La tavelure du pommier (Venturia inaequalis) est sans conteste l’ennemi N°1 des vergers. Cette maladie pommier redoutable émerge dès l’éclosion des bourgeons et devient très vite explosive avec des pluies abondantes. Dès lors, elle affecte considérablement la qualité de la récolte et le rendement, et peut provoquer de lourdes pertes lors de la mise en marché des fruits « tavelés ». Pour bien identifier cette maladie, il faut observer attentivement les différents organes de l’arbre et comprendre les mécanismes de son cycle, de l’hiver sur les feuilles mortes jusqu’aux contamination primaires et secondaires qui se déclenchent en été.
Cycle de la tavelure et symptômes précurseurs
La tavelure est une maladie cryptogamique du pommier causée par un champignon qui hiberne sur les feuilles infectées et échappe des ascospores au printemps, contaminant les feuilles au contact. La période de contamination commence au moment du bourgeonnement et dure de 8 à 10 semaines. Symptômes: apparition de taches d’abord très claires puis brunes ou noires. Les feuilles et les fleurs fortement atteintes jaunissent et tombent. Le dessèchement des feuilles réduit la photosynthèse et entraîne l’avortement des fleurs contaminées, provoquant des pertes de production importantes. Bien que consommables, les fruits « tavelés » ne correspondent pas aux critères de qualité des circuits de commercialisation.
En hiver, le champignon se conserve sur les feuilles mortes sous forme sexuée, le pseudothèce. En été, les contaminations secondaires débutent avec la pluie. Les spores proviennent des fructifications (conidiophores) qui se forment sous la cuticule des feuilles et se propagent par éclaboussures ou par le vent. Pour limiter les dégâts, il faut donc viser la prévention et la réduction du potentiel d’inoculum à la fin de la chute des feuilles et durant la saison de croissance.
Prévention et gestion durable dans le verger
Depuis 2018, les plantations de variétés tolérantes à la tavelure s’accélèrent. Parmi ces variétés: Juliet, Regal You, Story Innored, Dalinette, Opal ou Swing. Au début des années 2000, seule la pomme Ariane possédait ces caractéristiques génétiques. L’objectif est de réduire le potentiel de formation des pseudothèces et de diminuer l’inoculum de départ.
Dès la fin de la chute des feuilles, un broyage très fin des résidus accélère leur décomposition; l’aspiration ou le ramassage mécanique des feuilles s’avèrent aussi très efficaces. Un compromis est à trouver pour la durée de couverture du verger avec les filets paragrêles. Les outils d’aide à la décision RimPro et Fruitweb évaluent le risque tavelure et aident au positionnement des fongicides préventifs. Le niveau d’inoculum se mesure en prélevant 100 pousses sur la parcelle en fin de cycle.
Durant la période des contaminations primaires, la lutte est essentiellement préventive. La surveillance de la tavelure débute dès le débourrement des arbres et s’appuie sur les observations à la parcelle, les prévisions météo, les alertes des OAD et celles des Bulletins de santé du végétal pour guider le positionnement des traitements préventifs. La lutte curative, si elle est possible, s’avère moins efficace et reste une option d’urgence après une pluie contaminatrice, mais elle ne suffit pas face à l’adaptation rapide du champignon.
Mesures agroenvironnementales et choix de produits
Pour bloquer les sporulations primaires, outre le cuivre, la bouillie sulfocalcique présente une bonne efficacité, toutefois elle relève du dispositif des dérogations et s’emploie plutôt à la floraison et en préventif avec du soufre. Quel que soit le mode de protection choisi, biologique ou non, une pulvérisation de qualité contribue à l’efficacité du traitement et à la limitation de la dérive. La tavelure est explosive et nécessite une prophylaxie constante comme base de toute stratégie sanitaire.
L’approche combinatoire s’appuie sur l’utilisation d’outils numériques pour évaluer le risque de contamination et optimiser le déploiement des solutions, y compris des produits de biocontrôle qui peuvent constituer la base du traitement lorsque le risque est faible à moyen. Les souches de Venturia inaequalis présentent une grande plasticité et les biocontrôles s’adaptent rarement à 100% à toutes les souches; il faut donc varier les stratégies et privilégier l’intégration des outils et des pratiques culturales.
