Ce récit nous transporte au cœur d'une aventure singulière : un voyage de plusieurs jours à travers l'Europe, entrepris avec la seule compagnie de l'autostop et des rencontres humaines inattendues. L'objectif principal n'est pas seulement de parcourir des kilomètres, mais de s'immerger dans la diversité des paysages, des cultures et des vies, le tout orchestré par le hasard des routes et la générosité des inconnus. L'expérience débute avec une préparation de six mois, prélude à une expédition de dix mois qui promet d'être riche en enseignements et en découvertes.
Le Premier Jour : De la Banlieue Parisienne aux Portes de l'Allemagne
Le voyage commence le 5 septembre 2023, avec une sensation étrange, celle de ne pas encore mesurer l'ampleur de l'aventure à venir. Le premier trajet, effectué en RER de la Défense à Bussy Saint-Georges, révèle une banlieue parisienne paisible et agréable, un signe avant-coureur de la tranquillité que l'on espère trouver sur la route. La première rencontre est particulièrement symbolique : Maxime, un trentenaire d'origine cambodgienne et vietnamienne, prend en charge la voyageuse. Il la dépose non loin de Disneyland, avec une vue imprenable sur le château de la Belle au Bois Dormant, une scène insolite qui marque le début de l'odyssée.

Ensuite, c'est au tour d'un jeune homme de la conduire vers le péage de l'A4. La route, large et rapide, rend la visibilité difficile pour les autostoppeurs. Heureusement, un gros camion s'arrête. Jean-Pierre, la cinquantaine, revient du Mans, son véhicule vide. Il se dirige vers Reims pour charger des marchandises avant de rentrer chez lui dans les Ardennes. Au cours de la conversation, Jean-Pierre partage sa passion pour le métier de routier, décrivant son évolution au fil des vingt dernières années. Il met en avant les contraintes, mais surtout le bonheur de découvrir un nouvel endroit chaque jour. Bien qu'il ne parcoure plus l'Europe comme autrefois, il assure que chaque département français offre des paysages uniques, et que le simple fait d'être sur la route est la plus grande satisfaction de son métier. Son parcours rappelle celui d'Ivan, un routier rencontré en Croatie. Jean-Pierre évoque également la solitude inhérente à cette profession.
À Reims, le voyage prend une nouvelle direction, quittant l'autoroute pour Châlons-en-Champagne, en compagnie de Fatimazora et Jérôme. Elle est marocaine, il est français. Ils se sont rencontrés en ligne durant la pandémie de COVID-19 et se sont mariés peu de temps après. Fatimazora, installée en France depuis près d'un an, attend un heureux événement pour décembre. La perspective d'avoir un garçon la comble de joie, car elle n'a que des sœurs et des nièces, et cette expérience sera nouvelle pour elle. L'ambiance dans la voiture est joyeuse, rythmée par une playlist entraînante. Fatimazora partage son bonheur en évoquant la mosquée Hassan II de Casablanca.
Le trajet de Châlons à Gérardmer se fait avec Antoine, un jeune homme du même âge qui a choisi un mode de vie nomade. Originaire de Rouen, il rend visite à son oncle dans les Vosges. L'autostop est son moyen de transport privilégié, et il se décrit avec humour comme un "parasite de la société". C'est avec lui que la voyageuse découvre les magnifiques paysages des Vosges, les vignobles, les vallées, les petites montagnes et les charmants villages.
La journée se termine avec l'arrivée à Busach, la frontière franco-allemande. Désireuse d'accélérer le rythme, la voyageuse opte pour un TER jusqu'à Fribourg, puis un tramway pour quitter la ville. La nuit est tombée, mais elle tente malgré tout l'autostop sous les lampadaires. Par miracle, une jeune femme s'arrête et la conduit sur une cinquantaine de kilomètres jusqu'à une gare, d'où elle prend un autre TER vers sa destination finale : Villingen-Schwenningen, la ville principale de la Forêt-Noire. Après avoir parcouru 600 km, 9 voitures, 1 camion et 2 trains régionaux et 1 tram, elle arrive enfin, épuisée, chez les parents de Bastian, un ami allemand rencontré à Bordeaux. Ils l'accueillent chaleureusement dans leur grande maison et l'aident à planifier le trajet du lendemain. Épuisée, elle s'endort rapidement. Malgré la fatigue et l'inquiétude d'arriver chez des inconnus, la journée s'achève avec la satisfaction d'avoir battu son record de distance en autostop sur une seule journée.
