Robert Tatin : une vie d’artiste itinérante et palette polyphonique

En 1909, il s’assoit sur les bancs de l’école communale, jusqu’au certificat d’études. Il commencera ensuite son entrée dans la vie professionnelle par un apprentissage de peintre en bâtiment. Dès 1918, il s’installe à Paris à dix-sept ans en tant qu’ouvrier peintre-décorateur. En parallèle, il étudie le dessin et la peinture en fréquentant des académiques libres. A vingt-huit ans, en 1930, il crée à Laval son entreprise en bâtiment qui s’accroit très rapidement. C’est une période prospère pendant laquelle Tatin voyage beaucoup.

En 1945, profondément marqué par les horreurs de la guerre, il décide de se lancer dans une vie artistique sans concessions. C’est un tournant capital dans sa vie de créateur. En 1947, il crée à Paris un atelier de céramique et de peinture. En 1950, Tatin décide de quitter la France. Il part pour le Brésil et travaille d’abord pour Matarazzo Sobrhino comme peintre, sculpteur et céramiste. Il fait partie d’une équipe de techniciens et de chimistes qui étudie les hautes températures. Tatin approfondit ses connaissances dans le domaine de la céramique.

En 1951, il expose à la première biennale de Sao Paulo et obtient le premier prix de sculpture. Il traversera ensuite l’Amérique du Sud : Argentine, Uruguay, Paraguay et Chili jusqu’à la Terre de Feu. Au contact des Amérindiens, Tatin se libère complètement des dogmes académiques et élargit son registre de formes et de couleurs. De retour en France en 1955, il s’installe à Vence, travaille à Laval et à Paris. Dans le domaine de la peinture, c’est à cette période qu’il affirme toute l’étendue de sa technique picturale.

Il expose à Paris, notamment dans la Galerie de l’Université de Robert Steindecker, devenu son mécène. « Traces 40. Robert Tatin présente le Tatin de la Frénouse, l’oeuvrier. Suivi de : Vive la Rate !… », Michel-François Lavaur. Le Pallet. « Etrange musée, Robert Tatin en Frénouse à Cossé-le-Vivien, Mayenne ». Librairie Charpentier 1977. Préface de Otto Hahn. Robert Tatin. Paris, Librairie Charpentier, 1960.

Étrange musée, Robert Tatin en Frênouse à Cossé-le-Vivien, Mayenne. Librairie Charpentier 1977. Écriture par Robert Tatin. L’étrange domaine de Robert Tatin. Simoën, 1977. L‘univers de Robert Tatin. Groupe Célestin Freinet. Robert Tatin est né à Laval en 1902. Après y avoir passé son enfance et son adolescence, il s'installer à Paris en 1918, où il exerce de nombreux emplois et s'adonne à diverses activités artistiques. Il s'inscrit aux cours libres du peintre Vilvoski à la Grande Chaumière, ainsi qu'aux cours du soir à l'école des Beaux-arts de Paris et aux Arts appliqués.

En 1924, après son service militaire, il retourne à Laval où il travaille avec son beau-père compagnon charpentier. Fort de ses différents apprentissages et expériences, il finit par monter, en 1930, son entreprise de bâtiment à Laval, entreprise qu'il développe en y ajoutant la décoration, la peinture en bâtiment et la tapisserie. Robert Tatin voyage beaucoup (nombreux pays européens, mais aussi en Afrique du Nord et à New York). Il monte un atelier de céramique à Paris au sortir de la guerre. L'après-guerre est, pour lui, le moment où l'art prend le pas sur l'artisanat. Il se fait alors connaître en tant qu'artiste auprès de différents critiques et côtoie les grands noms du monde des arts tels Dubuffet, André Breton, Paulhan, Prévert, Giacometti, Cocteau ou Benjamin Péret. C'est à leurs côtés qu'il participe activement à la reconstruction de la vie culturelle parisienne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

En 1950, l'Amérique du Sud, où il voyage pendant cinq ans, lui offre une notoriété internationale ; il s'imprègne de la culture amérindienne. Tout au long de sa vie, Robert Tatin ne cessera jamais d'étudier, de suivre des formations, de lire et de s'informer. Avec cette palette de formations et grâce à une pratique sans relâche, Robert Tatin est récompensé à plusieurs reprises par les professionnels de l'art : il remporte, notamment, le premier prix de sculpture à la première Biennale de Sao Paulo en 1951, et, à Paris en 1961, le prix de la Critique. A partir de 1962, à l'âge de soixante ans, Robert Tatin s'installe en Mayenne, au lieu-dit La Frénouse à Cossé-le-Vivien (près de Laval) : le sculpteur-peintre-céramiste peuplera une vieille ferme de statues polychromes qui figurent son aventure intérieure.

