L'évocation des couleurs bleu, blanc et rouge associées à un véhicule peut rapidement transporter l'esprit vers des symboles forts de l'identité nationale française, mais aussi vers des réglementations spécifiques et des usages variés. Si le grand public associe souvent le bleu, blanc, rouge à la France, leur présence physique sur une voiture peut revêtir des significations différentes, allant de l'héritage historique aux distinctions officielles, en passant par des dispositifs de signalisation plus récents. Comprendre ces manifestations nécessite de remonter aux origines de ces couleurs emblématiques et de suivre leur évolution à travers les âges, jusqu'à leur application contemporaine, parfois surprenante, dans le contexte automobile.
Les Origines Révolutionnaires du Tricolore : Un Symbole Né de l'Urgence
L'histoire de la cocarde tricolore, emblème désormais indissociable de la France, prend racine dans les tumultes de la Révolution française. Le 12 juillet 1789, alors que les tensions montent à Paris suite au renvoi de Jacques Necker, le journaliste Camille Desmoulins, debout sur une table de café aux alentours du Palais-Royal, harangue la foule avec une ferveur prophétique. Il proclame : « Monsieur Necker est renvoyé. Ce renvoi est le tocsin d'une Saint-Barthélémy des patriotes. Ce soir, tous les bataillons suisses et allemands sortiront du Champ-de-Mars pour nous égorger. Il ne nous reste qu'une ressource, c'est de courir aux armes ! ». Dans cet élan, Desmoulins cueille alors une feuille et « invente » une cocarde vert d'espérance. Cette première initiative, bien que symbolique, marque le début d'une symbolique visuelle pour les révolutionnaires.
Cependant, le vert fut rapidement délaissé. De son côté, le comité des électeurs institue, par un arrêté du 13 juillet, une milice parisienne qui se voit attribuer une cocarde bicolore bleu et rouge, couleurs traditionnellement associées à la ville de Paris. La couleur verte, rappelant la livrée du frère du roi, le comte d'Artois, fut jugée inappropriée pour un mouvement qui cherchait à se distinguer de l'Ancien Régime. C'est dans la nuit du 13 au 14 juillet, à la veille de la prise de la Bastille, qu'une évolution majeure intervient. Un arrêté impose aux citoyens le port de la cocarde tricolore, avec l'ajout du blanc, symbole de la nation française, inséré entre le bleu et le rouge. Il est important de noter que les couleurs personnelles du roi étaient déjà, à cette époque, le bleu, le blanc et le rouge, ce qui ajoute une couche de complexité à l'interprétation initiale.
Cette genèse contredit le récit traditionnel, né au XIXe siècle et relayé par nombre d'historiens, qui affirme que la cocarde naît le « 17 juillet 1789 » lorsqu'on « insère entre le bleu et le rouge des couleurs de Paris le blanc, symbole de la royauté ». Une autre source, citant la même date, avance que le blanc inséré était « la couleur blanche des militaires, pour mieux marquer l'alliance étroite qui devait exister entre les citoyens et l'armée : telle est l'origine de la cocarde tricolore ». Ces divergences historiographiques soulignent la rapidité des événements et la récupération symbolique qui a pu s'opérer a posteriori. La réalité historique penche davantage vers une construction progressive et pragmatique du symbole tricolore, répondant aux nécessités du moment révolutionnaire plutôt qu'à une conception prédéterminée. L'ambiance de l'époque était palpable, comme en témoigne l'ambassadeur des États-Unis en France, Thomas Jefferson, qui écrit : « c'était une scène plus dangereuse que toutes celles que j'ai vues en Amérique et que celles qu'a présentées Paris pendant les cinq derniers jours. » Louis XVI lui-même dut composer avec cette nouvelle réalité, s'avançant au milieu de la Révolution en armes, face à 100 000 Gardes nationaux qui ne criaient pas « Vive le roi ! » mais « Vive la nation ! ». Il fut reçu à l'Hôtel de Ville par le nouveau maire de Paris, Jean-Sylvain Bailly. La Fayette remet à Louis XVI la nouvelle cocarde tricolore. Selon la légende, puisque la cocarde tricolore existait en fait depuis plusieurs jours, c'est à ce moment que La Fayette aurait fait ajouter le blanc par révérence envers Louis XVI ; le blanc étant devenu au XIXe siècle, au moment où cette légende est fixée, la couleur des Bourbons.