Le Deuxième Jour : Des Lacs Allemands aux Montagnes Autrichiennes
Le 6 septembre 2023, l'objectif est simple : arriver moins tard que la veille, avec l'espoir d'atteindre l'Autriche. La mère de Bastian dépose la voyageuse à un endroit stratégique, après un petit-déjeuner typiquement allemand (pain et fromage) durant lequel les conversations portent sur l'avenir, l'orientation et les perspectives de vie. La chance sourit rapidement lorsqu'un fourgon la conduit directement à Singen, près du lac de Constance. Sur une station-service, elle convainc en moins de cinq minutes Michael et Katarina de la prendre. Ils sont en vacances avec la famille de Michael, qui voyage dans une autre voiture. Les échanges sont brefs, mais la voyageuse admire le paysage, les lacs et les vignobles pendant un long moment. En sortant de l'autoroute, l'impression d'être dans le monde d'Heidi se fait sentir : prairies d'un vert éclatant, collines et maisons bavaroises pittoresques.

Le rythme est plus lent, fait de petits trajets de village en village. C'est alors qu'un routier canadien, Steeve, s'arrête. Intriguée par sa présence, elle lui pose des questions, auxquelles il répond en riant. Son tableau de bord est orné d'objets insolites : peluches, figurines de camions, attrape-rêves, drapeaux, et même un rouleau de papier toilette. Il accepte de faire un détour pour l'avancer, une proposition bienvenue.
L'accélération du voyage se produit avec Nina, une jeune professeure d'anglais dans un lycée technique. Ayant séjourné en Virginie, aux États-Unis, elle partage des anecdotes sur la culture générale des Américains, notamment leurs questions sur Hitler et la guerre. La voyageuse se retrouve alors entre Munich et Salzbourg. C'est Claudia, une dame d'une soixantaine d'années, absolument adorable, dynamique, solaire et souriante, qui la fait passer la frontière. Heureuse d'aider, elle se rend à Salzbourg pour voir sa fille. Ce fut un moment très agréable. Claudia la dépose sur le périphérique de la ville. Un dernier conducteur, un Allemand typique avec ses lunettes de vitesse, sa BMW et sa bière à la main, la conduit jusqu'aux montagnes autrichiennes, dans le village de Pfarrwerfen.
Ce soir-là, elle loge dans un hôtel qui l'avait déjà accueillie gratuitement lors de son voyage en Albanie. Elle fait plus ample connaissance avec le propriétaire, un jeune homme timide. Il lui confie son désir passé de voyager, mais son manque de moyens pour financer les hôtels et les restaurants. Désormais, il aide les jeunes à réaliser leurs projets de voyage. Il lui offre l'accès à sa cuisine, où elle prépare un copieux plat de pâtes aux poivrons, savouré avec une vue imprenable sur les montagnes, un pur moment de bonheur.
Le deuxième jour s'est soldé par 560 km parcourus, grâce à 11 voitures, 1 fourgon et 1 camion.
Le Troisième Jour : De la Beauté des Alpes Slovènes
Le 7 septembre 2023, la vue depuis la fenêtre de la chambre influence positivement l'humeur. Le réveil est matinal et joyeux, avec une vue splendide sur les montagnes autrichiennes, un paysage de sapins à perte de vue. En une seule voiture, elle atteint Villach, dans le sud du pays, où se tient le plus grand rassemblement de Harley Davidson au monde. Le spectacle est impressionnant, avec au moins 200 motos passant devant son point de stop.

Elle y rencontre Gerald, un père de famille autrichien travaillant à l'ambassade néerlandaise à Vienne. Ils échangent sur la diplomatie, l'orientation et les stages. Gerald lui raconte l'aventure de sa vie : il a été casque bleu à Chypre et y est resté plus de dix ans, tant il avait aimé cet endroit. Il évoque également la crise économique et financière qui a touché l'île en 2010. Un homme passionnant. Il la conduit jusqu'à Graz. Après une pause déjeuner dans le centre-ville charmant, son dernier trajet jusqu'en Slovénie se fait avec Tibor, un routier qui l'interroge longuement sur sa manière de voyager et de rencontrer des gens.
