Homélie sur le royaume de Dieu, le levain et le chemin intérieur

Jésus étendit la main, le toucha et dit : " Sois guéri ! Qu'est-ce qu'un miracle ? Jésus peut montrer cet amour du Père, parce qu'il est totalement en communion avec Lui. Luc, dans l'Évangile d'aujourd'hui, fidèle à son orientation, mentionne encore, juste après cet acte merveilleux de Jésus : "... Les foules, dit Luc, se rassemblent pour l'entendre et pour que leurs maladies soient guéries." Nous savons cependant que ces mêmes foules vont progressivement l'abandonner et, à la fin, crier "crucifie-le".

Prions pour que notre propre foi et notre confiance en lui soient fermes et puissent survivre à toutes les tempêtes de notre existence. A quoi comparais-je le règne de Dieu a dit Jésus ? A du levain qu’une femme introduit dans 40 kgs de farine jusqu’à ce que tout ait levé !

Il y a dans cette vieille parabole un message très actuel. Le levain est une pâte de farine qui parce qu’elle est restée à l’air libre sans être cuite à fermenter. De ce fait elle est devenue grisâtre !

La légende raconte que le levain a été découvert il y a quelques milliers d’année en Égypte grâce l’étourderie d’une ménagère qui aurait laissé traîner sa bouillie de céréales. Au lieu de jeter ce qui était devenue pour elle un déchet, elle choisit de le recycler en introduisant cette pâte fermentée dans la masse de pâte à cuire.

Pour son dernier numéro de la saison, Réforme propose un numéro double placé sous le signe de la littérature. Disponible sur ARTE.TV à partir du 4 août et diffusé mardi 11 août à 20 h 55 sur ARTE, le documentaire en deux parties « Les faussaires de la Bible » donne une audience nouvelle à une affaire internationale jusqu’ici principalement documentée par la recherche et quelques enquêtes de presse. À l’origine des premiers soupçons sur plusieurs fragments de la collection Schøyen, Michael Langlois raconte à Regards protestants comment de prétendus manuscrits de la mer Morte ont été expertisés, puis reconnus comme des falsifications modernes.

Près d’un chrétien sur quatre croit à l’influence des astres. Un paradoxe, alors que les grandes Églises chrétiennes condamnent l’astrologie divinatoire. Alors que Zinédine Zidane vient de prendre les commandes de l’équipe de France, le sport suscite plus que jamais ferveur, attentes et grands discours sur ses valeurs. Mais transmet-il naturellement le respect, la solidarité ou le dépassement de soi ?

Penseur de la foi, de l’angoisse et de la liberté, Søren Kierkegaard continue d’interroger notre manière de choisir, d’aimer et de devenir nous-mêmes. Une série de Regards protestants, enrichie tout au long de l’été, avec Flemming Fleinert-Jensen, Philippe Chevallier, Jérôme Bord et Vincent Delecroix. Depuis 2024, Maude Burkhalter coanime le podcast Cultura - dont le mot d’ordre est « Connaître pour mieux aimer ».

Dans la Bible, partir n’est jamais seulement changer de lieu. C’est accepter de se déplacer intérieurement. Pardonner, est-ce risquer un « syndrome de Stockholm » spirituel ? Que vaut le travail dans un monde où la richesse reste incertaine et où, même en travaillant, certains manquent du nécessaire ?

Cf. Parmi toutes les paraboles sur le Royaume de Dieu ce dimanche, arrêtons-nous sur l’une des plus connues : le levain dans la pâte. « Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. » cf. Le levain est un élément qui vient se joindre à la farine.

Jésus, en tant qu’il était de la même nature que ses pères, pouvait se comparer au grain de blé : mais ayant ajouté à cette nature humaine la nature divine, il devient un ferment à l’égard de celle-là. Qu’est-ce que le levain ? Morceau de pâte en cours de fermentation incorporé à la pâte en cours de pétrissage pour en provoquer la levée par dégagement de gaz carbonique. La levure est issue d’un phénomène de moisissures (les micro-organismes). Il en faut très peu pour faire lever la pâte.

Bien sûr, une seule image ne suffit pas décrire entièrement le mystère du Royaume de Dieu. Pourtant, depuis la fin du siècle dernier, la symbolique du levain dans la pâte a perdu du terrain dans l’imaginaire des chrétiens. Catholiques ou protestants parlent de reconquête, se retrouvent entre eux dans des communautarismes à la mode, affirment clairement une identité visible voire agressive.

Cf. C’est évidemment curieux de choisir un tel verbe - connoté très négativement - et de commencer par lui ! Mais les champignons de la levure ne sont ni plus ni moins que des moisissures microscopiques. Moisir, c’est peut-être - au plan spirituel - faire l’expérience de sa propre part d’ombre, pâlir d’effroi devant ses contradictions et son incohérence. Impossible de rejoindre les autres utilement sans d’abord plonger en soi et regarder avec courage les décompositions intérieures qui nous travaillent.

Plus encore, le levain évoque cette part d’humanité que l’on considère comme moisie, au rebut, déchet de la société. Ce n’est pas pour rien que Pâques est la fête des pains sans levain, et qu’il faut éliminer toute trace de cette impureté dans les maisons juives avant de célébrer Pessah. Or Jésus s’est identifié à ce levain impur que l’on met dehors pour Pâques (Jn 19,14). Lui, le saint de Dieu, il a fait corps avec les impurs, des lépreux aux adultères, des païens aux zélotes.

