La période de tarissement, qui s'étend sur environ 45 à 60 jours avant la mise-bas, est une étape charnière et souvent sous-estimée dans le cycle de vie d'une vache laitière. Loin d'être une simple pause dans la production, cette phase est déterminante pour la santé future de la vache, la qualité du colostrum, le développement du veau, et le démarrage de la lactation suivante. Chez Vitalac, l'expertise en nutrition animale et en pratiques d'élevage permet de souligner l'importance capitale d'une gestion rigoureuse de l'alimentation des vaches taries, un aspect technique essentiel pour les éleveurs laitiers confrontés à de nombreux points de vigilance.
La Fragilité de la Vache en Préparation au Vêlage
Une vache en fin de gestation est intrinsèquement plus fragile et vulnérable aux agressions. Sa préparation au vêlage, concentrée sur les trois dernières semaines avant l'échéance, demande une attention particulière. Il est erroné de penser qu'une vache tarie a des besoins réduits ; au contraire, ses exigences nutritionnelles spécifiques visent à soutenir le développement fœtal, à reconstituer ses réserves corporelles et à préparer son système immunitaire pour le vêlage et la lactation à venir. Ignorer ces besoins peut avoir des répercussions négatives significatives sur la santé de la mère et du veau, ainsi que sur la performance laitière future.

Les Défis de la Transition Alimentaire
Le passage d'un régime de lactation à un régime de tarissement, et inversement, représente un défi majeur pour le rumen et la flore digestive de la vache. Si le tarissement à l'herbe peut sembler simple et pratique, il impose un changement brutal d'une ration à base d'ensilage de maïs vers de l'herbe et du foin. Ce premier stress digestif est néfaste. Lorsque la vache est ensuite rapatriée en bâtiment trois semaines avant le vêlage, son alimentation change à nouveau avec un retour à une ration à base d'ensilage de maïs. Ce deuxième changement en l'espace de deux mois perturbe le rumen, qui n'a pas le temps de s'adapter, pénalisant ainsi la flore digestive essentielle à une bonne assimilation des nutriments.
Les Erreurs Courantes dans la Préparation des Rations
Plusieurs écueils peuvent compromettre l'efficacité de l'alimentation des vaches taries :
- Les brins de paille trop longs : Si une ration est préparée pour plusieurs jours et contient du maïs pas assez broyé et de la paille avec des brins trop longs, les vaches ont tendance à trier, mangeant d'abord le maïs et délaissant la paille. Ce point de contrôle est crucial pour maintenir des résultats constants. Souvent, le troisième jour, on ne retrouve que de la paille dans les rations, signe d'un tri excessif.
- Des rations trop sèches : Il est nécessaire d'ajouter de l'eau aux rations à base d'ensilage de maïs et de paille pour réduire la matière sèche et améliorer la digestibilité.
- Des rations trop riches en maïs : En l'absence de mesures et de pesées précises, un excès de maïs peut entraîner une baisse de l'ingestion avant le vêlage, augmentant le risque de cétose, même avant la mise-bas.
- Nourrir les vaches taries à volonté : Contrairement à une idée reçue, les vaches taries doivent avoir un accès permanent à l'alimentation. Il est conseillé d'autoriser environ 5% de refus pour s'assurer qu'elles puissent toujours manger à volonté.
La Gestion Précise de la BACA et de la Note d'État Corporel (NEC)
La Balance Alimentaire Cation-Anion (BACA) est un indicateur clé qui reflète l'équilibre entre les ions positifs (sodium et potassium) et les ions négatifs (chlore et soufre) dans la ration. Un déséquilibre, souvent observé avec une BACA négative, peut nécessiter un apport spécifique de calcium pour prévenir les troubles métaboliques, notamment l'hypocalcémie post-partum.
La Note d'État Corporel (NEC) est également un paramètre fondamental. Idéalement, une vache devrait entrer en tarissement avec une NEC comprise entre 3,25 et 3,75, et la maintenir jusqu'au vêlage. Une vache trop grasse à l'entrée en tarissement ne doit pas perdre d'état de manière excessive, car cela peut entraîner une diminution précoce et importante de sa capacité d'ingestion en fin de tarissement. Inversement, une vache trop maigre risque de ne pas avoir suffisamment de réserves pour soutenir la lactation. L'objectif est de maintenir un état corporel optimal, sans engraissement ni amaigrissement significatif durant cette période.

