Biographie du chef pâtissier Nicolas Lenoir, figure majeure de l’architecture et des affaires au XVIIIe siècle

Restez toujours informé : suivez-nous avec Google (cliquez sur ☆)IntroductionSamson Nicolas Lenoir« le Romain »PrésentationNom de naissanceSamson Nicolas François LenoirNaissancev. Représentant du style néoclassique, il commença sa carrière en Bourgogne, actif surtout à Dijon et à Beaune, avant de la poursuivre à Paris après 1763. Il s'y livra à de grandes spéculations immobilières, notamment dans le quartier d'Aligre et au Faubourg Poissonnière. En 1781, il construisit en trois mois le théâtre de la Porte Saint-Martin pour y installer l'Opéra après l'incendie de sa salle du Palais-Royal.

Designé comme élève de Jacques François Blondel, Lenoir monta en loge pour le Prix de Rome en 1752, face à Charles De Wailly, qui eut le prix, Pierre-Louis Moreau-Desproux et Pierre-Louis Helin. Il partit néanmoins pour l'Italie à ses frais et fréquenta l'Académie de France à Rome sans en être officiellement pensionnaire. Selon Michel Gallet : « Certaines constantes de son œuvre, si pénétrée d'éléments maniéristes, suggèrent qu'il s'est arrêté à Gênes, où il noua aussi d'utiles relations.

Débuts en Bourgogne et premiers chef-d’œuvres

De retour en France, il commença sa carrière en Bourgogne, et plus particulièrement à Dijon où subsistent plusieurs de ses œuvres de jeunesse. Il est incontestablement l'auteur de l'hôtel de Lantenay, construit entre 1756 et 1759 pour Bénigne III Bouhier de Fontaine, qui abrita l'intendance avant de devenir la préfecture. Bien implanté dans la capitale bourguignonne en 1760, où il vivait dans la compagnie des artistes et des mécènes, il travailla également en Lorraine pour la maîtrise des Eaux et Forêts. Dès la fin de la guerre de Sept Ans, Lenoir s'établit à Paris où il poursuivit une intense carrière d'architecte et de spéculateur.

Spéculation immobilière et aménagement de Paris

Profitant du rétablissement de la confiance sous les ministères de Turgot et de Necker, des investisseurs immobiliers achetaient, à la périphérie de la capitale, des terrains mal exploités par des communautés religieuses et, avec l'agrément de la Ville de Paris et du Conseil du roi, ils aménageaient la voirie, créaient des égouts couverts, perçaient des rues qui recevaient des noms d'échevins - Buffault, Taitbout, La Michodière, Hauteville, Caumartin... - et faisaient construire dans ces lotissements des bâtiments d'habitation ordonnés de préférence autour d'un édifice public.

En 1763, pour l'abbaye Saint-Antoine-des-Champs, Lenoir ajouta deux nouvelles ailes aux bâtiments abbatiaux, dont l'une subsiste dans le complexe de l'hôpital Saint-Antoine. À l’initiative de Gabrielle Charlotte de Beauvau-Craon qui voulait créer un marché de denrées comestibles et de fourrage et désengorger la rue du Faubourg-Saint-Antoine, il construisit le marché d'Aligre en 1767 sur des terrains cédés par l'abbaye à des opérateurs privés regroupés autour de lui, dont le sieur Chomel de Scériville qui servit de prête-nom pour la revente des immeubles. Lenoir conçut le plan-masse du lotissement, le marché, les quatre immeubles formant les angles de la place centrale ovale. Il traça quatre rues, parallèles deux à deux pour desservir la place du marché : la rue d'Aligre, la rue Lenoir, la rue de Cotte et la rue Trouvée. Il s'attacha à édifier entre 1767 et 1786 des maisons de rapport d’une très grande qualité architecturale, dont le n°17, rue d’Aligre porte témoignage.

Réseau d’affaires et projets urbains

Lenoir se lia dans ses affaires à son beau-père, Henri Riboutté, contrôleur des rentes de la Ville et administrateur de la Royale incendies, ainsi qu'au banquier Guillaume Kornmann, qui fit un procès à Beaumarchais pour une retentissante affaire de mœurs. Au nord, vers le Clos-Cadet, la rue Bleue et la rue Buffault, il fut associé au notaire Margantin. Associé à Douet de Montigny, il édifia pour l'entrepreneur et spéculateur Jean Bimont le côté sud de l'actuelle place de la Bourse. Pour la famille de Choiseul, il construisit entre la rue de Choiseul et la rue Pagevin. Rue d'Angiviller (aujourd'hui disparue), près de la colonnade du Louvre, il construisit dans le cadre d'une spéculation menée en association avec Étienne Navault, receveur des domaines de la généralité de Lyon, un ensemble immobilier de cent travées de sept niveaux sous une forte corniche dorique qui impressionna par son austérité et sa monumentalité.

