Ph. Un collectif d’acteurs économiques, politiques et sociaux, d’artistes… se mobilisent pour qu’une banlieue devienne capitale européenne de la culture en 2028. Pour que les quartiers défavorisés sortent - un peu - du ghetto y compris dans l’imaginaire des Français. À Montpellier, Mosson Sud. Démolition, Assas Espérou et aménagement du quartier. Dans ce cadre, Montpellier incarne une dynamique nationale d’urbanisme et de culture, où les projets industriels, culturels et résidentiels se croisent pour transformer durablement le cadre de vie.
Le contexte français actuel voit un élan renouvelé par l’ANRU (Agence Nationale de Rénovation Urbaine) qui lance un vaste programme de réfection immobilière, y compris dans la région, afin d’améliorer la vie dans ces cités où beaucoup des travailleurs de la première et de la deuxième ligne habitent. Le confinement et la crise sanitaire ont rendu ces enjeux encore plus pressants, en particulier dans les quartiers populaires. Benoit Zeller pilote cet aspect immobilier de la politique de la ville à l’ANRU, une agence d’État spécialisée.
Dans la région, on compte 11 gros projets et 21 plus modestes dont la plupart vont démarrer pour les dix ans à venir. Dis-Leur ! fait le point sur ces dynamiques qui articulent rénovation du bâti, cohésion sociale et rayonnement culturel.
Historique et méthodes: Banlieues 89 comme préfiguration
La mission « Banlieues 89 », active de 1983 à 1992, a marqué l’histoire de la politique de la ville. Le 24 juillet 1983, François Mitterrand survole la périphérie parisienne en hélicoptère, accompagné des architectes Roland Castro et Michel Cantal-Dupart. Le geste fait événement et s’impose comme l’acte fondateur de Banlieues 89, en ce qu’il en fixe d’emblée la tonalité. La mission privilégie une intervention fondée sur la mise en scène et un langage renouvelé pour accompagner la transformation urbaine.
Parmi les vecteurs principaux, l’image et le discours jouent un rôle crucial: l’assemblage et la citation des images cherchent moins à démontrer la pertinence des choix architecturaux qu’à ouvrir des possibles. Les visuels présentent l’espace public comme une scène de quotidien désirable, avec une grammaire graphique qui dialogue avec les textes et les photos.
Le récit s’appuie sur une articulation entre transformation des lieux et transformation des récits. Le langage évolue vers le registre du plaisir, du divertissement et de l’imaginaire, qualifiant les lieux comme « lieux magiques » et « poétiquement fécondables ». Roland Castro contribue fortement à diffuser ce nouveau lexique, relayé par les médias nationaux.
Les événements festifs constituent le troisième vecteur: des manifestations comme le festival Fêtes et Forts créent une expérience concrète des lieux et rapprochent des publics, démontrant que l’urbanisme peut s’articuler avec une culture vivante et partagée. Au fil des éditions, la programmation s’ouvre à des pratiques émergentes et met en avant une culture multiculturelle et accessible.
Des exemples et des effets concrets
Le dispositif Banlieues 89 s’exprime aussi à travers des projets précis portés par des binômes élu-concepteur et des plans colorés qui rompent avec les codes traditionnels du dessin d’architecture. Des réalisations illustrent la volonté d’ouvrir l’imaginaire: des paysages urbains baignés de lumière, des silhouettes qui circulent et des espaces publics pensés comme des scènes de vie harmonieuses.
Ce relais médiatique produit des effets concrets: après l’exposition, de nombreux maires manifestent leur intérêt pour engager des opérations similaires. La langue employée évolue, passant du vocabulaire technique à une sémantique du plaisir et de l’envie, afin de rendre envisageable une banlieue pensée comme territoire d’opportunités et de bonheur partagé.
Certains critiques soulignent que Banlieues 89 ne transforme pas durablement les réalités sociales et urbaines, mais ils reconnaissent aussi que l’initiative déplace ce qui devient dicible et exigible, créant l’horizon commun d’une ville plus inclusive et désirable. Bachmann et al. soulignent les dimensions sociales et culturelles qui complètent les transformations matérielles.
Événements, fêtes et nouvelles centralités
Le festival Fêtes et Forts incarne une méthode d’action fondée sur l’expérience collective et l’occupation des lieux, montrant comment des lieux historiques peuvent devenir des espaces culturels vivants. La programmation réunit hip-hop, rap, danse et cinéma, et vise à fédérer des publics souvent dissociés autour d’un spectacle commun. Le dispositif met également en lumière des critiques des formes culturelles importées du centre et propose des alternatives adaptées au contexte périphérique.
Dans ce cadre, différentes opéra tions de Banlieues 89 et des projets ultérieurs démontrent que l’artistique peut être un levier pour transformer les usages et les représentations des quartiers, contribuant à leur repositionnement dans le débat public et politique.
Évolutions récentes et projets d’aujourd’hui
Des villes comme Lyon et Marseille illustrent des mutations urbaines parallèles: La Confluence à Lyon transforme un ancien quartier industriel en un lieu de vie et de culture, tandis que les grands projets Euroméditerranée à Marseille et Euralille à Lille mondialisent leur cadre urbain en renforçant l’attractivité économique et culturelle. Montpellier poursuit également ses efforts avec des quartiers comme Rive gauche, où l’on explore la ventilation urbaine et l’optimisation du confort climatique pour résister au réchauffement global.
Les quartiers écologiques et les Ecoquartiers se multiplient en France: des ensembles dédiés à l’isolation, aux énergies renouvelables et à la valorisation du patrimoine, afin de parvenir à des logements à énergie positive et à des lieux de vie soutenables. Les projets présentés couvrent des territoires variés: du littoral méditerranéen aux Hauts-de-Seine, en passant par la technopole urbaine Nice Côte d’Azur et les vallées industrielles réaménagées.
Vers un nouveau cadre urbain et culturel
Un programme national d’expérimentation articulé autour de partenariats publics et privés (GIP Europe des projets architecturaux et urbains, ANCT, ANRU, Cité de l’architecture et du patrimoine, Banque des Territoires, Conseil national de l’Ordre des Architectes) soutiendra ces initiatives jusqu’au printemps 2027. L’objectif est d’éprouver des architectures et des dispositifs institutionnels qui recouvrent une autre manière de penser la ville: réorienter l’action publique vers des quartiers démonstrateurs de transition écologique, sociale et culturelle, tout en réinscrivant la parole hab itante au cœur du processus.
En résumé, ces dynamiques successives - de Banlieues 89 à Quartiers de demain - témoignent d’une ambition durable: transformer les lieux et les récits pour que la périphérie devienne une composante centrale de la vie urbaine et culturelle française, capable de rayonner en Europe et au-delà.