Au-delà des oeuvres actuellement en stock, il m’a semblé utile de vous donner à voir ou à connaître d’autres oeuvres de l'artiste. Ces pièces, vendues ou retirées de la vente, ont été dans le stock de la galerie dans un passé récent. Cette rubrique vous permettra de mettre une image sur un titre ou l’inverse, ou tout simplement d’en découvrir un peu plus sur l’oeuvre de l'artiste. Quelle que soit la raison, pour le plaisir des yeux !

Lithographie originale, signée au crayon par l'artiste. Tampon sec de l'éditeur en bas à gauche. Non réalisé à ce jour. Robert Tatin, Pierre Gueguen, Henry Galy-Carles, Ed. Librairie Charpentier, Paris, 1960. Robert Tatin, Robert Steindecker, catalogue d'exposition, Galerie de l’Université, Paris, 1968. Étrange Musée, Otto Hahn, Ed. Librairie Charpentier, Paris, 1977. L'étrange domaine de Robert Tatin, R. et B. Jeandelle, Ed. Simoën, Le pré au Clercs, 1977. L'univers de Robert Tatin, Ed. Robert Tatin est mort le 16 décembre 1983 à Cossé-le-Vivien (Mayenne).

Au lieu-dit « La Frênouse » qui avait été choisi par l'artiste pour son histoire, mais aussi pour son orientation Est-Ouest, dans le jardin devant sa maison, il repose sous une pierre tombale, conformément à ses vœux. Le Musée Robert Tatin s'articule aujourd'hui autour cette très ancienne maison, que l'artiste a restauré pendant les 21 dernières années de sa vie, point de départ de son oeuvre. En son hommage, une anémone des bois. "Mystique ou autodidacte, qui est ce Tatin qui ne s'exprime que par calembours ou paradoxes ? Compagnon de Rabelais, frère d'Alfred Jarry et du douanier Rousseau, de neuf ans le cadet d'Alain Gerbault, Robert Tatin est un philosophe sans philosophie.

« Robert Tatin ne prétend pas que ses statues soient supérieures à celles de Rodin ou plus modernes que les mobiles de Calder. » « Robert Tatin est en devenir. Je veux réhabiliter l’œuvre de toute une vie. »

portrait de Robert Tatin et son musée

Reportage : Le Musée Robert Tatin

Réalisme biographique et horizons artistiques

Le parcours de Robert Tatin oscille entre artisanat, architecture et art total. Ses débuts comme ouvrier peintre-décorateur s’inscrivent dans une formation autodidacte et des cours libres, qui forment un socle technique solide avant la percée dans les arts plastiques. Son expérience parisienne des années 1918-1924, associée à ses voyages et à ses rencontres avec les arts contemporains, façonnent un langage personnel qui mêle sculpture, céramique et peinture.

La période post-Seconde Guerre mondiale marque une mutation profonde: l’artiste associe l’atelier, le laboratoire technique et le plein exercice de l’imaginaire. Ses voyages en Amérique du Sud et son immersion dans les cultures amérindiennes élargissent son vocabulaire formel et chromatique, jusqu’à faire naître ce qu’on peut appeler un iconisme familier et accessible, loin des dogmes académiques. À Paris et en Mayenne, il développe une œuvre environnementale qui associe sculpture, céramique et peinture murale dans une même démarche spatiale.

Le musée qu’il organise à Cossé-le-Vivien devient le squelette vivant d’une aventure artistique: une ferme polychrome peuplée de statues qui racontent son itinéraire intérieur. L’homme, décrit comme un philosophe sans philosophie, s’efforce de rendre visible une pensée par la matière et la couleur, sans hiérarchie entre artisanat et art, mais avec une ambition de reconstruction culturelle après les guerres.

Héritage et reconnaissance

Les expositions parisiennes et sud-américaines, les prix reçus et les collaborations avec des critiques et mécènes témoignent d’une reconnaissance internationale progressive. À Sao Paulo, le premier prix de sculpture en 1951 et, en 1961, le prix de la Critique à Paris, marquent des jalons dans sa carrière. Son œuvre continue d’alimenter discussions et recherches, notamment dans les catalogues et les monographies qui évoquent sa démarche entre architecture, sculpture et céramique.

tags: #robert #tatin #jeune