De l'autre côté du Louvre, à l'angle de la rue Saint-Honoré et de la rue Saint-Nicaise, sur l'emplacement des Quinze-Vingts, transférés au faubourg Saint-Antoine, il construisit des immeubles de rapport et amorça la reconstruction de la place du Palais-Royal. Entre le quai de la Tournelle et le collège des Bernardins, il édifia la halle aux Vaux. Les Destutt de Tracy le chargèrent de construire un ensemble immobilier rue Saint-Denis à proximité de l'abbaye Saint-Chaumont, opération dont la rue de Tracy conserve le souvenir.

Théâtres, plaisirs et revers

En 1781, les affaires traitées par le cabinet de Lenoir engageaient un volume de capitaux considérable de 18 à 20 millions de francs. Pour assurer sa réputation, Lenoir eut l'ambition de construire un théâtre. En 1782, lorsqu'on envisagea de donner une nouvelle salle aux Italiens, il s'associa avec Benoît de Sainte-Paulle pour proposer de la situer dans le quartier du Faubourg Poissonnière, au centre d'une place ovale vers laquelle convergeraient de nouvelles rues. Cette disposition permettait d'isoler le théâtre, précaution utile en cas d'incendie.

Le projet est connu, dans ses élévations, par « un très beau dessin en perspective qui dilate abusivement le volume et les espaces (collection Destailleur). Le péristyle ionique est tourné vers le Boulevard. Les élévations latérales, divisées en deux niveaux et ceinturées de balcons ont été jugées mesquines mais vont valoir le péristyle. Le comble est une pyramide à huit versants.

Le comble est une pyramide à huit versants. Lenoir avait été plus heureux avec l'Opéra qu'il fallut reloger d'urgence après le second incendie du Palais-Royal, le 8 juin 1781. Il ne lui fallut pas plus de deux jours pour proposer un projet de reconstruction in situ. Lenoir proposa, pour sa part, de construire une nouvelle salle sur un terrain que lui-même et ses commanditaires, Kornmann et Riboutté, possédaient à l'entrée de la rue de Bondy, à proximité de la Porte Saint-Martin. Cette idée reçut l'approbation de Louis XVI et la construction de la nouvelle salle fut réalisée en un temps record de 86 jours, entre le 26 août et le 26 octobre 1781 en architecture. Pour cela, on dut autoriser les charrois de matériaux à entrer nuitamment dans la capitale et l'on travailla les dimanches et fêtes.

Connue sous le nom de théâtre de la Porte Saint-Martin, la nouvelle salle présentait « une façade qui manifestait l'indépendance d'esprit et l'éclectisme de Lenoir. Les atlantes du rez-de-chaussée étaient des motifs qu'il avait toujours aimés. Mais la frise en bas-relief et les trois serliennes éclairant le foyer étaient des concessions au goût du jour.

La période des Vauxhalls et les dernières années

Les Bains chinois, boulevard des Italiens, 1787. Lenoir profita également de la vogue, importée d'Angleterre, des luxueux établissements de plaisirs appelés Vauxhalls. Pour l'entrepreneur Le Bourguignon, il transforma le Vauxhall d'hiver créé en 1769 par les frères Ruggieri à la foire Saint-Germain. Puis, il prit l'établissement à son compte et le transféra, sous le nom de Panthéon d'Hiver au Palais-Royal, foyer de la prostitution et du jeu, sur un terrain biscornu dont il tira habilement parti, rue Saint-Thomas-du-Louvre. On y trouvait un salon chinois, un café turc, et l'architecte s'y réserva un appartement personnel.

Dans les années 1780, les affaires de Lenoir souffrirent de ses rapports financiers avec le machiniste Boullet ainsi que des engagements contractés pendant l'opération de l'Opéra. « Bien qu'il n'ait jamais cessé d'être actif, il se débattit désormais dans les embarras d'une déconfiture larvée. À cette époque, il fit graver un projet d'opéra de forme circulaire à construire au Carrousel.

Sous le Premier Empire, il construisit l'abattoir de Villejuif. Il tenta une dernière spéculation en construisant le Théâtre de la Cité, face au Palais de Justice, genre de Vauxhall entouré de rues intérieures qui préfiguraient les passages et doté d'un décor extravagant. « Séparé à l'amiable de son épouse, voyant peu ses enfants, il mourut chez le concierge du Louvre, dans une relative pauvreté, mais non dans l'indigence comme l'écrit le rédacteur du Grand Larousse.

