Il y a un vrai problème systémique" de sexisme dans le milieu médical, dénonce Olivier Milleron, cardiologue à l'hôpital Bichat à Paris, signataire d'une tribune dans Le Monde. Nous faisons partie du problème et de la solution", affirme-t-il sur France Inter, entouré d’une centaine d’étudiants, internes et professeurs masculins qui soutiennent leurs consœurs. « L'idée est que les hommes médecins fassent le constat publiquement que nous avons été élevés, éduqués dans un système sexiste et que, probablement, certains d'entre nous avons participé, au moins par le silence, à ce que des femmes le subissent », explique-t-il.
Des enquêtes récentes chiffrent l’ampleur du problème: « La moitié des femmes médecins disent avoir été victimes de violence sexiste ou sexuelle de la part d'un autre médecin », révèle une étude de l’Ordre des médecins publiée en novembre dernier. Les témoignages décrivent « des fresques à caractère sexuel », des mimes « d'actes sexuels » dans les salles de garde et une culture qui n’a « jamais été présentée comme étant problématique ».
À partir de maintenant, il nous semble important que les hommes s'opposent aussi à ces violences. Nous faisons partie du problème et de la solution », affirme Milleron, appelant à une dénonciation publique lorsque des actes problématiques surviennent. Cette tribune précise que l’objectif n’est pas d’accabler les coupables mais de reconnaître le caractère systémique du phénomène et d’y jouer chacun son rôle au quotidien.
Sur le terrain, les femmes subissent des retours cliniques et des stéréotypes profondément ancrés. Anne, toxicomatrice d’un protocole de chimiothérapie, décrit des douleurs gynécologiques persistant malgré les traitements et une réponse insuffisante de la médecine qui oscille entre minimisation et pathologisation. Elle finit par un diagnostic d’atrophie vaginale après une visite chez une gynécologue parisienne spécialisée, démontrant que les douleurs ne sont pas « dans sa tête ». Des phrases assassines se substituent alors à une écoute adaptée : « C’est dans votre tête », « Ne soyez pas douillette ! », « Il faut être patiente ».
Des chercheuses telles que Catherine Vidal et Muriel Salle soulignent les biais du système: les femmes restent sous-représentées dans les essais cliniques et les résultats des recherches restent majoritairement calibrés sur le corps masculin. L’infarctus du myocarde illustre ce décalage: des symptômes similaires peuvent être mal interprétés selon le sexe, menant à des retards de prise en charge et à une perte de chance. Des taux élevés d’effets secondaires chez les femmes ont aussi été relevés lors de essais cliniques menés aux États-Unis dans les années 1990, renforçant la nécessité d’imposer une approche genrée dans les recherches et les traitements.
Le manque de considération des spécificités féminines se reflète aussi dans les campagnes de dépistage et dans l’industrie pharmaceutique. De plus, les médecins et les chercheurs ne sont pas exempts de clichés: les femmes sont vues comme des « petites » et « faibles », les hommes comme des figures de force et de rationalité. Cette vision influence les diagnostics, les traitements et la relation patient-médecin, et se répercute dans les choix de carrière et les possibilités de progression des femmes dans les hôpitaux.
Autre dimension du problème: une ségrégation professionnelle forte. Bien que la proportion de femmes augmente dans les amphis, elles restent sous-représentées dans les postes de direction et dans les spécialités à forte reconnaissance sociale, comme la chirurgie. Le « sexisme ordinaire » se manifeste aussi dans les interactions quotidiennes: les patients orientent instinctivement le regard vers l’infirmière lorsque une femme médecin entre dans la salle, et les échanges hiérarchiques peuvent amplifier des comportements sexistes.
Plus largement, l’histoire montre que le sexisme est en partie lié à la structure même des formations et des cultures hospitalières. L’organisation des hôpitaux, l'absence fréquente de vestiaires séparés et les rites universitaires autour des week-ends d’intégration créent un contexte propice à une désinhibition et à des atteintes à la dignité des femmes. Des pratiques de « drague » et des comportements de domination persistent dans certains services, tandis que la profession conserve des codes et un esprit de corps qui freinent les dénonciations et les réformes.
Pourtant, l’espoir existe: la féminisation croissante de la profession pourrait favoriser des évolutions, même si les chiffres et les témoignages montrent que le chemin reste long. Le secteur public se positionne comme un acteur clé dans la lutte pour l’égalité en santé, avec des initiatives et des groupes de travail dédiés à l’intégration du genre dans la recherche et les pratiques médicales. Des exemples illustrent les ambitions de transformation, même s’ils doivent être élargis et renforcés.
Enfin, les conséquences du sexisme en médecine vont bien au-delà des effets individuels: elles influent sur la sécurité des patients, sur la qualité des soins et sur la confiance envers le système de santé. Pour progresser, il faut combiner vigilance, formation, médiation et responsabilisation, afin que chaque acteur du monde médical prenne conscience de son rôle dans la prévention et la dénonciation des violences et des biais.
Tableau récapitulatif des enjeux et des pistes d’action :
| Enjeux | Conséquences | Pistes d’action |
|---|---|---|
| Sexisme dans les rites et les cultures hospitalières | Underutilisation des talents féminins, harcèlement, exclusion | Formation, médiation, codes de conduite |
| Sous-représentation des femmes dans les essais cliniques | Manque de pertinence des traitements pour les femmes | Obligations de tests genrés, inclusion stricte des femmes dans les protocoles |
| Diagnostic différencié selon le sexe | Retards de prise en charge et perte de chances | Éducation médicale et sensibilisation au biais de genre |
À l’heure actuelle, l’hôpital public s’engage dans la lutte pour l’égalité en santé, et les voix qui dénoncent ces mécanismes réitèrent l’importance d’une approche systémique, où chacun agit au quotidien pour changer les dynamiques de pouvoir et de genre dans le soin.
