Entré dans l’histoire de la musique pour sa collaboration avec le cinéma, Nino Rota a aussi œuvré dans des registres plus classiques. En ce week-end Nino Rota, pas question de ne célébrer que son œuvre mémorable pour le cinéma, née de sa longue relation professionnelle et amicale avec Federico Fellini. De formation classique, le compositeur italien laisse un héritage qui compte aussi concertos, ballets, opéras, symphonies et musique de chambre. Né le 3 décembre 1911 à Milan, Rota entre très tôt au Conservatoire de la ville. Doué et précoce, il compose dès ses 8 ans. Alors qu’il n’a que 12 ans, son premier oratorio est présenté à Milan et à Paris. Il dirige aussi des orchestres et poursuit ses études au Conservatoire Sainte-Cécile de Rome. Son retour coïncide avec le décollage de l’industrie cinématographique de son pays.
Les années de formation et les débuts musicaux
Rota compose sa première musique de film en 1933, puis la fin de la Seconde Guerre mondiale le voit épouser la vitalité de la production italienne au rythme de plusieurs bandes originales par an. À la maison, le petit Nino grandit dans une famille de musiciens, et sa mère Ernesta Rinaldi l’initie au piano. Son premier oratorio, L’infanzia di San Giovanni Battista, est créé à Milan le 22 avril 1923 : Nino Rota n’a alors que 12 ans. Deux ans plus tard, il compose son opérette Il Principe porcaro ainsi qu’un concerto pour violoncelle. À 15 ans, il signe son premier opéra Il Cappello di paglio di Firenze.
< tagimg>Illustration de Milan et des conservatoires italiens, symboles de la formation de Nino RotaProdige, ses talents suscitent rapidement l’admiration: le jeune génie est surnommé « le nouveau Mozart ». En 1937, il termine sa thèse sur Gioseffo Zarlino et devient professeur au Liceo Musicale de Tarente, puis rejoint le Conservatoire de Bari pour enseigner harmonie, contrepoint et composition, poste qu’il occupera jusqu’à sa mort en 1979. Arturo Toscanini lui obtient une bourse pour le Curtis Institute de Philadelphie, où il perfectionne son art de 1930 à 1932. À Milan, il poursuit ses études de philosophie et soutient une thèse sur la Renaissance italienne.
Deux ans plus tard, en 1939, il devient professeur au Conservatoire de Bari. Parmi ses élèves figure Riccardo Muti, qui lui rendra hommage en 1994 avec un album consacré à ses musiques de film. Par ailleurs, Rota compose sa première musique de film à 22 ans, Treno popolare (1933) de Rafaello Matarazzo, puis collabore avec divers maîtres et futures légendes du cinéma italien.
La collaboration avec Fellini et l’essor de sa BO cinématographique
Rota rencontre Federico Fellini en 1952 et débute une collaboration féconde qui le rendra indispensable au cinéma italien et mondial. Le Cheik blanc (1952) ouvre la longue liste des œuvres marquantes: Les Vitelloni, La Strada, La Dolce Vita, Huit et demi, Satyricon, Amarcord, Le Casanova de Fellini et bien d’autres encore. Au-delà d’un simple accompagnement, Rota devient pour Fellini un „ange gardien“, selon les mots du réalisateur. Fellini lui confie même parfois de composer sa musique avant de tourner les images, afin d’écouter une arche émotionnelle pendant le tournage.
Le Parrain et les questions de plagiat
La bande originale du Parrain (1972) demeure l’une des plus marquantes de l’histoire du cinéma. Rota envisagea brièvement de refuser le projet pour se concentrer sur l’enseignement et des projets plus personnels, mais Coppola persista et convainquit le compositeur de rejoindre son film. Face à une production américaine désirant un son différent, Mancini fut recommandé comme alternative; pourtant, Rota demeure l’auteur des thèmes emblématiques, et son travail fut même contesté lors des Oscars pour d’éventuels plagiats. Il est affirmé que des éléments de Fortunella auraient été réutilisés, mais Rota défend farouchement la notion de pastiche et d’inspiration libre, arguant que le plagiat musical n’existe pas en tant que tel.
En 1975, Rota remporte l’Oscar de la meilleure musique de film pour Le Parrain (partie II, 1974), qui surimpose certains thèmes du premier film tout en puisant dans son propre matériel. Ses thèmes pour Le Parrain, Le Guépard et d’autres œuvres tissent une cohérence narrative, mêlant mélancolie, noblesse et intensité dramatique.

Le rôle pédagogique et l’héritage musical
Rota devient directeur du Conservatoire de Bari en 1950 et transmet son savoir pendant près de trois décennies, influençant des générations de musiciens, dont Riccardo Muti. Outre le cinéma, il signe dix opéras, quarante ballets et de nombreuses œuvres orchestrales et de chambre. Sa musique est souvent décrite comme opératique, avec des mélodies lyriques et des motifs narratifs qui soutiennent le récit autant que les dialogues. Son style néoclassique tonal, traversé de touches jazzy et de timbres colorés (mandoline, vibraphone, accordéon), montre une capacité à s’adapter à des univers variés.

Personnalité et fin de vie
Nino Rota meurt à Rome le 10 avril 1979 des suites d’une embolie cérébrale, laissant derrière lui un corpus impressionnant et une influence durable sur le langage musical du cinéma et du théâtre. Le respect et l’admiration de ses pairs, ainsi que son rôle de pédagogue, contribuent à forger une figure incontournable de la musique du XXe siècle. Fellini, lors de ses nécrologies, évoquait leur entente exceptionnelle et profonde
fellini - nino rota 🎬
La carrière de Rota se lit comme une constante alternance entre exigence musicale et accessibilité émotionnelle, faisant de lui un compositeur dont les thèmes continuent d’irriguer le réseau du septième art et des arts du récit musical. Sa capacité à écrire des partitions qui soutiennent la narration tout en conservant une expressivité lyrique demeure une référence pour les générations futures.
Frises chronologiques et données clés
- 1923 : L’infanzia di San Giovanni Battista, premier oratorio à Milan à 12 ans.
- 1933 : Première musique de film, Treno popolare, puis d’autres œuvres au cinéma.
- 1950 : Directeur du Conservatoire de Bari, poste qu’il occupe jusqu’à sa mort.
- 1952 : Rencontre décisive avec Fellini à Cinecittà, début d’une collaboration durable.
- 1960-1970 : Œuvres majeures pour Fellini et d’autres cinéastes italiens.
- 1972-1974 : Parrain I et II, deux part des plus célèbres dans l’histoire du cinéma; Oscar en 1975 pour le deuxième volet.
- 1979 : Décès à Rome; hommage rendu par ses pairs et par Fellini.
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