Elle arrive à Sentilj, un village slovène à la frontière autrichienne, où vivent ses cousins. Il est environ 15h, ce qui lui laisse le temps de flâner en attendant Marko. Ensemble, ils se rendent à Maribor pour boire une bière avec ses amis, une rencontre agréable avec d'autres Slovènes. La fin de journée est douce, marquée par un dîner familial orchestré par Ivanka, qui l'accueille avec un grand sourire.
Le troisième jour a permis de parcourir 370 km, avec 3 voitures et 1 camion.
Le Quatrième Jour : L'Italie et la Hongrie en Ligne de Mire
Le 8 septembre 2023, Ivanka et Marjan, ses hôtes slovènes, partent en voyage à moto vers la Croatie. Après le petit-déjeuner, la voyageuse leur dit au revoir. Marko, leur fils, la conduit à un point stratégique, Lenart. La journée s'annonce particulièrement chanceuse, le temps de trajet étant similaire à celui d'un trajet en voiture. Matej, l'un de ses conducteurs, l'emmène jusqu'à la frontière hongroise. Ils discutent de la manière dont les médias présentent la réalité, et Matej explique que depuis qu'il a des enfants, il redécouvre sa région au lieu de partir en longs voyages. L'idée d'un tour de France en autostop germe toujours dans son esprit.
À la station-service de la frontière, elle aborde Marco, un Italien impressionnant, père de famille, qui s'avère être très drôle et sympathique. Il se rend à Budapest pour le travail, assurant ainsi la fin du trajet. Il partage ses folles histoires d'autostop à l'âge de 15 ans, son voyage en Libye pour le travail, son périple en Chine, et son amour pour la lecture de San Antonio en français. Après une heure de conversation, elle découvre qu'il parle très bien français, mais préfère échanger en anglais.
Elle arrive à Budapest à midi, un timing de plus en plus appréciable. Elle dépose ses affaires chez un étudiant Erasmus qui lui a proposé un hébergement sur Instagram. Elle part ensuite explorer la ville, qu'elle adore : ses rues piétonnes, ses grands boulevards, le Danube, le Parlement, la Basilique. Le temps est magnifique. Elle met à jour ses notes de voyage, se prélassant à l'ombre dans les parcs, avant de retrouver son hôte, Jérémy, en fin d'après-midi. Ingénieur de formation, son rêve est d'ouvrir une brasserie et de produire sa propre bière. Originaire de Saint-Nazaire, il retrouve ses amis français pour regarder l'ouverture de la Coupe du monde de rugby : France contre Australie. Une soirée en terrain connu l'attend.
Ce quatrième jour a vu parcourir 350 km, avec 3 voitures.
Le Cinquième Jour : La Hongrie et la Roumanie, Entre Train et Autostop
Le 9 septembre 2023, Jérémy, son hôte, part pour son week-end d'intégration Erasmus. La séparation est donc assez matinale pour un samedi. Avant son départ, elle avait été avertie que l'autostop en Hongrie serait difficile et peu courant. Comme la veille, c'est un Italien qui l'a transportée, ce qui ne la rassure pas entièrement. Elle décide donc de prendre un train pour avancer de 100 km. L'expérience du train est folklorique : la configuration rappelle le Poudlard Express de Harry Potter. Dans sa cabine, quatre personnes, dont une personne assez excentrique, monte à bord avec un énorme chien, un véritable moulin à paroles. Il installe son chien sur un siège avec une serviette de plage, et l'animal, bien qu'adorable, est peu discipliné et grimpe partout.
Hogwarts Express | Harry Potter Music & Ambience with ASMR Weekly, Celebrating Back to Hogwarts
Après cette expérience, elle commence enfin l'autostop et regrette d'avoir prêté attention aux "on dit que". En effet, trois voitures s'arrêtent en moins de cinq minutes. Elle réalise que l'autostop relève davantage de la bonté humaine et du cœur que de la nationalité ou de la religion. Au bout d'une heure, elle trouve un routier qui se rend à sa destination. Cependant, elle se sépare de lui à la frontière hongro-roumaine en raison d'une file d'attente de 2 km pour les camions, la Roumanie n'étant pas dans l'espace Schengen et nécessitant des contrôles. C'est finalement une bonne chose, car elle découvre la ville roumaine à la frontière, Oradea, dont les façades colorées et fraîchement repeintes sont magnifiques. Après cette petite halte sous 30°C, avec 15 kg sur le dos, elle continue son chemin.