Lenoir avait été un homme droit, courageux et puissamment organisé, digne dans toutes ses attitudes, conciliant, clair et direct dans sa correspondance. Très exigeant pour lui-même, il le fut pour ses collaborateurs. Nous avons trouvé sur un dessin cette inscription de sa main : “Il faut une pareille copie pour demain à onze heures du matin”. Les Goncourt ont signalé Lenoir comme “un architecte plein d'attentions pour les femmes”. En Lenoir, l'artiste et l'homme d'affaires s'étaient égalés.

Héritage architectural et lieux notables

Une rue de Dijon porte aujourd'hui le nom de Lenoir. Hôtel de Lantenay (47, rue de la Préfecture, actuel siège de la préfecture de région) : Hôtel élevé de 1756 à 1759 pour Bénigne III Bouhier de Fontaine, brigadier des armées du roi, frère du célèbre président Bouhier ; achevé par son fils, Bénigne IV Bouhier de Fontaine, marquis de Lantenay et conseiller au Parlement. « C'est l'un des édifices de transition les plus importants où apparaît en France l'esprit néo-classique.

Extraits sur les réalisations et les lieux

Petit-Hôtel Berbisey (27, rue Berbisey) : Légué par Jean de Berbisey, premier président du Parlement de Bourgogne, au profit des premiers présidents afin qu'ils puissent soutenir leur rang, il est entièrement remanié de 1761 à 1767 par Lenoir pour Claude-Philibert Fyot de La Marche (†1768), premier président honoraire, commanditaire du château de Montmusard. Le projet de Lenoir a été gravé par Monnier. « Cette architecture est inspirée des estampes de Delafosse et de J.-Fr. De Neufforge. Porte Saint-Nicolas, porte de ville, rue de Lorraine (1762-1770) : Le projet de reconstruction de la porte, d'un nouveau pont, du logement du portier et d'une glacière fut dressé en 1762 par Lenoir Le Romain.

Carte montrant l’emprise urbanistique et les principaux quartiers aménagés par Lenoir à Paris (1760-1780)

Château de Toulongeon, à La Chapelle-sous-Uchon près d'Autun (Saône-et-Loire) (1756, détruit) : Agrandissement ou reconstruction pour Théodore Chevignard de Chavigny, gouverneur de Beaune. Après lui, le château appartint au comte de Vergennes, célèbre ministre de Louis XVI. Château de Longecourt-en-Plaine (1757-1761) : Transformation d'un château féodal en demeure de plaisance pour le compte de Nicolas-Philippe Berbis. Des ouvertures sont percées dans les murailles de brique. Sur celles-ci, sont plaquées des guirlandes et des décors de stuc réalisés par des spécialistes allemands et italiens. On bâtit en avant des ailes des portiques d'ordre toscan supportant des balcons avec balustrades. Les dispositions intérieures du corps central sont complètement transformées : hall à colonnes au rez-de-chaussée et immense salon décoré de stuc imitant le marbre à l'étage. Les escaliers à vis, d'aspect médiévaux, sont remplacés par un escalier intérieur à double rampant.

Quartier d'Aligre (12e arrondissement) : En 1763, pour l'abbaye Saint-Antoine-des-Champs, Lenoir ajouta deux nouvelles ailes aux bâtiments abbatiaux, dont l'une subsiste dans le complexe de l'hôpital Saint-Antoine. Il construisit le marché d'Aligre (1767) sur des terrains cédés par l'abbaye et créa alentour un nouveau quartier (lotissement d'Aligre, 1767-1786).

Plan-masse montre la place centrale et les rues Aligre, Lenoir, Cotte et Trouvée

Hôtel Benoît de Sainte-Paulle (30, rue du Faubourg-Poissonnière, 10e) : Construit en 1773 pour François Benoît de Sainte-Paulle, spéculateur à l'origine de la création du quartier du Faubourg Poissonnière. Le plan massé du logis rappelle le Petit Trianon et témoigne des influences de Peyre le Jeune et de Lenoir dans le bâtiment. L’hôtel a été altéré au XIXe siècle par le lotissement du jardin.

Ascension et fin de vie

Le 23 juillet 1762, Théodore Chevignard de Chavigny, gouverneur de Beaune, fit don de 4 800 livres pour participer à l'édification de la porte Saint-Nicolas. Vers la fin des années 1780, les affaires de Lenoir souffrirent de ses rapports financiers et des engagements pris pendant l'opération de l'Opéra. Il mourut dans des conditions modestes mais non indigentes selon certaines sources. Lenoir était reconnu comme un homme droit, courageux et puissant organisateur, exigeant envers lui-même et ses collaborateurs.

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