Nino Rota et la musique du Parrain: une partition au destin légendaire

Il est normal qu’au bout de treize ans cette rubrique consacrée à la musique classique sous forme de concerts et d’opéras filmés s’intéresse une fois à la musique de film. La musique du Parrain est presque aussi célèbre que le film lui-même. C’est dire l’impact de sa bande originale. Le film avait été pensé initialement avec un budget raisonnable, mais la Paramount choisit finalement de lancer une nouvelle politique commerciale qui s’appuierait désormais sur une superproduction annuelle servant de «locomotive» aux autres productions du studio. Francis Coppola cherchait un compositeur italien à qui confier la musique de son film sur une communauté italo-américaine mafieuse. Même si la livraison des compositions musicales connut quelques difficultés (retard et refus d’enregistrement de la part du compositeur), Coppola trouva en Nino Rota l’artiste idéal, qui allait proposer une musique accompagnant idéalement cette histoire de famille à la fois intime et baroque.

Nino Rota, comme Ennio Morricone, est un compositeur classique (il a fait ses études musicales au Curtis Institute à Philadelphie dans les années 30) mais qui est plus connu pour ses musiques de films (au-delà des trois Parrains, il est surtout connu pour ses musiques pour Fellini, La Strada, La Dolce Vita, etc.). La musique qu’il composa pour Le Parrain fit le tour du monde. Il y eut des reprises un peu partout du fameux Love theme. À la sortie du film, Andy Williams chante sur cet air : Speak softly love. Il devient Parle plus bas chanté par Dalida en France. Il existe aussi une version espagnole, italienne et même ukrainienne.

Infographie: Schéma des thèmesMusicaux du Parrain et leurs emprunts

Cette fameuse musique se dirigea vers un Oscar, à l’image du film lui-même qui en gagna trois dont celui du meilleur film, après avoir gagné le Golden Globe de la meilleure musique. Mais après avoir reçu une nomination à l’Oscar, la musique fut disqualifiée de la compétition. On reprocha à la bande originale de reprendre un thème d’un autre film : Fortunella, un film de Eduardo De Filippo datant de 1958 (et largement inspiré du cinéma de Fellini). Le compositeur de la musique en est… Nino Rota. Reprendre certaines de ses propres compositions n’est pas nouveau : les musiciens classiques (Bach, Vivaldi…) le faisaient déjà. À l’écoute, l’ambiance sonore n’est pas du tout la même entre la mélancolie du Parrain et l’entrain de Fortunella, mais le thème du film de Coppola est indéniablement similaire.

Mais ce qu’on sait moins, c’est que la plupart des autres thèmes musicaux du film sont remplis d’emprunts à d’autres compositions. Par exemple, l’autre grand thème très connu du Parrain est le fameux The Godfather waltz repris à de nombreuses reprises dans le film (dont le générique de fin). Il reprend directement une musique d’accompagnement du documentaire Les clowns tourné en 1970 par Federico Fellini avec qui Nino Rota collabora régulièrement de 1952 jusqu’à sa mort. La scène du baptême reprend par deux fois des arrangements de la fameuse Passacaille en ut mineur de Johann Sebastian Bach. Ce n’est pas étonnant car cette musique est faite pour rappeler la musique religieuse qui accompagne ce moment spirituel et de violence. Mais la séquence musicale, signée Nino Rota, comprend également quelques mesures de la fin du Prélude en ré majeur BWV 532.

Lors du mariage de Connie on entend une chanson populaire napolitaine reprise en chœur par les invités. Il s’agit de C’è Luna mezzo mare, qui est souvent jouée lors des mariages de l’Italie du Sud dont La Danza de Rossini est à l’origine. Quant au morceau The pick-up, il utilise deux créations antérieures de Nino Rota de 1962 et 1968. Oui, l'humain a encore largement sa place dans la chaîne de valeur d'une industrie si particulière. On cherche à faire croire qu'il faut opposer le cinéma d'auteur au cinéma populaire. Il n'en est rien, on est bien dans une activité de création où l'artiste est bien là. S'il fallait s'en convaincre, le non remplacement de l'humain par la machine dans la phase de création est une réalité indiscutable. Le cinéma est aussi une industrie. C'est d'abord un art.

Le poids culturel et les emprunts thématiques

L’analyse du public des Avengers et de Star Wars montre que malgré des similitudes, les différences sont importantes. Le public entre 15 et 25 ans représente 35 % des spectateurs du dernier Avengers (Infinity war) alors qu’il est de 20% pour l’avant-dernier Star Wars (Le réveil de la Force). Cela démontre le pouvoir d’attraction des super-héros de Marvel sur les adolescents et les jeunes adultes. Star wars 7, qui relançait la franchise de George Lucas, a surtout créé du désir chez un public plus adultes : 46 contre 31% pour les 25 à 50 ans. C’est ce public qui a fait la difference pour un méga-démarrage à 3,5 millions de spectateurs en une semaine, soit un million de plus que pour le déjà très beau début de carrière d’Infinity war des studios Marvel. En revanche, lorsque l’épisode 8 est sorti, ce million supplémentaire a disparu et ce public des adultes curieux s’est moins pressé. Les plus grands fans ont, eux, répondu présents en décembre dernier. Et ce sont les plus de 50 ans qui ont suivi la saga depuis le début qui ont alors été fidèles : en valeur absolue, ils sont restés au même niveau (720.000 spectateurs). Et le public des adolescents friand du blockbuster de la semaine est venu lui aussi mais avec moins de ferveur que pour les Avengers.