Impossible de contribuer au bien commun sans « moisir » d’abord avec les exclus de notre temps, ce qui commence avec soi-même. Comment ne pas s’étonner que le Verbe de Dieu vienne s’enfouir dans une bourgade perdue d’un peuple juif qui n’est certes pas le plus grand ni le plus nombreux des peuples de nos manuels d’histoire !? Et pourtant, Jésus est devenu universel à partir de sa singularité juive, judéenne, et grâce à elle.

Celui qui ne sait pas s’enfouir dans une culture, un peuple, avec ses coutumes, sa langue, sa sagesse ou son histoire ne pourra faire lever l’ensemble. S’enfouir est à l’inverse de tous les ghettos, replis sur soi ou citadelles qui sont trop souvent le lot des expatriés ou des immigrés. S’enfouir, c’est se faire romain avec les romains, manger africain avec les africains, s’habiller indien avec les indiens, servir le thé au Japon comme les Japonais…

Comment susciter un élan pour tous en restant à distance, cloisonné dans un autre univers ? Ce fut l’une des sources de l’anticléricalisme en France, car le haut clergé ne vivait plus au milieu du peuple ni comme lui. Répétons-le : très peu de levain suffit (comme le sel). Bien des chrétiens rêvent de redevenir majoritaires en France ou ailleurs, avec une nostalgie mauvaise conseillère. Le but de l’Église n’est pas de contrôler ni de devenir l’ensemble de la société (à l’inverse de l’ambition musulmane).

Elle est de faire lever le royaume de Dieu en pleine humanité. Point n’est besoin pour les baptisés d’être nombreux ou au pouvoir. La condition de minoritaires leur va bien. Le levain s’éparpille dans toute la pâte, par nature et par travail du pétrin. S’il reste concentré, certaines parties lèveront trop, d’autres pas du tout. Les chrétiens n’ont pas vocation à vivre ensemble : il leur faut s’éparpiller dans la vie sociale à travers les professions, les associations, les loisirs les plus variés.

Un baptisé à lui tout seul ne peut assumer l’intégralité de cette dispersion. Mais à plusieurs, il est essentiel de vérifier régulièrement la surface et la qualité de la diaspora vécue, quitte à envoyer en mission là où justement il n’y a personne. La diaspora juive demeure le mode de vie ordinaire de l’Église. S’enfouir, être présent au maximum à nos réalités contemporaines : oui, mais pas seulement pour être présent.

Le levain possède une efficacité spectaculaire, et visible ! La pâte lève alors qu’elle était compacte et lourde. La puissance de la levure se juge à la transformation opérée. Ainsi la qualité de la vie spirituelle des baptisés se juge aux fruits qu’elle produit dans l’ensemble de la société. Car il ne s’agit pas d’épouser les mœurs environnantes pour devenir complice ! Il s’agit de faire corps avec le meilleur de nos contemporains pour que l’Esprit les élève vers Dieu.

Les premières générations de chrétiens ont apporté avec eux le respect de la vie humaine, de la dignité féminine, de l’égalité entre maîtres et esclaves, toutes valeurs qui n’étaient pas évidentes dans l’empire romain ou dans les nations barbares. Les générations d’aujourd’hui seront levain dans la pâte si elles réussissent à humaniser davantage la vie en entreprise, le partage des richesses, le respect de la vie et des plus faibles etc. À quoi bon des églises pleines si elles sont incapables de rendre la société meilleure ? À quoi bon des baptisés par millions s’ils suivent aveuglement Hitler ou Pétain, s’ils se saisissent de la machette entre Hutus et Tutsis, s’ils aggravent les inégalités entre riches et pauvres ?

À l’inverse, un Desmond Tutu et un Nelson Mandela renversent l’apartheid ; un Jean Monnet et un Maurice Schumann construisent la paix en Europe sur le pardon franco-allemand et la coopération économique ; les Pères Blancs mettent par écrit les langues indigènes et leur grammaire ; Jean Paul II s’engage dans la lutte contre le communisme en Pologne et donne des coups de pioches spirituels qui finiront par casser le mur de Berlin etc. À la fin du pétrin, le levain ne se distingue plus de la pâte. Comme dans l’immixtion eucharistique, où on ne peut plus distinguer l’eau du vin dans le calice. Il s’agit bien de se perdre, par amour.

Impossible pour le levain de calculer un ROI (retour sur investissement), de planifier une prise de pouvoir, d’obtenir gloire et reconnaissance à la fin de l’opération, car il n’existe plus, purement et simplement ! Le Christ a vécu au plus haut ce désintéressement. Par amour, il a accepté de se perdre, d’aller au plus bas, aux enfers mêmes. Moisir, s’enfouir, être minoritaire, se disperser, transformer, se perdre : choisissez le verbe qui en ce moment résonne pour vous comme un appel de Dieu.

Il n’y a pas d’autre dieu que toi, qui prenne soin de toute chose : tu montres ainsi que tes jugements ne sont pas injustes. Ta force est à l’origine de ta justice, et ta domination sur toute chose te permet d’épargner toute chose. Tu montres ta force si l’on ne croit pas à la plénitude de ta puissance, et ceux qui la bravent sciemment, tu les réprimes. Mais toi qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement, car tu n’as qu’à vouloir pour exercer ta puissance. R/ Toi qui es bon et qui pardonnes, écoute ma prière, Seigneur.

illustration levain et pâte levée

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