Élimination et réduction de l’inoculum
Pour diminuer le potentiel d’infection, il est essentiel d’éliminer les sources d’inoculum: ramassage et brûlage ou compostage des feuilles et fruits tombés, broyage et accélération de la décomposition des résidus, et maintien d’un verger propre. Le programme Inrae « Enfin ! » explore la croisée de souches de tavelure pour obtenir une souche non infectieuse, une piste prometteuse dans la lutte à long terme.

Traitements préventifs et curatifs spécifiques
En agriculture biologique comme conventionnelle, la protection fongicide reste indispensable. Pour bloquer les sporulations primaires, outre le cuivre, la bouillie sulfocalcique et le soufre restent des options préventives. En période de risque élevé, les traitements phytopharmaceutiques doivent être planifiés en amont, avec une attention particulière au calendrier et à l’efficacité des produits. La prophylaxie est la base de toute stratégie sanitaire: elle économise les traitements et limite les épisodes de résistance.
Traitement curatif: si nécessaire, il faut privilégier des mesures comme couper et brûler les parties contaminées. Des alternatives préventives incluent l’émulsion d’huile de soja appliquée à 1% dans l’eau et les extraits de compost mélangés à Silkaben (poudre de roche enrichie de silice et de soufre), ainsi que l’emploi du petit-lait non-pasteurisé qui contient des acides ayant des propriétés antiseptiques contre la tavelure.
Prévenir et traiter les dégâts collatéraux
La cécidomyie des feuilles du pommier, Dasineura mali, peut aussi causer des enroulements caractéristiques des feuilles et aggraver les dégâts. Des pièges à phéromones et un suivi visuel en fin de floraison permettent d’anticiper les dégâts et de limiter leur impact. Des méthodes de piégeage et des traitements ciblés peuvent être mis en place pour évaluer l’ampleur de la population et adapter les mesures préventives et curatives.
Les autres ravageurs et maladies associées, comme l’oïdium (maladie du blanc), la moniliose, les pucerons et les acariens, nécessitent des approches complémentaires: chois d’arbres résistants, nettoyage des feuilles mortes, associations de prédateurs naturels et interventions sélectives pour limiter les intrusions sans nuire à l’environnement. Une approche holistique combine observations, prévention, traitements ciblés et biocontrôle pour maintenir des pommiers vigoureux et productifs.
Cas personnel et observations pratiques
Cas personnel: le symptôme des feuilles recroquevillées chez mes pommiers. L’observation est la première règle d’un verger sain: inspecter le tronc, les branches, les feuilles, les boutons floraux et les fruits permet de repérer les signes de champignons, moisissures, pourritures ou dommages. Des feuilles enroulées, boursouflées, ou noircies peuvent signaler des pucerons, des chenilles, ou des champignons comme l’oïdium et la tavelure. L’identification précise guide les choix de traitement et d’action.
Causes et traitements possibles: les pucerons peuvent être responsables des feuilles enroulées et de la fumagine qui noircit certaines feuilles. Des solutions existent: bandes de glue anti-fourmis autour du tronc, pulvérisations d’huile essentielle d’orange douce, alternant avec des traitements biologiques ou chimiques selon le niveau d’infestation. L’objectif est de rétablir l’équilibre entre les pucerons, les parasitoïdes et le pommier, plutôt que de tout détruire.

De plus, la cécidomyie des feuilles du pommier peut provoquer l’enroulement des feuilles et des galles internes selon l’espèce hôte; un suivi par phiromones et piégeage est recommandé dès mars, en particulier en pépinière et sur les jeunes arbres fruitiers.
Rappel pratique et conseils de terrain
- Observer régulièrement les feuilles, les boutons floraux et les fruits; clarifier les symptômes et leur urgence.
- Préférer des variétés résistantes lorsque possible; ramasser et traiter les feuilles tombées à l’automne pour réduire l’inoculum.
- Utiliser des approches combinant prévention, biocontrôle et traitements ciblés selon le risque.
- Éviter les traitements en conditions défavorables et privilégier des applications en soirée sur feuillage sec.
# 10 La tavelure
En somme, la tavelure demeure une maladie redoutable car explosive, mais une combinaison d’observation minutieuse, de choix variétal judicieux, de gestion du substrat et d’outils numériques permet de limiter son impact et de préserver la qualité des pommes et du verger.