Les Enjeux Cruciaux du Tarissement
Le succès du tarissement est multifacette et repose sur plusieurs piliers :
Prévention des Troubles Sanitaires
Une alimentation adaptée en période sèche est un levier majeur pour prévenir les troubles sanitaires qui surviennent fréquemment en début de lactation, tels que l'acétonémie (cétose) et la fièvre de lait (hypocalcémie). Ces maladies métaboliques sont coûteuses pour l'éleveur et affectent directement le bien-être animal et la production laitière.
Soutien du Système Immunitaire
Le système immunitaire de la vache est particulièrement affaibli dans les quatre semaines entourant le vêlage. Elle devient donc plus sensible aux infections, notamment les mammites d'origine environnementale. Il est impératif de renforcer cette immunité, notamment via le système antioxydant, en complétant les animaux en oligo-éléments et vitamines essentiels tels que le zinc, le sélénium, les vitamines A, C et E, le cuivre, le manganèse et le fer. Ces éléments sont d'autant plus importants qu'ils sont exportés vers la mamelle pour l'élaboration du colostrum.
Qualité du Colostrum et Santé du Veau
Un tarissement bien mené assure la production d'un colostrum de bonne qualité. Ce premier lait est le seul apport immunitaire pour le nouveau-né, le protégeant des infections et garantissant sa survie et sa croissance. Un veau né avec un système immunitaire robuste aura un meilleur poids de naissance, une croissance plus rapide et une meilleure santé tout au long de sa vie, y compris lors de sa première lactation.
Préparation à la Reprise d'Appétit Post-Vêlage
Le maintien d'un bon volume du rumen est indispensable pour une reprise d'appétit précoce après le vêlage. Ceci est favorisé par une ration alimentaire peu énergétique et suffisamment encombrante, riche en fibres et pauvre en glucides type amidon, durant la première phase du tarissement. La quantité de matière sèche ingérée quotidiennement devrait se situer entre 12 et 14 kg, soit environ 2% du poids vif de l'animal.
Récupération des Tissus Ruminaux
La période de tarissement permet la reconstitution du tissu et des papilles du rumen. Ces structures sont responsables de l'absorption des acides gras, et leur diminution drastique (pouvant atteindre 50%) durant la lactation doit être compensée pendant le tarissement pour une meilleure efficacité alimentaire lors de la prochaine lactation.
Reprise de la Cyclicité et Fertilité
Un tarissement réussi contribue à une bonne reprise de la cyclicité chez la vache, avec une efficacité hormonale optimisée, favorisant ainsi une meilleure fécondité lors des cycles de reproduction suivants.
Colostrum : une distribution efficace et performante
Stratégies d'Alimentation : Monophasée ou Biphase ?
Il existe principalement deux approches pour l'alimentation des vaches taries : l'alimentation monophasée et l'alimentation biphase.
L'Alimentation Biphase
Cette stratégie divise la période de tarissement en deux phases distinctes :
- Première période de tarissement (8 à 4 semaines avant le vêlage) : L'objectif est de permettre à la vache de récupérer, de soulager son métabolisme et de reconstituer ses réserves. Les besoins énergétiques sont réduits en raison de la diminution de la production laitière. La ration est souvent complétée par de la paille, la rendant riche en fibres brutes. La quantité de matière sèche ingérée est maximale durant cette phase.
- Deuxième phase d'alimentation (3 semaines avant le vêlage jusqu'à la mise-bas) : Les besoins de la vache tarie évoluent. L'ingestion alimentaire diminue en raison de la place occupée par l'utérus, comprimant le rumen. La capacité d'ingestion peut chuter de 30 à 35%. Il faut donc augmenter la densité nutritionnelle de la ration pour compenser cette baisse. En parallèle, le rumen doit commencer à s'adapter à la ration de la vache en lactation. L'augmentation de la teneur en amidon dans la ration à base de céréales peut favoriser le développement des villosités du rumen. Les fourrages distribués doivent être identiques à ceux qui seront utilisés pendant la lactation.
L'alimentation biphase permet une adaptation plus fine aux besoins spécifiques de la vache à chaque étape, optimisant la préparation à la lactation et la prévention des troubles métaboliques.
