Chocolat et migraines: dynamisme, complexité et approches diététiques

Même si la migraine est une maladie qui comporte encore de nombreuses zones d’ombre, il semblerait qu’un lien puisse être fait entre la migraine et l’alimentation. Un suivi des apports alimentaires est clé pour établir un lien entre l’alimentation et les crises de migraine. Certains aliments sont souvent déclarés comme facteurs déclenchants. C’est, par exemple, le cas de l’alcool, des produits laitiers, du chocolat ou du café. Les aliments transformés sont aussi souvent déclarés comme facteurs déclenchants. Beaucoup d’études ont été menées dans le but de comprendre la relation entre la diététique et les crises de migraine. Aujourd’hui encore, aucun résultat ne permet de tirer des conclusions généralisables.

Comme l’a rappelé le Docteur Mawet au sommet francophone de la migraine, organisé par l’association de patients La Voix des Migraineux, ce ne serait pas l’aliment en lui-même qui provoquerait la migraine, mais à l’inverse la phase initiale de la crise qui provoquerait l’envie de manger un aliment particulier, comme du chocolat. A ce stade, les symptômes ne seraient pas encore présents. Manger du chocolat ne serait pas la cause de la migraine, mais une sorte de conséquence du prodrome. Certaines personnes seraient sensibles à des composants alimentaires comme les nitrites (contenus dans les radis ou la betterave par exemple) ou les sulfites (contenus dans les fruits secs ou les jus de fruits par exemple).

Chez certaines personnes, certains aliments peuvent être identifiés comme facteurs déclenchants. Lors de la consommation de boissons alcoolisées, les vaisseaux sanguins se dilatent, ce qui favorise le développement des crises de migraine. Le lien entre consommation d’alcool et migraine pourrait aussi dépendre de la culture du patient. La deuxième étude, menée en Chine sur 1219 patients et publiée en 2013 sur les facteurs déclenchants des migraines en Chine, suggère que l’alcool fait bien partie des facteurs déclenchants les plus déclarés dans ce pays, avec les règles, les changements météorologiques et le bruit. Ainsi, une revue de littérature fait le constat que ces constatations opposées laissent penser que certaines personnes ou que certaines cultures peuvent être plus ou moins sensibles à la consommation d’alcool en tant que facteur déclenchant de crise de migraine.

Pour certaines personnes, la caféine est déclarée comme facteur déclenchant. Une étude, menée par le professeur Mukadder Mollaoglu en Turquie, publiée en 2013, s’intéresse aux facteurs déclenchants des migraines sur 126 patients migraineux. D’après cette étude, chez 6,3% des patients, la caféine est synonyme de migraine. Mais cette étude est bien trop petite pour en tirer des conclusions généralisables. Pour la majorité des patients, la caféine n’est pas reconnue comme facteur déclenchant mais il serait important de ne pas en consommer trop. La prise régulière de caféine pourrait rendre le cerveau sensible et dépendant. Si la prise devient irrégulière, le manque de caféine pourrait entraîner des crises. De plus, la caféine a un fort impact sur le sommeil. Il n’est pas recommandé pour les personnes souffrant de troubles du sommeil et de migraine de consommer de la caféine.

Plusieurs patients déclarent d’autres aliments en facteurs déclenchants. Aucun aliment ou aucune boisson n’est clairement et directement identifié comme étant un facteur déclenchant. 🍽 Un régime miracle contre la migraine ? D’autres aliments ne présentent aucun risque pour les migraines. Attention, il n’existe pas de régime miracle pour limiter les migraines. Cependant, certaines recherches suggèrent que les régimes faibles en gras seraient bénéfiques pour les personnes souffrant de migraine. Lors du World Migraine Summit de 2021, le docteur Savage-Edwards a évoqué ce qu’il appelle le « régime de la migraine ». Un seul pourrait, peut être, avoir un intérêt qui reste à démontrer, c’est le régime cétogène. Ce régime doit être encadré médicalement. C’est un régime riche en lipide. Il est utilisé en complément des traitements des maladies comme l’épilepsie. En ce qui concerne l’apport nutritionnel de ce régime, le patient supprime les féculents et les produits sucrés. Cependant, il est important de faire attention à consommer suffisamment de protéines. Le patient cherche aussi à consommer plus de bons aliments gras et de bonnes graisses : les viandes et les poissons gras, les huiles, les produits laitiers gras. Par ailleurs, adapter le rythme de nutrition peut influencer la survenue de migraine.

Une étude, menée en 2014 aux Etats-Unis sur 1648 patients, a pour but d’identifier s’il y a un lien entre les horaires des repas ou des grignotages et les crises de migraine. En effet, le fait de dîner tard diminuerait le risque de migraine de 21%. Quant aux collations nocturnes, elles seraient associées à une baisse de 40% des crises de migraine. Ces résultats montrent que le comportement alimentaire dans la gestion des maux de tête pourrait avoir un effet positif (ou négatif en fonction de la situation) sur la migraine. Une autre étude, publiée dans la revue J Headache Pain, a observé la relation entre le nombre de migraines et le fait de jeûner. Durant le mois de Ramadan, il y a eu une augmentation des crises de migraine comparé à un mois sans jeûne. Le jeûne pourrait donc être un élément favorisant des crises de migraine. Si on prive le corps d’un apport nutritif suffisant, il est forcé de métaboliser les graisses, ce qui n’est pas bon pour le métabolisme cérébral. Cependant, cette étude a été réalisée sur 32 patients et est donc trop petite pour en déduire des conclusions généralisables.