Le dernier film de Darren Aronofsky n'a pas plu au public. Saviez-vous qu'un des thèmes musicaux les plus connus du cinéma était en fait une reprise ? Mercredi 13 février 2019 3 min de lecture. C'est une phrase musicale qui est entrée dans l'inconscient collectif, au même titre que celle d'Indiana Jones ou Rocky. Le grand public peut la fredonner sans avoir vu le film auquel elle est associée. Et combien de fois fut-elle choisie en sonnerie de téléphone ? Impossible à dire. Une chose est certaine : la musique du Parrain de Francis Ford Coppola, sortie en 1972, est un incontournable des bandes originales de film, associé à jamais à l'image d’Épinal de la mafia italienne.

Carte des dialogues et thèmes musicaux liés au Parrain

Dans le film, Love Theme From The Godfather n'est pas le thème principal du film. Il illustre la rencontre et l'amour naissant en Sicile, entre l'héritier Michael Corleone incarné par Al Pacino et Appolonia jouée par Simonetta Stefanelli, sous la surveillance toute méditerranéenne de la famille de la jeune fille. Pour afficher ce contenu YouTube, vous devez accepter les cookies Publicité. Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt. Inspiré du roman de Mario Puzo, Le Parrain est une des grandes œuvres de F.F. Coppola. Une trilogie dont il ne voulait pas mais qu'il finit par réaliser, poussé par son ami George Lucas pour rembourser les dettes de leur société de production American Zoetrope auprès de la Warner.

On a oublié que ce fut un casting difficile à boucler, que Marlon Brando fut ingérable car refusant d'apprendre ses textes, la pression des italo-américains contre la sortie de ce film "discriminant"… Mais personne n'a oublié les répliques cultes et la musique signée Nino Rota. France Inter Nino Rota est alors connu dans le monde de la musique pour ses pièces de musiques classiques mais aussi pour les bandes originales des films de Frederico Fellini ou encore du film Le Guépard de Luchino Visconti. Ce n'est donc pas un débutant. Avec la musique du Parrain, il va entrer dans une forme de panthéon, de sacralité. Et le succès du film repose en partie sur ses épaules. Pourtant, si le film a remporté trois Oscars à sa sortie, la musique ne put concourir dans la célèbre cérémonie pour cause de "recyclage"... En effet, la première fois que le public peut découvrir ce thème musical, c'est dans le film franco-italien de 1958 : Melodia per Fortunella, d'Eduardo De Filippo. On y suit les aventures de Nanda Diotallevi, surnomée Fortunella, qui souhaite faire la lumière sur ses origines. La musique réapparaît en 1972, pour les besoins du Parrain, sous forme de chanson. Les paroles sont signées par Larry Kusik, et interprétées par celui dont Ronald Reagan avait dit que sa voix était un "trésor national" : Andy Williams. Le succès de la chanson est tel qu'il fait l'objet de nombreuse reprises, dont certaines en français (Parle plus bas) ou en italien (Parla piu piano) et par une grande variété d'artistes d'horizon très différents : Roberto Alagna, Shirley Bassey, Paul Mauriat, Patrick Fiori, Georgette Lemaire, Luciano Pavarotti, Slash ou Ornella Vanoni. Pour afficher ce contenu YouTube, vous devez accepter les cookies Publicité. Dans la bande originale du film, elle apparaît sous le titre : Love Theme From The Godfather. Il faudra attendre la sortie du Parrain II pour que l'oeuvre de Nino Rota soit récompensée par un Oscar en 1975.

OST The Godfather Theme Nino Rota / Ennio Morricone OFFICIAL VIDEO

Le dimanche 3 mars, à 21h, Laurent Delmas Ouverture dans un nouvel onglet présentera un concert spécial autour de l'oeuvre de Nino Rota en mélangeant les styles jazz, pop, électro et classique, sous la direction de Daniel Yvinec avec entre autres : Piers Faccini, Ophélie Gaillard, Irène Jacob, Erik Truffaz. 🎧 Retrouvez le programme : Je me souviens Nino Rota, à la Maison de la Radio les 23 et 24 février sur le site de Maison de la radio Ouverture dans un nouvel onglet.

Notes clés et répertoires thématiques

  1. Love Theme From The Godfather: thème central et reprises internationales.
  2. The Godfather Waltz: variante récurrente dans le film et le générique de fin.
  3. Passacaille en ut mineur et réminiscences bibliques lors de la scène du baptême.
  4. Inspirations et emprunts: Fortunella, Bach, Vivaldi, Prélude BWV 532.
  5. Autres thèmes et morceaux mineurs: C’è Luna mezzo mare et La Danza.
Éléments musicauxOrigines et empruntsContexte dans le film
Love ThemeOriginal par Nino Rota; reprises internationalesRencontre et amour entre Michael et Apollonia
The Godfather WaltzPorté par des motifs empruntés à des œuvres de Fellini et à BachGénérique et thèmes récurrents
Passacaille en ut mineurJohann Sebastian BachScène du baptême
Prélude en ré majeur BWV 532BachÉléments dans la séquence du baptême

Le mélange des influences classiques et les emprunts dépeignent une approche artistique où l’œuvre de Rota se nourrit d’un dialogue avec l’histoire du cinéma et la musique savante. Cette ambiguïté entre musique “instituée” et musique de film révèle la profondeur du travail de Rota et l’ampleur de l’influence du Parrain sur les musiques de film ultérieures.

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