Les entremetteurs et entremetteuses apparaissent comme des figurespivot dans une vaste fresque littéraire couvrant l’Antiquité jusqu’à nos jours. Ils servent de médiateurs, de miroirs des rapports de pouvoir et de désir, ou encore d’employeurs de l’intrigue amoureuse et sociale. Cette étude croisée réunit des analyses variées qui éclairent les procédés, les cadres éthiques et les tonalités narratives associés à l’entremise.
Traductions des enjeux: théâtre, mimes et romans médiévaux et renaissants
Christophe Cusset examine l’entremetteur et l’entremetteuse dans le théâtre de Ménandre, soulignant comment ces personnages orchestrent les intrigues et dévoilent les mécanismes sociaux du désir. Ensuite, Michel Debidour répeint l’entremetteur et l’entremetteuse dans les Mimes d’Hérondas, mettant en lumière les jeux de duplicité et les enjeux de reconnaissance sur scène. Paul-Marius Martin présente Leno comme une insulte politique dans la Rome républicaine, où l’entremetteur est aussi un levier de pouvoir et de satire.
Marie Ledentu s’intéresse au poète et à l’entremetteuse dans l’élégie latine, révélant comment l’allégorie et la satire pavent la critique sociale. Aurélie Barre s’appuie sur Renart dans Renart magicien pour montrer l’entremise comme motif de ruse et de transformation des rapports, tandis que Claude Lachet explore l’entremetteuse et l’entremetteur dans le Merlin en prose de Robert de Boron: une tension entre diable et Dieu qui parle des limites morales et des alliances incertaines.
Récits courtois et romans d’époque: genres et caricatures
Anne Martineau présente un entremetteur courtois à travers le personnage du prince Galehaut, révélant les codes d’échange et les dilemmes amoureux dans la littérature courtoise. Lydie Louison examine les entremetteurs et entremetteuses dans quelques romans gothiques, montrant comment la figure de l’entremetteur peut servir à explorer les frontières entre désir, danger et transgression. Corinne Pierreville propose une lecture générale de l’entremetteuse des fabliaux, un personnage singulier qui traverse les récits populaires avec une charge satirique et morale.
Morales, sexe et satire: le roman et la critique humaniste
Bertrand Ribémont discute « La vieille et le sexe » et la revanche du chastoiement autour du Roman de la Rose, analysant l’entremetteuse comme vecteur de tension entre pudeur et désir. Nicole Gonthier répertorie les maquerelles et le maquerellage au XVe siècle à partir de sources dijonnaises, illustrant comment l’entremetteuse peut incarner des réalités économiques et sociales complexes. Adrian Armstrong trace le passage de l’abstrait à l’abject dans la sensualité présentée dans les Triumphes de la noble et amoureuse dame de Jean Bouchet, examinant l’incarnation du désir comme moteur de narration et de critique sociale.
Écrits de théâtre et de poésie: variations sur l’entremetteuse
Claude Benoît déploie les « mille visages de l’entremetteuse » dans diverses comédies du XVIe siècle, montrant les multiples registres, du comique au critique social. Philippe Meunier propose un avatar dramatique du personnage de l’entremetteuse: la châtelaine Feliciana dans Le meilleur alcade est le roi de Lope de Vega, où l’entremetteuse se fonde dans le cadre politique et social de l’Espagne renaissante. Sabine Gruffat étudie la transition de l’entremise courtisane à l’entremise littéraire dans l’Histoire de Madame Henriette d’Angleterre de Madame de Lafayette, révélant les usages du genre et la transformation de la figure dans la littérature féminine.
La muse et la maquerelle dans la poésie satirique et l’édition moderne
Olivier Leplâtre propose une lecture de la Muse et de la Maquerelle comme hantise de l’entremetteuse dans la poésie satirique du premier XVIIe siècle, soulignant les tensions entre inspiration artistique et pratiques sociales d’entremise. La note de Corinne Pierreville sur l’évolution de l’entremetteuse montre comment un même motif peut porter une critique, une instruction morale et une fenêtre sur les mécanismes du désir dans des textes très différents par genre et contexte.
Par ailleurs, une vue d’ensemble de l’œuvre romanesque de Léon Daudet est évoquée, avec un extrait phare autour de l’entremetteuse. Le texte « L’Entremetteuse » est discuté comme exemple emblématique où la figure sert à décrire les limites et les vices de l’époque parisienne, où la manipulation, l’argent et le désir s’entrelacent dans une narration provocante et méthodique.
Tableau récapitulatif des cadres et fonctions
Ce panorama met en lumière des constantes et des variations :
- La fonction principale de l’entremetteuse: faciliter ou tromper, selon le cadre moral et social.
- Le degré de satire ou de critique sociale selon le genre (tragédie, théâtre comique, roman, poésie).
- L’ambivalence morale des protagonistes et des narrateurs face à l’entremise.
- Les enjeux de pouvoir, de richesse et de statut social liés à l’intermédiation.

Les Lettres Persanes de Montesquieu – Lettres LI à LV
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