprime pétrolière, Port-Gentil, la capitale économique, souffre.
Selon les chiffres de l’Organisation nationale des employés du pétrole (ONEP), plus de 2 500 emplois y ont été supprimés, essentiellement par les entreprises sous-traitantes des exploitants pétroliers.
A cette crise des cours mondiaux se superpose dorénavant un environnement national incertain depuis l’explosion de violence qui a accompagné l’annonce de la réélection d’Ali Bongo, début septembre, au terme d’un processus électoral entaché de suspicions de fraudes.
La société française d’assurance-crédit Euler Hermes s’inquiète ainsi des conséquences du « tumulte politique qui agite actuellement le Gabon et qui représente, à terme, un réel danger pour la stratégie de diversification entamée par le gouvernement.
L’incertitude politique n’est guère appréciée par les investisseurs, et joue négativement sur leur confiance.
Or, sans ces investisseurs, il sera difficile pour le Gabon de financer la diversification de l’économie nationale.
D’ailleurs, les Investissements directs étrangers (IDE) ont déjà diminué de 38 % en 2015 ».
Rien ne dit que le nouveau gouvernement, nommé début octobre et issu de ce scrutin contesté, disposera de la légitimité suffisante pour relever ce double défi : rétablir la confiance auprès de ses partenaires étrangers et de sa population.
Christophe Châtelot