En prise avec son époque, la toile du "Bal du Moulin de la Galette" se rapproche de la quintessence de l'impressionnisme. Auguste Renoir allie une technique très aboutie, et une scène de vie, symbole de la fin du 19e siècle. Avec ce tableau, nous sommes emportés dans la joie et la danse de cette scène caractéristique de la fin du 19e siècle à Montmartre. À la façon qu'ont les impressionnistes de sortir des ateliers, Auguste Renoir plante son chevalet au milieu de la fête et nous emmène avec lui.
Renoir a dû étaler sa réalisation sur six mois. Il avait loué juste à côté, rue Cortot, un atelier dans un grand jardin à l'abandon. Et donc il faisait la navette quand il avait des copains qui pouvaient porter le tableau jusqu'au Moulin de la Galette. Car c'était un grand tableau. Il fait à peu près 1m30 de haut sur 1m70 de large. Et donc, il le portait au moulin de la Galette. Mais Valérie Mettais nous explique, que cette volonté de saisir l'instant ne se fait pas sans un profond travail d'étude et préparatoire : "il continuait à faire poser des modèles à la fois dans son atelier ou alors dans son jardin. Et ce qu'on sait aussi aujourd'hui, c'est qu'il a fait deux grandes compositions, de grandes esquisses d'ensemble. Donc ce qui détonne un peu avec l'impressionnisme où tout est spontané, on travaille devant la nature, etc. Là, ce n'est pas complètement le cas. Il a fait beaucoup d'études préparatoires."
Ce qui se dégage de ce tableau, c'est une énergie folle qui nous fait vivre le moment avec les protagonistes. Auguste Renoir parvient à retranscrire les mouvements de la danse : "Il nous emporte dans son mouvement. Il y a une telle énergie contenue dans ce mètre carré de toile peinte. Comme il y a beaucoup de choses à voir, je ne saurais pas vraiment vous dire exactement ce qui crée cette impression. On dirait un kaléidoscope. Peut-être qu'il n'y a pas de hiérarchie, de netteté entre les différents plans. Les visages des couples qui dansent derrière sont aussi nets que ceux du premier plan. Et ça, c'est assez similaire à la danse."
La toile de Renoir dégage une impression sensible de fraîcheur et de joie, obtenue par le jeu des couleurs claires et par les sourires qui animent les visages. Enfin, l’unité de l’ensemble est due à la mobilité de la lumière, distribuée en taches roses, jaunes et bleues sur les robes, les canotiers ou le sol. Chez Van Dongen, on ne fait que deviner la foule. L’artiste préfère se concentrer sur deux couples au premier plan, qui font écho à ceux de Renoir. Mais leurs attitudes et leurs gestes sont plus éloquents, et le cadrage lui-même est plus parlant. L’impression de grâce et d’ardente naïveté qui imprègne l’œuvre de Renoir cède ici la place à des flirts plus affirmés.
Dans l’une comme dans l’autre toile, les couleurs sont posées par touches libres, visibles, sensuelles ; toutefois, elles sont plus larges et plus empâtées chez Van Dongen, mais aussi plus vives, plus exaltées (les roses devenant rouges, et les bleus virant au noir), et elles correspondent parfaitement à l’esthétique fauve, dont il fut un grand représentant. La toile de Renoir adopte délibérément un point de vue positif. Tout y contribue à exprimer la joie et la gaieté qui ont valu à l’artiste le titre de « peintre du bonheur ». C’est une atmosphère bon enfant qui l’emporte ici contrairement à la toile de Van Dongen. Chez ce dernier, l’ambiance est plus canaille, mais plus sensuelle également.
Quelle qu’en soit l’approche, ces toiles chantent une époque révolue d’un Montmartre dont les bas loyers attirent les artistes et la bohème, mais aussi les lorettes faisant de la Butte un quartier tumultueux. Dans le dernier quart du XIXe siècle, Paris est le cœur battant de la vie artistique mondiale. Artistes Plongez-vous dans l'ambiance insouciante d'un dimanche après-midi à la guinguette avec le Bal du Moulin de la Galette, d'Auguste Renoir. Peint en 1876, ce chef d’œuvre de l'impressionnisme dépeint une scène typique de la fin du XIXe siècle à Montmartre.
Le Moulin de la Galette qui donne son titre à ces deux toiles se situait sur la butte Montmartre, à côté du moulin qui existe encore aujourd’hui et auquel il doit son nom. À la fin du XIXe siècle, tous les dimanches après-midi, le petit monde bohème parisien se retrouve dans cette guinguette, sous les arbres, pour danser, manger et boire entre amis. Renoir réalise de nombreuses études préparatoires pour construire cette composition complexe, avec l'aide de ses amis qui posent volontiers. La toile, très représentative de la période impressionniste de Renoir, dégage un air d'insouciance et de gaieté.