L'Alimentation Monophasée
Plus simple à mettre en œuvre en termes d'économie de main-d'œuvre, l'alimentation monophasée consiste à proposer une ration unique sur toute la période de tarissement. Cette approche est plus adaptée aux troupeaux homogènes. La densité nutritionnelle doit être ajustée pour éviter l'engraissement en début de période et garantir un apport suffisant en nutriments à la fin, malgré la réduction de la quantité d'aliments ingérés. La perte de poids à la fin de la période de tarissement doit être évitée à tout prix pour ne pas augmenter la probabilité de cétose. De même, l'engraissement excessif d'animaux individuels accroît le risque de cétose et de naissances difficiles.
Dans les deux approches, il est crucial que la ration des vaches taries ne diffère pas trop des composants de la ration de lactation, afin que le microbiome du rumen et les villosités ne soient pas soumis à des changements trop radicaux dès le début de la lactation. L'ajout de paille permet de réduire la densité énergétique et de maintenir la capacité d'absorption du rumen. Pour éviter la sélection par les animaux, la paille doit être hachée finement.
L'Accompagnement Vitalac : Un Partenariat pour la Performance
Chez Vitalac, la compréhension des difficultés rencontrées par les éleveurs est au cœur de leur démarche. L'entreprise propose des programmes dédiés aux vaches taries, allant au-delà de la simple recommandation de produits. Cet accompagnement inclut des contrôles réguliers sur les exploitations, où des paramètres tels que la valeur BACA des fourrages, le pH urinaire et la glycémie sont mesurés. L'objectif est de trouver un compromis entre les résultats attendus et la faisabilité pratique pour l'éleveur, en s'adaptant au type de fourrage, à la présence d'une mélangeuse, et à la gestion des différents lots de vaches.
Vitalac propose une gamme de produits spécifiquement conçus pour les vaches taries :
- GLYCOLINE : Pour apporter des précurseurs de glucose, essentiels pour soutenir le système immunitaire de la vache tarie.
- VITACARTE BIOCELL TARIE : Un aliment minéral enrichi en chélates d'acides aminés, sélénium organique, capteurs de mycotoxines, levures vivantes et enzymes.
- TARIPRO 3000 et TARIFORCE : Des aliments formulés pour une BACA négative, contribuant à la gestion de l'équilibre électrolytique.
Un exemple concret de l'efficacité de ces programmes se trouve au Gaec de l’Elan à Chazé sur Argos. En travaillant spécifiquement sur l'alimentation des vaches taries, les éleveurs ont réussi à augmenter significativement leur production laitière par vache, passant de 32 à 42 kg de lait par jour en moyenne. Cette optimisation a même permis de réduire le nombre de vaches dans le troupeau tout en augmentant la production globale de lait. Bien que le coût alimentaire ait légèrement augmenté, la marge nette par vache a progressé de manière substantielle, démontrant la rentabilité d'une gestion rigoureuse du tarissement. Les éleveurs mesurent le pH urinaire pour assurer une BACA optimale, visant un pH inférieur à 5,5 pour un BACA trop négatif, et un pH supérieur pour un statut acido-basique satisfaisant. Le niveau d'amidon dans la ration est également contrôlé, ne devant pas dépasser 11 à 13% à un mois du tarissement.

Les Détails qui Font la Différence
Au-delà de la ration elle-même, d'autres facteurs, souvent négligés, jouent un rôle crucial :
- L'espace à l'auge : Il doit être suffisant pour éviter la compétition entre les vaches. La recommandation est de 8 places cornadis pour 10 vaches.
- L'accessibilité à l'auge : Une marche trop haute pour y accéder peut limiter l'ingestion.
- Le stress thermique : Des études montrent qu'une vache subissant un stress thermique durant le tarissement produira 5 kg de lait en moins au pic de lactation. Son veau en souffrira également, avec un poids de naissance plus faible et une croissance ralentie. L'installation de ventilateurs dans les cases des vaches taries, bien que souvent oubliée, fait une réelle différence.
En conclusion, la période de tarissement est une phase d'investissement pour l'avenir. Une alimentation précise, une gestion attentive des paramètres physiologiques et un environnement adapté sont les garants d'une vache en pleine forme, d'un vêlage sans encombre, d'un veau vigoureux et d'un début de lactation performant. L'expertise de spécialistes comme ceux de Vitalac est précieuse pour accompagner les éleveurs dans cette démarche complexe mais essentielle.
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