  1. Conclusion: Le lien entre l’alimentation et les crises de migraine est encore flou. Les études, multiples et trop petites, n’arrivent pas toujours aux mêmes conclusions.
  2. Des éléments du chocolat: tyramine, caféine, théobromine et sucre peuvent influencer les déclencheurs chez certains individus, mais les résultats ne sont pas généralisables.
  3. La variabilité individuelle est majeure: ce qui déclenche une crise chez l’un peut être toléré par l’autre; stress, lumière et manque de sommeil interagissent aussi.

Le chocolat et ses mécanismes potentiels

Le chocolat est souvent évoqué comme déclencheur possible de migraines. Des études indiquent que le chocolat contient de la tyramine, une amine vasoactive, qui pourrait influencer la mobilité des vaisseaux sanguins. Néanmoins, en choisissant du chocolat de haute qualité, comme certains chocolats d’origine Pérou, on minimise ce risque, et l’association n’est pas systématique puisque de nombreuses personnes consomment du chocolat sans migraine. Les recherches sur le lien chocolat-migraine donnent des résultats variés; des essais en double aveugle ne montrent pas de différence notable avec le placebo concernant l’apparition de migraines. Par ailleurs, le cacao apporte des nutriments bénéfiques potentiels pour les migraineux, comme le magnésium, la riboflavine et le tryptophane. Pour ceux qui souhaitent intégrer le chocolat sans augmenter le risque, il est recommandé de privilégier le chocolat noir contenant au moins 70% de cacao et d’éviter les additifs et conservateurs.

Pour ceux qui apprécient le goût du chocolat mais doivent en limiter la consommation, le carob peut être une alternative intéressante. Le carob peut être utilisé en poudre ou sous forme de chips dans les recettes, ou pour créer des smoothies avec bananes, patates douces, curcuma, gingembre et baies. Adopter une alimentation équilibrée et veiller à une hydratation suffisante peut contribuer à réduire la fréquence et l’intensité des migraines.

Autres aliments et facteurs à considérer

Outre le chocolat, de nombreux aliments peuvent être des déclencheurs de migraines: alcool, en particulier le vin rouge, la bière et les spiritueux; la caféine, consommée en excès ou de manière irrégulière; fromages affinés riches en tyramine; et divers additifs comme le glutamate monosodique dans les plats transformés, les bouillons cubes et l’alimentation industrielle. Des études et méta-analyses récentes soulignent le rôle possible des nitrates et de l’aspartame dans certains aliments « light ». La tyramine peut aussi participer au déclenchement de céphalées, et son impact varie selon les personnes et leur métabolisme. L’hydratation demeure un facteur clé: la déshydratation est une cause fréquente de céphalées et peut aggraver la susceptibilité à la douleur chez les migraineux.

Le cadre global reste holistique: la détection des déclencheurs est individuelle et passe par le journal alimentaire, le suivi médical et une approche personnalisée. Le régime cétogène est évoqué comme piste potentielle lorsqu’il est supervisé médicalement, notamment chez les patients en surpoids. Ce régime peut influencer les horaires et les habitudes alimentaires et doit être envisagé avec prudence, car il peut être désocialisant et nécessite un accompagnement adapté.

Pratiques et conseils pour les migraineux

Pour ceux qui souffrent de migraine, il n’existe pas de régime anti-migraine universel. Cependant, quelques principes peuvent être utiles: maintenir une alimentation équilibrée, privilégier des repas réguliers et un apport hydrique suffisant, surveiller les horaires et éviter les variations brusques dans l’alimentation et le sommeil, et gérer le stress. Le journal alimentaire et des symptômes demeure un outil clé pour identifier les déclencheurs spécifiques à chaque individu. Le chocolat peut rester une option, mais avec modération et choix qualitatifs; le café et l’alcool doivent être consommés avec prudence, selon la sensibilité personnelle et les conseils médicaux. Le but n’est pas l’interdiction générale, mais l’adaptation personnalisée pour réduire les crises et améliorer la qualité de vie.

graphique relation alimentation et migraines

La migraine en image expliquee par un Neurologue

En définitive, appréhender et contrôler les migraines exige une approche holistique et personnalisée. Les principaux éléments du chocolat pouvant déclencher des migraines chez certains individus incluent la caféine, la tyramine et la phényléthylamine. Le chocolat ne déclenche pas les migraines par une allergie, mais plutôt à cause de certains de ses composants. Outre le chocolat, de nombreux aliments peuvent être des déclencheurs de migraines: alcool, caféine, fromages affinés et aliments riches en glutamate monosodique ou tyramine. La migraine est une maladie complexe, influencée par le stress, la lumière, le manque de sommeil et les variations hormonales, et elle bénéficie d’une gestion adaptée à chaque patient.

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