Elle rencontre Abraham Youssef, un personnage original, père de famille et ouvrier. La conversation dérive sur l'identité de genre et la transsexualité, sur fond musical digne des "Belles Chansons de mon père", une situation encore une fois très improbable. Concernant les paysages, la Hongrie est un pays plat, bordé uniquement de champs le long des routes. En revanche, la Roumanie est magnifique, vallonnée, verdoyante, baignée par la lumière du soleil couchant.
Elle arrive en fin de journée à Cluj-Napoca, la deuxième ville de Roumanie, située en Transylvanie. Elle souhaite clamer haut et fort que la Roumanie est largement sous-estimée, car son centre-ville est splendide, avec des bâtiments qui méritent tous une photo. Cela lui rappelle l'architecture des villes slovènes, en plus sophistiqué. Elle a de la chance : un festival ou une fête bat son plein, avec des concerts, des enfants partout et des artistes de rue. Submergée par l'animation, elle finit par rencontrer son hôte du soir, Any, une femme d'une trentaine d'années qui lui a préparé un délicieux gratin, dégusté autour d'une discussion entre voyageuses.
Ce cinquième jour a permis de parcourir 407 km, grâce à 1 train, 2 camions, 2 fourgons et 1 voiture.
Le Sixième Jour : Bucarest et son Parlement Colossal
Le 10 septembre 2023, il est temps de quitter Cluj. Une longue route l'attend, et la sortie de la ville, bien que petite, s'avère être une petite galère. Elle prend un bus, mais peine ensuite à trouver une voiture. C'est alors qu'elle rencontre Andra, une géologue pleine d'enthousiasme. Elle s'arrête à 200 mètres, et pendant que la voyageuse la rejoint, Andra danse et saute à côté de son véhicule, une manière originale et sympathique d'aborder les gens. Andra est en week-end et part en randonnée. Elle lui pose de nombreuses questions. Elle aussi aimait vagabonder dans sa jeunesse, parcourant la Roumanie en train pendant des années. À l'époque, sans téléphone, il fallait se munir d'un épais annuaire répertoriant les lignes de train et les horaires.
Ensuite, pour "finir" le trajet, elle rencontre Konstantin. Il reste encore 250 km à parcourir, soit 4 heures de route le long d'une rivière. Il est étonnant qu'il n'y ait pas d'autoroute entre les deux plus grandes villes du pays. Konstantin, la soixantaine, conduit le petit camion d'une entreprise de pains et brioches. Ils communiquent peu, car il ne parle pas anglais, mais il sourit beaucoup, ce qui permet à la voyageuse de se reposer. Ils font une halte dans un village où il décharge et recharge le camion. Elle assiste à la manœuvre. Ils traversent ensemble une région absolument magnifique, ponctuée de villages aux maisons toutes semblables, bordant la rivière au milieu de la forêt. Konstantin la dépose aux abords de Bucarest, car il doit se rendre à l'entrepôt. Elle prend ensuite le métro pour rejoindre le centre-ville.
Ce qui la frappe le plus, c'est le Parlement de Bucarest. Il est colossal, le deuxième plus grand bâtiment administratif au monde, après le Pentagone à Washington. Elle n'a jamais rien vu d'aussi massif. L'architecture, la grandeur, l'histoire qui se dégage de ce lieu sont impressionnantes.

Le sixième jour a permis de parcourir une distance significative, bien que le détail des kilomètres ne soit pas précisé dans le texte fourni, avec la traversée d'une région magnifique et l'arrivée dans la capitale roumaine.
L'ensemble de ce récit met en lumière la richesse des rencontres humaines, la beauté des paysages traversés et la force de l'aventure humaine lorsqu'elle est guidée par la curiosité et l'ouverture d'esprit. Chaque jour apporte son lot de découvertes, de défis et de moments de partage, construisant une mosaïque d'expériences qui dépassent largement le simple déplacement géographique. Le voyage en autostop se révèle être une école de vie, où la confiance en l'autre et la capacité d'adaptation sont les clés d'une exploration réussie.