Renoir la présente au Salon des impressionnistes de 1877, et elle reçoit un accueil mitigé. Cependant, certains critiques soulignent la réussite de la retranscription de cette ambiance si particulière, à l'image de Gustave Geffroy, qui décrit fort joliment la toile : « Le Moulin de la Galette est l'un de ces complets résumés d'observation vitale et d'ambiance lumineuse : griserie de la danse, du bruit, du soleil, de la poussière d'une fête en plein air, un rythme où tournent et s'immobilisent les robes roses, bleu clair, bleu sombre, noires. » Achetée par son ami et mécène Gustave Caillebotte en 1879, ce dernier lègue la toile à l’État en 1894. La toile sera rapidement reconnue comme un chef d’œuvre lors de son arrivée au Musée du Luxembourg. Elle figure maintenant en bonne place au Musée d'Orsay.
Le Bal du Moulin de la Galette date bien de 1876. Les archives du musée d'Orsay et les témoignages de l'époque confirment que cette peinture a été réalisée en 1876, lorsque Renoir s'est installé rue Cortot pour travailler en plein air. L'œuvre a été présentée dès 1877 lors de la troisième exposition impressionniste, attestant de sa datation précise.
Renoir cherchait à capturer le plaisir simple des dimanches parisiens et l'esprit moderne de son époque. Il voulait immortaliser cette atmosphère bon enfant où ouvriers et artistes se mêlaient pour danser et partager des galettes. Cette scène de vie populaire incarnait pour lui la joie spontanée et la lumière vibrante qui définissaient l'esthétique impressionniste. Le Bal du Moulin de la Galette figure parmi les œuvres les plus emblématiques de Renoir, aux côtés du Déjeuner des canotiers et des Jeunes filles au piano. Cette peinture reste l'une des plus reproduites et admirées, symbolisant à elle seule l'impressionnisme français et la vision lumineuse de l'artiste.
Quelle est l'histoire du Moulin de la Galette ? En 1812, le meunier Nicolas-Charles Debray, propriétaire du Moulin Blute-Fin, rachète le Moulin Radet. Le Blute-Fin fournit Paris en farine tandis que le Radet concasse des graines pour la parfumerie. Visionnaire, Debray réunit les deux moulins en déplaçant le Radet près du Blute-Fin, ouvrant une guinguette qui fera la renommée de ce lieu légendaire. Ce tableau est une scène de genre entièrement sur place. Un travail ambitieux de Renoir qui a impliqué de longues études préparatoires et de longues séances de pauses. Transporter la toile depuis son atelier tout proche. Chefs-d'œuvre des débuts de l'impressionnisme. En effet, Renoir se dégage de l’art académique de l’époque. Tout d’abord, il ne peint pas en atelier, il peint devant la scène et peint à l’extérieur. Il abandonne les règles classiques pour saisir une scène en mouvement. Les couleurs et les tons se fondent avec l’entourage. L’éclairage tamisé par les arbres détermine sur la peau rose pâle au violacé. L’étude de la lumière sur l’individualisation des modèles.
Le Bal du Moulin de la Galette est une porte d’entrée vers une série de scènes de loisirs en plein air qui deviendront sa signature: canotiers au bord de Seine à Chatou, déjeuners ensoleillés sur les terrasses fluviales, promeneurs sous les arbres. Le style de cette œuvre repose sur des touches rapides, posées par petites virgules de couleur juxtaposées. Plutôt que de mélanger longuement les pigments, il applique des empâtements visibles qui créent une vibration optique. Cette technique impressionniste traduit le mouvement des danseurs et l’éclat fugace de la lumière d’été. Le paysage et les personnages interagissent dans une diagonale qui traverse la toile et assure une unité par la lumière filtrée par les feuillages.
Le Bal du Moulin de la Galette représente plus qu’une simple danse; il reflète la dynamique sociale de l’époque, avec un mélange de classes sociales dans un espace commun. Prochainement, Renoir installe son chevalet directement dans le jardin de son atelier rue Cortot, ce qui lui permet de transporter la toile de grand format entre les séances de travail, renforçant l’authenticité du moment capturé en plein air. Le tableau montre des personnages identifiables et anonymes du petit peuple parisien, créant une impression de scène vécue plutôt que mise en scène.
Le Bal du Moulin de la Galette est non seulement une œuvre maîtresse de l’impressionnisme, mais aussi un instantané vibrant de la vie parisienne du XIXe siècle, dont l’influence et la portée se font encore sentir aujourd’hui. Plusieurs critiques et historiens soulignent la réussite de Renoir dans la retranscription de la lumière et du mouvement, qui ont façonné une esthétique qui continue d’inspirer les artistes contemporains, notamment dans la façon de représenter la lumière et l’ambiance.