L'Héritage Tricolore : Présence et Usages Contemporains
Au fil des régimes politiques, le drapeau tricolore et ses couleurs ont continué de symboliser la France. Sous l'Empire, les couleurs nationales sont disposées habituellement bleu-rouge-blanc, le blanc se trouvant vers l'extérieur. Cet usage, bien que subtilement différent dans l'ordre, maintient la prééminence du tricolore.
L'héritage de ce symbole se retrouve aujourd'hui dans divers contextes, y compris sur des véhicules, mais avec des règles strictes pour éviter toute confusion ou usurpation. L'utilisation d'insignes distinctifs sur les véhicules peut être sujette à réglementation. Par exemple, « Un maire[7] qui utiliserait ce signe commettrait un délit qui peut aller jusqu'à l'usurpation de signes réservés à l'autorité publique, puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. » Le port d'une cocarde tricolore, ou d'un signe équivalent, sur un véhicule civil sans autorisation ou légitimité pourrait être considéré comme une tentative d'usurpation de symboles de l'État.
En revanche, les véhicules des élus locaux peuvent être dotés d'insignes distinctifs, de timbres, sceaux ou blasons de leur commune, département ou région, complétés par la mention de leur mandat, dans les conditions fixées par l'assemblée délibérante. Ces dispositifs servent à identifier la fonction et le territoire représenté par l'élu, et non à arborer un symbole national de manière inappropriée.
Le monde militaire a également adopté le tricolore pour identifier ses moyens aériens dès les premiers âges de l'aviation. La première utilisation d'une cocarde sur un aéronef militaire date de la Première Guerre mondiale par l'Aéronautique militaire (ancien nom de l'Armée de l'air française). Le dessin choisi était celui de la cocarde tricolore, qui est constitué de l'emblème du drapeau français. Ces cocardes servaient à distinguer les appareils français des appareils ennemis, une nécessité vitale dans le ciel des champs de bataille. Depuis la Seconde Guerre mondiale, ces cocardes tricolores sont cerclées de jaune, une distinction visuelle qui a pu évoluer pour des raisons pratiques ou réglementaires. D'ailleurs, plusieurs pays utilisent des cocardes tricolores, souvent proches de celle de la France, pour identifier leurs avions, témoignant d'une convention internationale dans ce domaine.
Au-delà des aéronefs, le symbole tricolore reste présent dans des contextes d'apparat. L'uniforme d'apparat de la Garde républicaine, par exemple, comporte un couvre-chef orné d'une cocarde tricolore, perpétuant ainsi une tradition visuelle forte. Marianne, personnage fictif symbolisant la République française, est souvent représentée avec des attributs rappelant le drapeau national, renforçant l'association des couleurs à l'idéal républicain.

Le Macaron "S" : Une Signalisation Spécifique et Facultative sur les Véhicules
Si le macaron bleu, blanc, rouge renvoie principalement à l'identité nationale ou à des fonctions officielles, d'autres types de macarons, bien que n'arborant pas toujours ces couleurs, jouent un rôle important sur les véhicules modernes en matière de signalisation. L'un d'eux, qui a récemment suscité une large discussion, est le disque « S », apposé à l'arrière d'une voiture. Ce macaron, contrairement à une idée reçue, n'est pas obligatoire. Son affichage permet de prévenir les autres conducteurs qu'une personne âgée est au volant.
L'existence et la signification de ce disque ont été largement médiatisées, notamment à la suite de quelques vidéos virales sur les réseaux sociaux questionnant son caractère impératif. Ce sujet est revenu sur le devant de la scène après un fait divers tragique survenu en juin dernier, à La Rochelle. Une femme de 83 ans, circulant à contresens, a percuté un groupe de jeunes cyclistes, entraînant le décès d'une des victimes. Cet événement dramatique a mis en lumière les préoccupations concernant la conduite des seniors.
Il est crucial de préciser que la Sécurité routière, sur son site officiel, confirme que le disque dédié aux personnes âgées de plus de 70 ans, destiné à être appliqué à l'arrière du véhicule, n'est pas obligatoire. Cet objet n'émane d'ailleurs pas de cette administration. Il a été créé en 2016 par l'association Signal S. Sur sa page Internet, cette dernière confirme le caractère facultatif de la vignette : « Loin de vouloir rendre ce disque obligatoire pour tous nos aînés, nous estimons qu'il ne doit s'adresser qu'aux personnes âgées en légère perte de confiance au volant […] ».

Plus généralement, concernant les seniors au volant, il n'existe à ce jour aucune obligation légale spécifique en France, pas même une visite médicale d'aptitude systématique. Pourtant, le vieillissement altère naturellement certaines capacités physiques et cognitives essentielles à la conduite, comme la vision, les réflexes, l'audition, le temps de réaction, ou encore la capacité à gérer des situations complexes. Prendre le volant peut alors s'avérer potentiellement dangereux, non seulement pour le conducteur lui-même mais aussi pour les autres usagers de la route. Face à cette réalité, la Sécurité routière préconise, pour les personnes concernées, de faire des stages de remise à niveau sur la réglementation et leur propre conduite. Ces stages sont dispensés par divers organismes tels que des associations, des auto-écoles spécialisées ou des mutuelles, offrant un accompagnement adapté pour maintenir une conduite sécuritaire. L'idée n'est pas de stigmatiser, mais de proposer des solutions proactives pour pallier les effets du vieillissement sur les aptitudes à la conduite.
L'affichage du macaron « S », bien que facultatif, constitue ainsi une démarche volontaire de transparence et de prévention de la part des conducteurs seniors qui se sentent concernés, invitant ainsi les autres usagers à une vigilance et une patience accrues. Il s'agit d'un exemple concret de la manière dont des dispositifs de signalisation peuvent, même sans obligation légale, contribuer à une meilleure cohabitation sur les routes, en complément des symboles nationaux qui, eux, portent une histoire et une charge symbolique bien plus anciennes et profondes. Ces discussions autour des macarons et des symboles sur les véhicules montrent l'évolution constante des interactions entre la technologie, la réglementation, la symbolique et les comportements humains dans l'espace public, particulièrement sur les routes qui sont le théâtre de nos déplacements quotidiens. La compréhension de ces différents éléments permet d'appréhender la richesse des significations que peuvent revêtir des éléments visuels apparemment anodins, mais qui sont en réalité porteurs de sens historiques, sociaux et pratiques.