Diversité et polymorphisme génétique du pois chiche (Cicer arietinum): étude des souches nodulantes, diversification génétique et implications taxonomiques

Le pois chiche (Cicer arietinum L.) est une espèce rustique appartenant à la famille des légumineuses et joue un rôle clé dans l’agriculture durable par sa capacité à fixer l’azote grâce à une symbiose avec des rhizobiums. Les souches nodulantes du pois chiche présentent une diversité fonctionnelle (infectivité, efficience) et physiologique (croissance rapide ou lente). Dans ce cadre, les approches génomiques et phénotypiques offrent des pouvoirs discriminants variés, et une bonne corrélation a été observée entre les différentes méthodes utilisées.

Origine et répartition de la domestication du pois chiche

Les génomes de 429 variétés de pois chiche provenant de 45 pays ont été séquencés, situant l’origine géographique de la domestication au Moyen-Orient et ouvrant la voie à l’amélioration génétique des cultures. Le Croissant fertile représente sans doute le centre principal de diversité du pois chiche, domestiqué il y a au moins 9000 ans, tandis que l’Éthiopie serait le deuxième centre majeur de diversité après avoir été introduite dans cette région plus tôt. Le pois chiche aurait été apporté en Inde depuis le Moyen-Orient via l’Afghanistan il y a plus de 4000 ans. Cette étude fournit des bases solides pour comprendre la domestication et la divergence post-domestication.

Implications agronomiques et nutritionnelles

Le pois chiche est une source majeure de protéines végétales, adaptée à des régimes sans gluten et pouvant remplacer partiellement les protéines animales. Sa capacité à enrichir le sol en azote et son potentiel de résistance au stress hydrique en font une plante particulièrement pertinente face au changement climatique, notamment en Europe et dans les zones semi-arides. Les chercheurs ont identifié des gènes candidats liés à 13 caractères agronomiques, y compris des caractères de tolérance à des températures élevées et à des rendements accrus, ce qui promet d’améliorer les variétés face à la sécheresse et à la chaleur.

Diversité génétique et systèmes nodulants

Dans une étude distincte, 30 souches isolées de pois chiche (Cicer arietinum L.) ont été examinées, dont 16 issues de collections de divers origines géographiques. Ces souches ont été comparées entre elles et avec des souches de référence appartenant aux Rhizobiaceae, en utilisant des approches allant de l’ADN/ADN et séquences du gène 16S rRNA, au polymorphisme des fragments de restriction des gènes ribosomiques 16S-IGS, isoenzymes, profils trophiques (auxanogrammes), tests phénotypiques et tests d’infectivité/efficacité sur différents cultivars de pois chiche. Une bonne corrélation a été trouvée entre ces méthodes.

Les résultats démontrent que toutes les souches appartiennent au genre Rhizobium et se divisent en deux grands groupes divergents, A et B. Les souches du groupe B sont homogènes et proches de Rhizobium loti mais distinctes de cette espèce et ont été classées comme Rhizobium ciceri. En revanche, le groupe A est beaucoup plus hétérogène et représente au moins trois espèces génomiques; l’une d’elles appartient à la branche 16S-ARNr de Rhizobium loti-Rhizobium ciceri-Rhizobium huakuii. Ce groupe montre une divergence suffisante pour justifier la création d’une nouvelle espèce, Rhizobium mediterraneum, quelle que soit la méthode de caractérisation utilisée.

Approches et méthodes de caractérisation

Les approches utilisées pour caractériser les souches nodulantes et évaluer leur diversité incluent: l’homologie ADN/ADN, les séquences du gène 16S rRNA, le polymorphisme des espaces intergénétiques 16S-IGS, le polymorphisme enzymatique (isoenzymes), les profils trophiques (auxanogrammes), les tests phénotypiques et les tests d’infectivité/efficacité sur différents cultivars de pois chiche. Une analyse de corrélation indique une convergence des résultats entre les méthodes, renforçant la fiabilité des classifications taxonomiques proposées.

Par ailleurs, les génomes de 429 variétés de pois chiche ont été séquencés, fournissant une panoramique exhaustive de la diversité génétique, des origines et des caractères agronomiques majeurs. Cette double approche génomique et phénotypique permet de relier les profils génétiques des souches nodulantes à leurs performances agronomiques et à leur adaptation à divers environnements.

Applications et perspectives pour l’amélioration des cultures

Comprendre la diversité des souches nodulantes et classifier correctement les espèces du genre Rhizobium permet non seulement d’améliorer l’inoculation et l’efficience de la nodulation, mais aussi de guider les programmes de sélection pour des variétés plus résistantes au stress hydrique et adaptées à une large gamme d’humidité saisonnière. L’identification de gènes candidats associés à des caractères agronomiques et la cartographie des origines du pois chiche fournissent des outils indispensables pour les efforts de domestication et de diversification génétique.

  • Les analyses de diversité et les classements taxonomiques clarifient les relations entre souches nodulantes et espèces apparentées.
  • Les résultats de l’analyse fonctionnelle et génomique soutiennent l’identification de lignées candidates pour l’amélioration des traits agronomiques et de tolérance au stress climatique.
  • La connaissance des origines domestication et des centres de diversité éclaire les stratégies de collecte et de conservation des ressources génétiques.

En somme, l’intégration des données phénotypiques et génomiques ouvre la voie à des améliorations génétiques ciblées des variétés de pois chiche, afin d’accroître la productivité, la résilience au changement climatique et la valeur nutritionnelle des récoltes à l’échelle mondiale.

carte des origines et centres de diversité

Tableaux et données pertinentes

AspectConstat clé
Groupes de souches nodulantesGroupe A hétérogène (au moins 3 espèces génomiques); Groupe B homogène (Rhizobium mediterraneum proposition)
Approches utiliséesADN/ADN, 16S rRNA, 16S-IGS, isoenzymes, auxanogrammes, tests d’infectivité/efficacité
Origines domesticationMoyen-Orient comme centre principal; Éthiopie comme second centre
Projets de séquençage429 variétés de 45 pays; implications pour la diversité et l’amélioration

[Conférence] - M. TENAILLON - La domestication des plantes : Processus et Conséquences

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